Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...
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03 août 2007

Michael Behe au Colbert Report

On n'a pas tous les jours l'occasion de voir le "père" de l'intelligent design interviewé dans une excellente émission satirique.
C'était hier sur Comedy Central; suivez le lien (attention, il y a une pub au début):
http://www.comedycentral.com/motherload/?lnk=v&ml_video=90952



Colbert est égal à lui-même, i.e. excellent dans son rôle de faux néo-con américain. Excellent également dans sa façon directe de dénoncer les partisans de l'ID, qui prétendent discourir sur les limites de la théorie darwinienne, en disant que la relativité einsteinienne avait montré les limites de la théorie newtonienne. Double imposture car :
  • Newton n'est qu'un "cas particulier" d'Einstein; la limite n'est pas dans le sens courant mais dans le sens mathématique
  • Behe n'est pas à Darwin ce qu'Einstein est à Newton; on pourrait au contraire le rapprocher de nombreux crackpots qui pulullent sur le web.

Mais Colbert est bien plus drôle que moi, je vous laisse regarder...

PS : pour les cinéphiles, il y avait aussi un hommage un peu spécial à Bergman

http://www.comedycentral.com/motherload/?lnk=v&ml_video=91011

21 juin 2007

Lab chronicles II


Notre jeune professeur est aujourd'hui en visite à New York, au coeur de l'upper East Side. Tout le long de York Avenue s'alignent de célèbres insituts et hôpitaux : Rockefeller University, Cornell Medical School, et surtout le Memorial Sloan-Kettering spécialisé dans la recherche sur le cancer. Descendant la 68ième rue avec un bon ami, il voit un groupe de Dominicains rentrer dans une immense tour en verre, arborant fièrement le nom de la congrégation.
- Et bien, je croyais que seul l'opus Dei possédait des tours dans Manhattan !
- Tu te trompes, la tour n'appartient pas à l'Eglise. En fait, c'est la nouvelle tour du Memorial Sloan-Kettering (MSK).
- Mais c'est un institut de recherche non ? Comprends pas. En tous cas, mazette, ils ont des sous !
- Tu sais, ils se consacrent à la recherche sur le cancer. Beaucoup de riches californiens flippés donnent des fortunes. La tour a été entièrement financée par des dons. C'est sûr qu'on ne connaît pas ça en France ! Pasteur survit-il encore ?
- Difficilement je crois.... En tous cas, c'est impressionnant !
- Plutôt flippant je dirais. Certains l'appellent la tour de Sauron...
- Et pourquoi ces religieux ?
- C'est une longue histoire. Tu vois la petite Eglise à côté ? En fait, elle possédait une partie des terrains sur lesquels est construite la tour. Elle les a revendus au MSK pour qu'ils puissent construire le centre de recherche.
- Plutôt sympa...
- Attends, la suite est trop marrante. En 95, le MSK a donc pu acheter le terrain à prix d'ami. A deux conditions toutefois. La première, c'était que le MSK leur fasse de la place à l'intérieur en remplacement. C'est pour ça que tu peux lire le nom de la congrégation sur la tour.
- Et bien, ils ont le sens des affaires les Dominicains !
- La deuxième condition est hallucinante. Tu connais toute les polémiques sur les cellules souches ? Notamment le fait que comme l'embryon est sacré, c'est un pêché mortel d'utiliser les cellules souches.
- Ah oui, j'ai lu un truc là-dessus récemment. Mais c'est fini maintenant, ils ont réussi à faire des cellules souches que le Vatican approuve ?
- Ouh la, on verra... Mais toujours est-il qu'en 95 et encore aujourd'hui, on était obligé de détruire les embryons pour choper les cellules souches. Et bien les dominicains ont conditionné la vente au fait que le MSK ne fasse pas de recherche sur les cellules souches dans le nouveau bâtiment.
- Quoi ?
- Ouaip, sur les 23 étages de la tour, aucune équipe n'a le droit de travailler sur les cellules souches. L'Eglise te l'a interdit. C'est assez emmerdant, car ils ont transféré pas mal d'équipements dans le nouveau bâtiment. Les gens qui sont restés dans les anciens bâtiments et qui travaillaient sur les cellules souches n'ont plus le droit de se servir de ce matos qu'ils utilisaient quotidiennement. Et puis, rappelle-toi, c'est un centre de recherche contre le cancer. Et entre le cancer et les cellules souches, il y a plein de points communs...
Le plus hallucinant dans cette histoire est que la direction du MSK ait accepté le deal.



Source de l'histoire et de la photo : Natural selection (revue de Rockefeller University)
J'en profite pour mettre un sondage inspiré de celui-ci, dont les résultats sont bien flippants je trouve !

15 juin 2007

Lab chronicles I

(Après son post-doc aux Etats-Unis, un jeune français a obtenu un poste de prof -tenure track- et a décidé de s'installer en Amérique du Nord. Avec lui, découvrons les moeurs du labo et de l'Amérique dans laquelle il vit au quotidien. Toute ressemblance avec une situation vécue... n'a rien de fortuit !)

Un jeune doctorant frappe à la porte. Le prof lève le nez de ses demandes de grants et le fait entrer, un peu surpris. Il faut dire que c'est l'une des premières fois qu'il parle avec le doctorant en question, qui n'est pas sous sa responsabilité.
- Qu'est-ce qui vous amène très cher ?
- Et bien, Docteur, c'est un peu délicat. Je suis très gêné de vous parler de ça, mais ...
- Quoi donc ?
- C'est à propos de votre post-doc.
Le jeune professeur fronce les sourcils. Pas évident de s'installer. L'enveloppe de base d'un professeur débutant lui a permis de recruter un post-doc, P. , un doctorant, D., et d'acheter un peu de matériel. Mais il faudra compter sur les futures grants pour développer le labo. Seulement, les demandes de grant sont aux chercheurs américains ce que la candidature au CNRS est au post-doc français : une épreuve qu'il faudra repasser chaque année jusqu'au succès éventuel. A la différence que les chances de succès à moyen terme sont plus conséquentes : il y a de fait pas mal de grants allouées. Mais revenons à nos moutons.
- euh... qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème ?
- c'est-à-dire que... comment dire... parfois ce n'est pas évident de travailler près de lui...
- ???
- et bien, en fait... il ne sent pas très bon.
- ah
Le professeur commence à se faire du souci. P. vient d'un pays moins développé, avec sa propre culture. En particulier, P n'est pas du genre à venir en tongues et en short au labo, comme tout le monde ici, mais préfère venir bien habillé. Ce qui peut poser effectivement problème durant les grosses chaleurs, ce que le jeune professeur avait en fait déjà constaté en travaillant à ses côtés. Mais il s'en était alors très bien accomodé...
- vous comprenez, c'est parfois un peu difficile. Cela n'a rien de personnel, mais ce serait bien de faire quelque chose
- Bien, je comprends, je vais lui parler.
Le jeune professeur, avant de prendre quelque décision que ce soit, décide de consulter.
Un prof venant de la même culture que P. est formel : "Pas de problèmes, il n'y a pas d'interdit culturel chez moi qui empêche une telle discussion, soyez franc, ca ira très bien."
Un ami prof bien implanté :" Qu'est-ce qu'il faut pas faire quand on est prof ! Essaie d'y aller avec tact".
L'avis d'un ami américain... le surprend un peu :
- Ah oui, je vois de quoi tu parles. Cela nous est arrivé aussi dans notre labo. On a alors eu une super idée : comme on ne voulait vexer personne, on a organisé une grande fête de bienvenue pour les étudiants gradués. On a alors offert à chacun... une trousse de toilette ! Mais attention, hein, il y avait aussi des barres chocolatées, des trucs comme ça, pour que cela ne soit pas trop bizarre. Et bien, cela a clairement amélioré les choses !!!
- mais... je ne crois pas que cela soit le problème ! Je suis sûr qu'il se lave tous les matins, simplement, comme il fait chaud et tout... Indépendamment de cela, de toutes façons, tu ne peux pas obliger les gens à se laver.
- détrompe-toi !
- quoi ??
- et bien, ici, dans certaines entreprises, les employés ont l'obligation de se laver et de se brosser les dents avant de venir.
- ah bon ? Et qu'est-ce qu'il se passe s'ils oublient de se brosser les dents ? Ils sont virés ?
- non non. Mais l'entreprise dispose d'un coach "hygiène". Celui-ci peut-être sollicité par les employés "incommodés", et faire un diagnostic en cas de problème...
- sans blague
- c'est arrivé dans l'entreprise de ma cousine. Un employé ne sentait pas très bon. Et bien, le coach hygiène a trouvé que c'était parce que l'employé cuisinait du poisson chez lui ! Et lui a recommandé de changer de vêtement avant de revenir travailler.
- génial...
- n'est-ce pas ?

Finalement, le jeune professeur joue une carte plus fine, et peut-être plus proche de la réalité.
- Cher P, tu sais que la culture ici est un peu différente
- Oh oui, effectivement, je trouve que c'est un peu le bordel globalement
- c'est vrai. Quoi qu'il en soit, les Américains sont particuliers, moi aussi j'ai du mal parfois.
- oui, je comprends
- donc en fait, ils sont particulièrement sensibles à certains aspects personnels... par exemple la moindre odeur corporelle les dérange.
- ?
- et en fait... certains se sont plaints auprès de moi te concernant.
- oh... Mais vous savez, c'est vrai que je ne me mets pas de déodorant, mais c'est parce que je suis allergique.
- ah OK. Je suis sûr qu'on peut trouver une solution. Il y a des trucs en pharmacie ici... En tous cas, ne t'en fais pas, et s'ils t'embêtent ... dis-le moi, je suis là pour te défendre !
- merci. Je vais essayer de faire quelque chose...
P. s'en retourne, pas trop vexé (en tous cas, c'est ce que le professeur espère). Notre jeune prof se rappelle alors que le jeune doctorant incommodé, en partant, s'était aussi plaint de l'odeur de son bureau...

29 mai 2007

Grand opening : Creation Museum

Un des titres de CNN ce matin : le musée de la Création est enfin ouvert ! Pour un tour virtuel, rendez vous sur le célèbre site answergenesis.org, où la couleur est clairement annoncée :



Explore the wonders of creation. The imprint of the Creator is all around us. And the Bible’s clear—heaven and earth in six 24-hour days, earth before sun, birds before lizards.

Other surprises are just around the corner. Adam and apes share the same birthday. The first man walked with dinosaurs and named them all!

God’s Word is true, or evolution is true. No millions of years. There’s no room for compromise.




Rappelons que ce musée fait partie de la stratégie globale du mouvement du dessein intelligent (intelligent design ou ID) visant à combattre la science "sur son terrain". Après le think tank estampillé ID, les revues ID (dont nous parlait récemment Enro), voici donc le premier musée ID. A quand l'université et les doctorats ?


Le New York Times nous convie à une visite guidée. Texte très intéressant à mon avis. Il permet notamment de comprendre la version que je qualifierais "d'officielle" du mouvement créationniste. En effet, le problème avec la non-science est qu'il est assez difficile de se mettre d'accord sur des faits scientifiques... qui n'en sont pas (ah le sexe des anges !). D'où plusieurs versions de la création, depuis l'interprétation littérale de la Genèse jusqu'à l'évolution théistique, défendue notamment par de rares scientifiques comme Francis Collins qui croient que Dieu peut intervenir ponctuellement dans l'univers (par exemple pour féconder la Vierge - voir ce billet )

Donc si vous visitez ce musée, vous apprendrez que la Terre a été créée il y a 6000 ans. Les dinosaures (qui plaisent tant aux enfants - très bonne stratégie marketing) ont été créés le sixième jour. Comme le souligne l'auteur de l'article, c'est déjà une évolution radicale des tenants du créationnisme qui ont longtemps ignoré les fossiles. Ces fameux fossiles, donc, sont en fait directement issus... du déluge bien sûr ! Et oui, il fallait y penser : les précipitations divines ont tué les animaux et les sédiments se déposant alors ont permis la fossilisation. D'ailleurs, des dinosaures étaient bien évidemment sur l'arche de Noé...

Le discours moral sous-jacent est à l'avenant. La légende veut que Darwin soit devenu athée en particulier en constatant la cruauté terrible de la nature, reposant sur la lutte pour la vie ("struggle for life"). Le musée de la Création offre au contraire une vision idéale, harmonieuse de la Nature, dans laquelle cohabitent en bonne intelligence toutes les espèces animales. Ainsi les dinosaures sont-ils tous herbivores dans le jardin d'Eden ! Et lorsque le musée nous montre un fossile d'un poisson en dévorant un autre, c'est pour mieux souligner comment s'est exercé le "jugement de Dieu" qui a décidé de noyer sous les flots cette nature pécheresse :

Meanwhile a remarkable fossil of a perch devouring a herring found in Wyoming offers “silent testimony to God’s worldwide judgment,” not because it shows a predator and prey, but because the two perished — somehow getting preserved in stone — during Noah’s flood. Nearly all fossils, the museum asserts, are relics of that divine retribution.



Pour tout vous dire, je n'ai qu'une hâte : aller voir cet ovni de mes propres yeux...

27 mai 2007

Al Gore et la raison

Préambule : ce billet est tout à la gloire d'Al Gore et de l'Amérique qu'il représente.

Al Gore est partout en ce moment. En couverture de Time Magazine. Sur CNN interviewé par Larry King. Sur des chaînes locales du câble, participant à des débats (participatifs ?). Il sort en fait ces jours-ci un livre, intitulé The assault on Reason (suivre le lien pour un extrait), dans lequel il livre son diagnostic sur les années Bush, années qui ont coïncidé, selon lui, à une négation de la raison au profit... d'on ne sait trop quoi à vrai dire, une espèce de paresse intellectuelle, de facilité, de malhonnêteté dans l'analyse des événements aboutissant à des prises de décision absurdes aux motivations soit inavouables, soit bêtement irrationnelles. Attaque frontale contre tout un système, son livre sonne comme une alerte rouge :


American democracy is now in danger-- not from any one set of ideas, but from unprecedented changes in the environment within which ideas either live and spread, or wither and die. I do not mean the physical environment; I mean what is called the public sphere, or the marketplace of ideas.
Gore s'attaque violemment à la télévision, qu'il accuse, en gros, de n'être qu'une vaste entreprise de fabrique de crétins. Il livre également quelques anecdotes amusantes sur les "manipulations" des élections. Il raconte comment la politique américaine s'emploie aujourd'hui à "segmenter" les propositions, afin d'individualiser au maximum les propositions, ou encore comment les sondages "qualitatifs" ont été utilisés quotidiennement dans ses propres campagnes afin d'orienter son discours et de favoriser les sondages. A méditer après notre propre campagne électorale.

Les solutions proposées par Gore sont à la fois simples et novatrices : le développement de nouveaux agoras publics (notamment via internet) et la réhabilitation de la Raison.

As a result, our democracy is in danger of being hollowed out. In order to reclaim our birthright, we Americans must resolve to repair the systemic decay of the public forum. We must create new ways to engage in a genuine and not manipulative conversation about our future. We must stop tolerating the rejection and distortion of science. We must insist on an end to the cynical use of pseudo-studies known to be false for the purpose of intentionally clouding the public's ability to discern the truth. Americans in both parties should insist on the re-establishment of respect for the rule of reason.



Qu'il est bon de voir un appel à la raison (que je crois sincère), par un ex-homme politique qui n'a plus rien à démontrer sur ce plan [1] !

Le plus fascinant est qu'il se met en place au même moment le discours antisymétrique. L'Amérique bushiste fait bloc : Gore l'attaquant sur plusieurs fronts, elle contre-attaque aussi sur plusieurs fronts. Ainsi, uncommondescent, le blog central du mouvement du dessein intelligent (ID) mène actuellement une campagne ... dénonçant le discours sur le réchauffement climatique ! Il est assez fascinant de voir comment les partisans de l'ID s'attaquent maintenant aussi aux théories sur le réchauffement climatique, utilisant exactement les mêmes arguments rhétoriques et contre-expertises que dans leurs critiques de la théorie de l'évolution. En matière de discussion sur le climat, c'est d'ailleurs assez courant et assez facile : méconnaissance totale des ordres de grandeur, confusion entre corrélation/cause et conséquence, oubli volontaire ou distorsion des mécanismes de couplage et de rétroaction... Etonnant de voir comment, d'un côté comme de l'autre, les mouvements de pensées se structurent en blocs cohérents : face aux appels à la science et à la raison des "liberals" "pro"science et "anti" guerre en Irak, le mouvement du dessein intelligent veut pouvoir tranquilement croire en la Bible, rouler en gros 4x4 polluant et casser la gueule des ennemis désignés.

Pour conclure sur une note française, j'ai le sentiment qu'aujourd'hui la même cohérence semble émerger chez nous: ceux qui croient au gène de la pédophilie se rapprochent de ceux qui peuvent prôner un mode particulier d'interventionnisme extérieur, dénoncer le discours sur réchauffement climatique, tout en copinant avec les grands médias pourvoyeurs de saines distractions. Le discours politique ne fait plus appel à l'intérêt général, mais plus au souci individuel, privilégiant l'émotion sur la raison. OK, je concède qu'on a eu aussi la petite pique de Bayrou contre les médias, mais quel homme politique français oserait affirmer que TF1 n'est là que pour laver le cerveau des télespectateurs [2] ?

L'Amérique, au moins, possède un Al Gore [3], qui, s'il l'exclut pour l'instant, ne ferme pas la porte à une candidature pour la présidence 2008. Chose impensable dans la France de 2002-2007, il a même affirmé hier soir à Larry King sur CNN qui revenait de manière insistante sur le sujet qu'étant encore à 500 jours des élections présidentielles, toute cette agitation était bien prématurée, précisant qu'il était résolument opposé à cette espèce de campagne électorale permanente actuelle (sous-entendant peut-être - wishful thinking - que sa position sur sa candidature pourrait évoluer plus près des échéances). Ah, si seulement Al Gore était français... mais peut-être pour le monde est-il aussi bien qu'il soit américain.


[1] Gore est un des rares a avoir voté contre la guerre en Irak; je ne parle évidemment pas de son action permanente pour vulgariser le réchauffement climatique. Pas simplement un homme de discours, donc. N'oublions pas non plus que Gore valorise constamment ses études universitaires, racontant notamment sa prise de conscience lors de ses premiers cours sur le réchauffement climatique, ayant aussi rédigé des mémoires sur l'influence des médias sur la société.
[2] OK tout le monde le sait vu que Le Lay lui-même l'a reconnu... enfin, tout le monde, disons surtout tout le monde bien informé
[3] Al Gore lui même n'étant que la face émergée et visible d'un iceberg, d'un mouvement de pensée très vivace aux US ... mais totalement éteint et desorganisé chez nous ;(


07 mai 2007

Une campagne s'achève, une autre commence

Via Crooks and liars, Primaire républicaine aux Etats-Unis...



"- Sénateur Mc Cain, cette question provient de machin.com, et était parmi les questions ayant remporté le plus de suffrages. Croyez-vous en l'évolution ?
- (surprise) n... Oui !
- Juste par curiosité, certains d'entre vous ne croient-ils pas à l'évolution ?"

Et bien, ça promet !

PS: je pars de New York assez longtemps; je risque de délaisser un peu mon blog (ce qui me permettra j'espère de mûrir quelques billets plus constructifs)

02 décembre 2006

Quelques considérations subjectives sur l'organisation de la recherche

On entend beaucoup parler de la "crise" de la recherche française, de la fuite des cerveaux... Bien souvent, j'ai l'impression que la recherche demeure pour la plupart une activité assez mystérieuse. En particulier, l'organisation de la recherche est mal comprise. Je vais donc aujourd'hui un peu marcher sur les plate-bandes d'Enro et essayer de décrire dans ce billet (qui en amènera peut-être d'autres) le système de recherche américain tel que je le vois au quotidien dans mon université, afin de faire quelque comparaisons avec le système de recherche français, et livrer quelques diagnostics, probablement un peu biaisés par mon statut actuel de post-doc. Cette description est subjective et basée sur mon expérience personnelle, toute précision ou commentaire est bienvenue car je peux me tromper. Mon but est simplement d'apporter quelques impressions de terrain pour alimenter le "débat".

Aux Etat-Unis, un labo est une unité quasi-indépendante, dirigé par un seul professeur. En bas de l'échelle : undegrads qui viennent faire des stages de recherche, graduate students qui sont étudiants en thèse. Ensuite, les post-doc qui ont obtenu leur doctorat. Ces trois catégories de chercheurs sont les "petites mains" de la recherche; en gros ce sont eux qui "font le boulot". Ils sont plutôt libres de proposer des idées et d'essayer d'influer les pistes de recherche et restent peu encadrés. La puissance scientifique d'un labo est très corrélée à son nombre d'étudiants et de post-docs; un labo sans petites mains est virtuellement un labo mort. Aux Etats-Unis, il y a foule d'étudiants et de post-docs dans un labo, mais un seul professeur. Le professeur est plus un "manager" scientifique : il impulse et oriente les projets, rédige les papiers et les demandes de fonds. Il met rarement "la main à la pâte" et ne fait en général pas de travail de terrain; il faut dire que trouver de l'argent lui mange déjà près de la moitié de son temps. En contrepartie, il est très bien payé. Il a une charge d'enseignement variant de 0 à une centaine d'heures par an.

En France, un labo est décomposé en sous-groupes. Chaque sous-groupe peut-être composé de plusieurs chercheurs permanents. Première singularité française : il y a deux catégories de chercheurs, les chercheurs "purs" et les enseignants-chercheurs (maître de conférences et professeurs d'universités). Les maîtres de conf ont une grosse charge d'enseignement : 192 h par an. Soit environ 6 h de cours à donner par semaine pendant toute l'année universitaire. D'expérience, en tenant compte de la préparation, de la correction des copies, des réunions... une telle charge d'enseignement occupe au moins deux jours complets par semaine. Cela ampute donc considérablement le temps passé à faire de la recherche. Les chercheurs permanents, eux, font de la recherche à temps plein. Les professeurs sont des chercheurs plus expérimentés, donnant les cours en amphi à l'université avec une charge d'enseignement moindre que les maître de conf.
Tout comme dans les labos américians, post-doc et étudiants sont présents dans les labos. Seconde différence toutefois : mon sentiment est que proportionnellement à la population de chercheurs, il y a beaucoup moins d'étudiants en France comparé à la situation américaine. Les labos qui tournent ont un nombre d'étudiants similaires, mais beaucoup de chercheurs en France n'ont pas ou peu d'étudiants. En fait, les jeunes permanents en France font le boulot dévolu ailleurs aux post-doc plus expérimentés. Ce manque d'étudiants a plusieurs raisons : l'une d'elle est je crois le manque de débouchés des carrières scientifiques en dehors de la recherche. Je viens d'une grande école d'ingénieurs; j'ai clairement le sentiment que ma thèse est une moins-value par rapport à mon diplôme d'ingénieur dans l'hypothèse d'une "reconversion" dans le privé franco-français. Aux Etats-Unis au contraire, avoir un phD ouvre les portes des entreprises, ce qui incite les étudiants à faire des thèses. C'est à mon avis un problème complètement ignoré en France : la force de frappe scientifique étant corrélée au nombre d'étudiants, les Etats-Unis sont assis sur un tas d'or (tous les étudiants veulent faire des thèses) tandis que la France est concrètement en train de tarir la source.

Abordons le thème du recrutement de permanents maintenant. Aux Etats-Unis, après quelques années de post-doc, vous pouvez obtenir une "tenure track" . C'est un CDD de recherche, mais avec des moyens substantiels : vous êtes "Assistant Professor", devez donner quelques cours, mais avez votre propre labo, des fonds de départ, des étudiants. Le recrutement est local : chaque université recrute ses propres chercheurs (et il y a pléthore d'universités, un de mes collègues -pourtant très fine bouche- vient d'envoyer la bagatelle de 60 candidatures rien qu'aux US). Après 5 ans, vous êtes évalués par votre université qui décide alors si vous devenez chercheur permanent ("tenure") ou non. Vous devenez chercheur permanent autour de 35-37 ans donc. En fonction des universités, la probabilité d'avoir votre tenure après une tenure track varie de 20 à 99%...

En France, pour continuer la recherche après la thèse, vous avez en gros deux possibilités dans le public : soit maître de conférence à l'université, soit chercheur dans un organisme. Historiquement, le recrutement se faisait plus jeune qu'aux Etats-Unis : la plupart des chercheurs expérimentés aujourd'hui sont rentrés en gros en fin de thèse. Depuis quelques années, un voire plusieurs post-docs sont indispensables, y compris pour les postes maîtres de conférences (ajoutez donc au minimum 2-3 ans à l'âge en fin de thèse). Le recrutement est local pour les postes maître de conf, national pour le CNRS. D'après ce que j'ai vu l'an dernier, la tendance pour le concours CNRS (initiée par l'annulation de toute limite d'âge pour le concours d'entrée) est semble-t-il un alignement lent voire un dépassement de l'âge de recrutement des tenure tracks. Les fonds de recherche sont alloués d'en haut avec une dotation plus ou moins globale au labo. A charge du directeur de labo d'allouer les fonds entre les différents groupes. Là aussi, la situation est en train de changer avec la création d'agences de moyens type ANR, qui allouent l'argent au cas par cas. Les chercheurs français passent de plus en plus de temps à rédiger des demandes de fonds.

Parlons maintenant un peu "fuite des cerveaux". Un avantage comparatif du système tel qu'il existait était de recruter les gens plutôt jeunes. Aujourd'hui, l'écart entre la fin de thèse et le recrutement semble grandir (par manque de postes, de moyens, par volonté politique ?), le post-doc à l'étranger devient la norme ce qui initie la pompe vers l'extérieur du pays. Comme chaque année écoulée en post-doc plombe une éventuelle carrière hors de la science sans réelle garantie de retour, la plupart des gens que je connais ont fini par opter pour la recherche à l'étranger dès qu'une occasion se présente localement ("un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", et paradoxalement, il me semble qu'il est plus facile de trouver une "tenure track" en Amérique plutôt que de rentrer au CNRS, car l'offre de postes est en fait très grande), ou par rentrer dans le privé ... à l'étranger aussi dans la plupart des cas (pour les raisons évoquées plus haut). Contrairement à ce que beaucoup pensent, le salaire n'est à mon avis pas un argument décisif : la plupart des gens ne font pas de la recherche pour l'argent et les docteurs sont en général bien assez intelligents pour réussir dans des carrières lucratives s'ils le souhaitent... En revanche, je ne connais aucun post-doc ou étudiant en thèse français qui ne rentrerait pas en France si on lui proposait un poste de recherche.

09 novembre 2006

L'éternel débat science vs religion


Time magazine a organisé dans son numéro daté du 13 Novembre un débat entre deux scientifiques, Richard Dawkins et Francis Collins, sur les relations entre Dieu et la Science. Le contexte américain est bien connu : les ultra-religieux, pour des raisons essentiellement politiques et morales, ont décidé de s'attaquer à la théorie de l'évolution, vue comme dangereuse moralement car faisant de l'homme un animal comme les autres. Ils ont ainsi développé une théorie pseudo-scientifique, l'Intelligent Design (ID), visant à attaquer la science sur son terrain. Scientifiquement, c'est plutôt un coup d'épée dans l'eau; politiquement en revanche, la stratégie a été très efficace, livres, débats se multiplient, certains décideurs en sont même à accepter voire à préconiser l'enseignement de l'ID à l'école.

Evidemment, le milieu scientifique ne reste pas indifférent face à cette attaque en règle et se doit de se positionner dans le débat. On peut à mon avis classer les scientifiques en trois catégories :
- les athées forcenés (comme Dawkins, auteur notamment du gène égoïste et du récent The God delusion), voyant la religion comme un archaïsme trompeur et bien décidés à ne pas se laisser faire, voire à démontrer l'inexistence de Dieu,
- les scientifiques "neutres" (par exemple Stephen Jay Gould) qui pensent qu'il n'y a pas lieu de se poser la question de la cohabitation entre Dieu et la science, représentant deux domaines bien distincts qui ne se parlent jamais. Dieu ne fait pas partie de la nature, n'intervient pas dans celle-ci.
- les scientifiques croyants, qui pensent que Dieu existe et intervient dans les affaires du monde, rarement mais sûrement. Francis Collins, directeur du National Human Genome Research Institute , auteur de The Language of God: A Scientist Presents Evidence for Belief, fait partie de ceux-là. Néanmoins, pas fou, Collins pense qu'il est impossible de démontrer l'existence de Dieu par des moyens scientifiques.

Le débat organisé par Time commence par une présentation rapide des positions respectives des deux scientifiques sur Dieu et la science. Pas de surprises de ce côté-là. Time demande ensuite à Dawkins pourquoi il pense que la théorie de Darwin contredit le récit de la Genèse (!). Dawkins développe alors brièvement comme explication scientifique alternative la théorie néo-darwinienne à base de mutations/sélection. Collins approuve et pense que la théorie de l'évolution n'est pas incompatible avec l'idée d'un Dieu créateur : selon lui, Dieu aurait pu juste donner l'impulsion initiale, l'organisation de la nature émergeant naturellement vers un homme créé à son image. Pourquoi pas après tout, même si Dawkins fait remarquer un peu perfidement que c'est un procédé bien étrange que d'attendre que l'homme émerge tel quel après 4 milliards d'années d'évolution. Mais bon, les voies du Seigneur sont impénétrables, n'est-ce pas ?(d'ailleurs c'est en somme ce que lui rétorque Collins).

Time met ensuite sur la table la tarte à la crème actuelle issue de la physique, à savoir que les constantes fondamentales semblent ajustées pour permettre l'apparition de la vie (voir ici et surtout là pour plus de détails sur cette controverse et les théories en jeu). Collins assène alors le principe anthropique fort : Dieu a choisi les paramètres ainsi pour que l'homme apparaisse. Dawkins répond par la version cordiste du principe anthropique faible : il existe tellement d'univers parallèles qu'il y en a forcément un pour lequel les paramètres sont bien ajustés.

Et là, Collins nous sort un argument tellement incroyable que je me suis sincèrement demandé s'il était sérieux. Collins trouve plus plausible d'un point de vue scientifique, l'existence de Dieu, plutôt que l'existence de multi-univers. Il conclut donc, en vertu du rasoir d'Occam, que Dieu existe !!!

Arrêtons-nous quelques instants sur cet argument. A ma gauche, nous avons une théorie scientifique, contestée certes, mais qui donne une réponse. A ma droite, nous avons Dieu. Et bien, Collins, scientifique de son état, trouve la science physique non plausible, et penche donc pour Dieu. Je trouve cela totalement hallucinant. Imaginons-nous 1000 ans en arrière. A l'époque, il n'existait pas de théorie de la gravité par exemple. Comment Collins aurait-il expliqué la rotation de la Lune autour de la Terre et la chute de la pomme ? En tant que scientifique, la règle numéro 1 devant un mystère est de chercher une explication scientifique, naturelle. Devant l'incompréhensible, seule la démarche scientifique s'est historiquement révélée pertinente et efficace. Préférer Dieu à la science, n'est pas une attitude scientifique. Cependant, Collins affirme, je cite :

"God is the answer of all of those "How must it have come to be" questions".


Dawkins le recadre alors en lui faisant remarquer que ce n'est effectivement pas une démarche scientifique...

Time, perfide, demande alors si la réponse à de telles questions pourrait être Dieu (après bien sûr une recherche vraiment scientifique). Dawkins botte en touche en disant qu'il pourrait y avoir quelque chose d'immense, d'incompréhensible pour nous, de très grand. Collins lui fait remarquer que c'est Dieu par définition. Dawkins répond alors qu'il n'y a aucune chance que ce Dieu soit Jésus, Yahweh ou Allah. Je pensais alors que c'était une pirouette. Pourtant, la suite démontre qu'il a au contraire mis dans le mille. Le débat glisse sur la Genèse et la Bible en général. Collins affirme alors haut et fort sa foi de chrétien : devant l'impossibilité scientifique, il affirme que Dieu a nécessairement violé les lois de la Nature pour féconder la vierge et pour ressuciter. Autrement dit, Dawkins avait bien répondu, le débat est tout autant de contrer l'idée d'un Dieu créateur que l'idée que son propre Dieu est véritablement le Dieu créateur. Collins se fait d'ailleurs titiller sur ce point par Dawkins qui lui fait remarquer qu'il est en bonne compagnie avec des "clowns" fondamentalistes.

Le débat embraye sur l'autre thème classique, à savoir l'explication de la morale. Collins affirme que la morale vient de Dieu, qui nous a créés moraux et que cela ne peut être entièrement expliqué par la théorie de l'évolution. Dawkins pense le contraire et expose ses arguments scientifiques (voir ici sur ce blog toujours). Encore une fois, j'ai été un peu soufflé par le discours de Collins : comment peut-on être scientifique et affirmer que certains phénomènes naturels ne peuvent être expliqués scientifiquement ?

Le débat se termine par une évocation du problème des cellules souches. Dawkins est favorable à toute expérimentation tant qu'aucun système nerveux n'existe, et fait remarquer que les hommes n'hésitent pas par exemple à faire souffrir des animaux pour les tuer, ce dont n'ont cure les religieux. Collins fait alors remarquer que les hommes et les animaux ne sont pas équivalents moralement, ce que Dawkins reconnaît. C'est à mon avis le seul point que Collins marque dans le débat, même si je pense que la réponse à ce genre d'interrogations se trouve dans la philosophie plutôt que dans la religion.

Chacun conclut alors sur son message principal. Collins, sans surprise, insiste sur le fait qu'il pense qu'il y a certaines questions dont on ne peut trouver la réponse que dans la religion. Etonnament, Dawkins revient sur l'idée qu'il y a des arguments convaincants contre l'existence d'un créateur, mais que, si créateur il y a, ce n'est certainement pas Jesus à son avis, mais quelque chose qu'aucune pensée humaine ne peut concevoir...

Voilà pour ce résumé un peu long. Etant moi-même plutôt sur la ligne de Dawkins, je n'ai pas repris tous ces arguments, et me suis concentré, y compris à la lecture, sur les arguments de Collins. Je dois dire que j'ai été un peu déçu de ce point de vue, et pas convaincu, c'est le moins qu'on puisse dire...

06 novembre 2006

Avoir Internet dans l'upper East Side ....


A mon arrivée à New York il y a un an, je me disais qu'il me serait impossible de vivre sans Internet, que je ne pourrais jamais me passer de ce lien génial et indispensable avec la France. Les responsables de mon immeuble m'avaient alors garanti que d'ici à quelques semaines, tous les appartements seraient connectés à internet via l'université...

Un an après, la situation est totalement bloquée. En allant renouveler mon bail, sans surprise, j'ai appris que l'université avait renoncé et que je n'aurais jamais internet chez moi. Seulement le gros problème est que c'était l'un de mes seuls espoirs : aux Etats-Unis, à New York, à deux pas de Central Park et des Nations Unies, il n'est toujours pas possible d'avoir l'ADSL, comme le prouve la capture d'écran ci-contre. Et dans le temple mondial du capitalisme, impossible de faire jouer la concurrence à première vue : verizon est ici en position de monopôle local pour le téléphone.



Vous avez dit concurrence ? Ah oui, quand je suis arrivé, on m'a remis une feuille avec le nom des deux entreprises à contacter pour avoir respectivement le téléphone et le câble (oui, ici, les monopôles sont privés bien sûr). Verizon, donc, est hors course pour internet, après un an, j'en ai assez, je vais prendre internet sur le câble. Je me connecte donc chez Time Warner et consulte les informations sur leur plan Road Runner à 45$ par mois.

Tout commence bien : le câble est disponible dans mon immeuble, a priori c'est champagne. Sauf que en voulant faire la commande par internet une mauvaise surprise survient. Comme le prouve l'image ci-contre, avant de pouvoir commander son modem, il faut absolument cocher la case

"My computer meets the minimum system requirements."


"Requirements" en question qui sont :

Operating System Windows 98, 2000/ME/XP; Pentium-class 400 MHz processor; 64 MB RAM; 110MB of free hard drive space

MAC: System 9.x and higher; PowerPC; 32MB physical RAM w/Virtual Memory set to 40 MB; 30 MB free hard disk space


Et oui, je l'ai encore dans l'os étant sous debian linux. Autrement dit, je suis obligé d'avoir Windows ou un Mac pour pouvoir me connecter sur Internet à New York. Aux Etats-Unis, le pays le plus libéral du monde, j'ai donc eu successivement affaire à deux monopôles : celui du téléphone est incapable d'avoir des lignes en état pour fournir l'ADSL, celui du câble vous oblige par contrat à avoir certains systèmes d'exploitation pour pouvoir surfer sur le web.

Le pire est que contrairement à la France où j'avais pu sans problèmes télécharger tous les drivers de mon modem adsl sous linux, je ne trouve pas la moindre information sur le web ici pour configurer tout comme il faut.

Comme j'en ai ras-le-bol de ne pas avoir internet à la maison, je suis donc obligé de me lancer comme périodiquement dans de charmantes et agréables geekeries. Objectif : réinstaller windows sur une partition abritant une vieille Mandrake qui me servait en cas de défaillance de ma debian (chat échaudé craint l'eau froide). Comme je commence à avoir l'habitude de de genre d'exercice, la première étape consiste à ramasser le maximum d'informations pour savoir comment je vais réussir à réinstaller GRUB sur mon disque une fois que l'ogre Windows aura fait place nette sur mon MBR. J'ai maintenant Knoppix, une live CD de debian et un CD d'installation de Debian pour avoir le mode Rescue. Je vais bientôt tester le mode rescue pour voir comment se passe la réinstallation du GRUB. Après cela, installation de Windows XP (Arghhhhh!!!). A priori, si tout va bien ensuite restauration du GRUB et nouveau dual-boot, et à moi l'internet. Prions mes amis prions...

Edit 22:22 : c'est la berezina ! il faut que je reinstalle tout ! scrogneugneu....

Edit 7 Nov, 18:32 : bon, ça a l'air de remarcher à peu près correctement, modulo les problèmes classiques à chaque réinstallation (carte son à reconfigurer, souris USB non configurée) plus quelques nouveautés (skype et xfig buggés...). Heureusement, maintenant, j'ai mon dual boot !

25 octobre 2006

Intermède sans intérêt sur le chauffage new yorkais


Après une période assez peu biologique et avant de nouveaux posts sérieux plus proches de mes préoccupations scientifiques actuelles, un petit intermède consacré à ma vie new yorkaise pour vous annoncer avec fierté que j'ai finalement compris comment fonctionnait le chauffage ici, ce qui m'a permis de régler mon problème chronique de chauffage. Cela n'a pas été une sinécure...

En arrivant dans mon appart new yorkais en Octobre dernier, j'ai tout de suite eu très très chaud. Je me suis donc penché sur mon radiateur, qui ressemble de l'extérieur à un gigantesque parallélépipède blanc surmonté d'un contrôleur (nommé boîte noire ci-dessus). Pas de prises électriques, pas de boutons on/off, rien, impossible de savoir comment il marchait. Malgré tous mes efforts et mes tripatouillages de thermostat, je n'ai jamais pu redescendre la température. A tel point que j'ai passé l'hiver la fenêtre ouverte (compte-tenu de la rudesse de l'hiver new yorkais et du bruit permanent à l'extérieur, je vous laisse imaginer à quel point il faisait chaud chez moi). Il se trouve par ailleurs que je connais la post-doc chinoise qui occupait mon appartement précédemment. Lui ayant expliqué la situation, elle m'a expliqué qu'elle avait passé l'hiver à peu près nue dans son appartement et que de toutes façons on ne devait absolument pas couper les radiateurs, car selon elle cela couperait le chauffage dans tous les appartements situés au-dessus (je suis au 4e étage), et que donc mon seul choix était de mettre à fond la clim tout l'hiver (ce qu'elle faisait très écologiquement).

Toujours est-il qu'au printemps dernier, je commençais à suer à grosse gouttes devant l'été arrivant et à imaginer la compétition intéressante qui allait avoir effectivement lieu entre mon radiateur et mon climatiseur (les deux appareils ne faisant en fait qu'un). Par bonheur, naïf que j'étais devant ce gros parallélépipède imbriqué dans le mur et contrairement à ce que je pensais, le chauffage n'était pas électrique mais bien central et a été coupé autour du mois de mars. Au printemps, les responsables de l'immeuble sont venus inspecter les appareils et ont laissé mon climatiseur/radiateur démonté pendant un mois. J'ai pu ainsi voir l'intérieur de la bête et constater qu'il s'agissait ni plus ni moins d'un vulgaire empilement d'une grille faisant office de radiateur sur un ventilateur et sur un climatiseur. Le climatiseur a ensuite bien fonctionné tout l'été (modulo une super condensation dans l'appart du dessus qui s'est traduit en chute d'eau dans mon salon qui a massacré le parquet, refait en plein milieu de l'été en mon absence heureusement).

L'automne arrive, et il y a quinze jours, le chauffage se remet en route. Je me remets à suer. Un jour, mon chat parvient à se glisser dans la grosse boîte (vous pouvez voir le chat et la grosse boîte en question en arrière-plan ci-dessous). Je démonte donc le capot avant et peux de nouveau apprécier la vision de la bête. Résigné depuis longtemps, je laisse le capot ouvert par paresse.


Il y a deux nuits je suis réveillé par une note continue et puissante qui n'était pas sans rappeler la musique émise par les soucoupes volantes dans "Rencontre du 3e type". Mon coeur bondit dans ma poitrine : c'est donc vrai, il y aurait plus d'enlèvements par les aliens aux US que chez nous ! En fait mon esprit de physicien reprend vite le dessus : je venais d'assister à un phénomène somme toute banal observé par Huygens en son temps. Les tuyaux de mon radiateur semblaient être entrés en résonance avec le gros ventilateur qui tourne en permanence dans la cour extérieure de mon immeuble. Que faire devant ce boucan innommable ?

La moitié du chemin était heureusement déjà faite. Les entrailles du monstre ouvertes, je décidais d'utiliser enfin mon cerveau encore un peu embrumé et constatais après examen l'existence d'une petite molette et d'un boîtier sur le tuyau de sortie. Tournant la molette, je m'aperçus que l'arrivée d'eau se tarissait, que les tuyaux se vidaient et que la vibration disparaissait. Je faisais d'une pierre deux coups : adieu boucan, adieu hiver sous les tropiques, bonjour doudounes et chocolat chauds ! Je reprenais alors le boîtier de contrôle mystérieux pour m'apercevoir que le thermostat contrôlait un petit moteur électrique en aval. Celui-ci tournait à vide, m'indiquant pourquoi je crevais de chaud depuis un an et me confirmant la supériorité de la formation universitaire française sur celle des Chinois. Je maudis par ailleurs plus que jamais la paresse typiquement américaine qui consiste à foutre dans de grosses boîtes effrayantes reliés à des contrôleurs peu fiables des appareils d'usage courant très simple qu'on gagnerait à régler mécaniquement par soi-même...

08 octobre 2006

Charité et recherche fondamentale

Au coin de la 68ième rue et de la 1ère avenue s'élève désormais une immense tour de verre. Ni un établissement financier, ni un immeuble de bureaux : il s'agit du nouveau centre de recherche contre le cancer construit par le Memorial Sloan-Kettering (MSK), quasiment entièrement financé par des dons privés. A peine construit, l'immeuble est déjà plein : le centre a massivement recruté et manque déjà de place. L'ensemble semble déborder d'argent et de moyens, et on se dit que la France a bien du retard dans certains domaines. En parallèle, les industriels américains comme Bill Gates poursuivent une longue tradition de capitaines d'industrie américains qui, depuis John D. Rockefeller, font don d'une partie de leur fortune pour la recherche biomédicale.

L'argent ne manque donc pas pour certaines recherches. Pourtant, d'autres chercheurs comme Mello, se plaignent par ailleurs d'un manque de moyen pour développer de nouvelles thérapies, malgré l'intérêt potentiel et évident de leurs découvertes. Cette situation s'explique en fait facilement : une grande partie de la recherche biomédicale est ici financée par des dons. Ce financement peut prendre plusieurs formes : dons directs à un institut comme dans les cas visibles du MSK ou de Bill Gates, ou dons plus indirects mais tout aussi cruciaux, comme des financements spécifiques pour étudiants se consacrant au cancer. Où est le problème me direz-vous ? Et bien, le plus gros problème vient du fait que l'argent donné n'est pas forcément réparti à bon escient. En d'autres termes, il y a peut-être trop d'argent pour le cancer "en général" et pas assez pour explorer des thèmes de recherche moins porteurs, plus casse-cou, mais qui peuvent se révéler à terme plus fructueux pour le cancer lui-même. N'oublions pas par exemple que les antibiotiques ont été découverts à peu près par hasard.

On se rappelle tous de la polémique née après le tsunami lorsque certaines associations caritatives ont refusé certains dons car elles ne pouvaient plus investir sur place. Dans le financement de la recherche ici, on a parfois la même impression. Il y a par exemple énormément de fellowships pour soigner des cancers spécifiques, et je doute que tous trouvent preneurs. Mais il est assez difficile de trouver des financements pour faire des choses un peu moins appliquées ou plus originales - sans parler des chercheurs travaillant sur les cellules souches qui pour le coup, ne peuvent compter que sur les subsides de l'état compte-tenu des problèmes "éthiques" actuels. La conséquence est que la direction scientifique est toute tracée : les effets d'échelle sont grands et la variété des recherches peut s'en ressentir.

Pour contourner ce problème réel, un système totalement hypocrite se met alors en place dans les labos, et lors d'une demande de fellowship, tout est fait pour "orienter" votre thématique vers le cancer afin de maximiser vos chances de réussite. Le MSK lui-même embauche donc des chercheurs dans des domaines qui n'ont a priori pas grand chose à voir : tout ce qui compte est que le mot "cancer" soit prononcé...

On touche donc du doigt ici la limite de la charité individuelle comme politique de financement scientifique : le don, forcément orienté, n'est pas forcément le meilleur moyen pour répartir efficacement l'argent. Le problème me semble particulièrement aigu pour les étudiants, qui sont les forces vives des labos et qui dépendent très fortement des diverses bourses de recherches. Et dans une Amérique de plus en plus puritaine et crispée sur des questions "éthiques", des pans entiers de recherche biomédicale risquent d'être sous-financés : dans un domaine différent, on se souvient par exemple qu'aucune entreprise privée n'avait souhaité donner et associer son nom à l'exposition Darwin au museum d'histoire naturelle ! Peut-être serait-il plus sain de payer plus d'impôts à court terme quitte à ce que les entreprises fassent moins de bénéfices et que les dons soient moins importants, pour que l'Etat joue un rôle de régulateur des investissements scientifiques. Mais malheureusement, le problème se pose aussi dans le contrôle démocratique fait par l'Etat, lorsque celui-ci écoute la frange de la population la plus conservatrice...

02 août 2006

American TV


Logeant actuellement à l'hôtel, j'ai l'occasion de découvrir pour la première fois les joies de la TV cablée américaine. Une expérience incroyable...
Je crois qu'il n'y a pas d'expérience plus pénible pour un Européen que d'essayer de suivre une émission ou une série télévisée aux US. Considérez toutes les petites coupures, et autres interruptions dans le rythme de votre sitcom préférée. Imaginez maintenant que s'y glissent à chaque fois 5 minutes de pubs. Un cauchemar ! Comme tout bon européen, il vous faut alors débrancher votre cerveau (au choix en prenant un livre, en zappant, ou en faisant toute autre activité distrayante). Vous risquez de manquer la reprise du programme, mais cela vaut mieux.
L'Américain moyen, quant à lui, aime la pub (il me l'a confirmé). Bercé depuis sa plus tendre enfance par le rythme régulier des annonceurs publicitaires, l'Américain moyen peut s'enfiler des tunnels publicitaires sans sourciller. On dirait qu'un étrange processus d'acclimatation/d'adaptation (prélude à une future spéciation ? :) ) a eu lieu, qui permet aux Américains de rester scotchés devant le téléviseur quoi qu'il arrive. Mieux, l'Américain moyen recherche, attend la pub. Elle le distrait, colore le programme. A tel point que si la finale du super Bowl fait une audience si importante, c'est paraît-il parce qu'elle est l'occasion du lancement des toutes nouvelles campagnes publicitaires...
Au milieu de ce gloubi-boulga commercial, il est néanmoins possible en cherchant bien de dégoter quelques perles. Par exemple la sitcom Seinfeld, sorte de monument culturel de l'Amérique des années 90 mystérieusement assez peu connue chez nous, source d'expressions et de citations passées dans le langage courant. Très drôle et très bon...
Mais les émissions qui m'ont le plus fascinées se terrent en fait sur Comedy central, à partir de 23h. Se succèdent alors deux OVNIs télévisuels (pour le français moyen), j'ai nommé "The Daily Show" et "The Colbert Report". En regardant ces deux émissions, on comprend à quel point la TV française est coincée, mal à l'aise, et vraisemblablement soumise au pouvoir politique. "The Daily Show" est un talk-show satirique, émission d'humour politique à la fois drôle et pertinente. Rien à voir avec l'humour un peu méchant ou donneur de leçon des émissions françaises (type Guignols ou Vrai journal) : c'est beaucoup plus drôle, léger, et en fait beaucoup plus percutant. Quant au Colbert Report... Imaginez une sorte de Brave Patrie télévisuel... Colbert joue au néo-con républicain, insulte les "liberals" (la gauche, quoi) coupables de trahison, modifie en direct des notices wikipedia concernant les sujets sensibles (dégradation de l'environnement, réchauffement climatique), fustige les médecins "uncool" qui ont inventé un vaccin empêchant la tolérance à la nicotine... J'aime beaucoup !

Edit 3 août : Ah la la... Même en regardant la TV et sans le vouloir, je suis à la pointe de l'actualité geek !

20 juin 2006

France / Etats-Unis : Allez !

Avec la coupe du monde, des différences profondes dans la manière d'appréhender des événements similaires se révèlent dans la façon dont Français et Américains envisagent la suite de la compétition pour leurs équipes respectives. D'un côté, les Américains : un point en deux matches, une raclée prise d'entrée contre la République Tchèque, deux joueurs suspendus pour le prochain match, une victoire indispensable contre le Ghana (avec une bonne différence de buts). De l'autre la France : deux points en deux matches, des erreurs d'arbitrage en sa défaveur, deux joueurs suspendus pour le prochain match, une victoire indispensable contre le Togo (avec une bonne différence de buts).
Deux situations quasiment identiques a priori. Et pourtant... Ici, les Américains y croient dur comme fer depuis le début de la compétition (vous vous rendez compte, ils ont été quart de finaliste en 2002, quel exploit extraordinaire ! ils peuvent le refaire). De l'autre, les Français, si j'en crois la presse et les diverses réactions de pseudosupporters, n'y croient plus du tout, critiquent à tout va (Libé a même prétendu que la France était quasi-éliminée, ce qui est presque de la desinformation), glosent sur les relations tendues de Domenech et Zidane, fustigent une équipe de "privilégiés", incapables de mouiller le maillot, dénoncent un jeu indigent (on n'a pas dû voir les mêmes matches alors, surtout la première mi-temps de France-Corée) et se réjouissent presque d'une débâcle annoncée voire souhaitée. Or, soyons sérieux cinq minutes : les chances de la France sont objectivement assez grandes, celles des US quasi-nulles. Il nous "suffit" de battre le Togo par deux buts d'écart, ce qui est difficile mais loin d'être exclu (souvenons-nous de la façon dont la Côte d'Ivoire, si brillante, avait été écrasée il y a moins d'un an par nos Bleus de retour). J'ai le sentiment qu'en toute objectivité, nos éditorialistes sportifs sont à côté de la plaque dans leur analyse, ce qui ne serait pas très grave si cet autodénigrement systématique n'avait pas l'air de peser de plus en plus sur nos joueurs, et pourrait amener effectivement au désastre anoncé.
Je me pique un petit délire dans ce qui suit... En lisant les journaux et les commentateurs sportifs, je ne peux m'empêcher de penser à toute cette vague de déclinisme et d'autoflagellation caractéristique des éditoriaux français ces derniers mois. Qu'en est-il par exemple réellement de la situation économique française ? Est-elle aussi catastrophique qu'annoncée, comme celle de notre équipe de France ? La France est-elle un pays si horrible qu'on le dit ? Pour parler chiffres (critère suprême d'objectivité) est-ce si grave d'avoir 1000 milliards d'euros de dettes et une équipe de foot avec 31 ans de moyenne d'âge ? Bien souvent, les journalistes/éditorialistes spécialisés ont à peu près les mêmes relations avec leur domaine fétiche que nos consultants sportifs avec le foot (depuis l'observateur historique mais incompétent jusqu'à l'ancien personnage clé reconverti dans le journalisme). Et les commentaires sont identiques : il faut tout reconstruire, s'inspirer des autres pays, oublier le passé pour vivre dans la modernité, car notre pays va droit au mur sinon - sans compter l'ultra classique "c'était mieux avant" ou pire "cela fait X années qu'on a laissé la situation se dégrader" (X=20 en économie, 5 en foot). Les succès d'hier deviennent la preuve même de la soi-disant pourriture actuelle du système : champions du Monde et d'Europe de foot, nous n'avons prétendument pas su "évoluer", comme notre système économique par exemple, et nous sommes à la veille d'un effondrement généralisé. Tout le monde finit par adhérer à cette vision de la réalité; un tour sur la blogosphère vous révélera par exemple que les blogueurs réformistes-libéraux-anti-fonction-publique sont à peu près aussi nombreux que ceux qui réclament la tête de Zidane ou Domenech (et sont parfois une seule et même personne d'ailleurs !). L'analyse politique et économique a-t-elle déteint sur le foot, ou ne serions-nous plutôt pas des grincheux chroniques ? De ce côté de l'Atlantique au contraire, l'optimisme est de mise et généralisé, on croit dans les héros locaux (sportifs et économiques), et s'ils se plantent, ils feront mieux la prochaine fois. J'ai parfois l'impression que nos "leaders" d'opinion ont inventé une sorte d'anti-méthode Coué : surtout disons que nous sommes nuls, histoire d'être surs de le devenir...

En tous cas et pour conclure, moi, j'y crois (peut-être encore naivement ) à cette équipe de France. Je sens bien un scénario à l'italienne : qualification laborieuse, matches tendus et serrés mais bon parcours au final. Trois mots donc pour finir : Allez les Bleus !!


Ajout 22 Juin : apparemment, je ne suis pas le seul à penser cela...

21 mai 2006

Tout et rien, n'importe quoi...


Dimanche pluvieux à New York... J'en profite pour surfer sur le net et faire un billet totalement free style...


  • Je viens de découvrir un site d'enigmes assez amusant, ouverture facile , si vous vous ennuyez au bureau... Les enigmes sont plus ou moins difficiles, il faut jouer de google, parfois du code Ascii, ou du lecteur mp3, mais c'est assez rigolo... Je me suis arrêté au niveau 7 (après il faut tripatouiller des fichiers sons, je n'ai pas le courage cet après-midi)

  • Je ne comprendrais jamais les Américains... Durant la semaine, ils passent des heures à faire de la muscu et à suer dans ce qu'ils appellent le "gym". Rien de plus chiant que courir sur des tapis roulants, mais bon, il paraît qu'ils le font pour être beaux (et en bonne santé). Et que font-ils le week-end sur les pelouse de Central Park ? Ils jouent au frisbee... Cela m'a démoralisé de voir ces jeunes gens musclés entre 20 et 30 ans s'envoyer une soucoupe d'un bout à l'autre de vastes étendues gazonnées. Mince alors : un simple ballon de foot, et on joint l'utile à l'agréable ! Est-ce si difficile de concevoir qu'on peut, en même temps, faire du sport et s'amuser ?

  • Si j'en crois le Figaro, l'Eurovision était très animée cette année . Les Finlandais ont une bonne tête de vainqueur !

  • Apple vient d'ouvrir un nouvel "Apple store" sur la cinquième avenue , juste à côté de FAO Schwartz, le magasin de jouet. A dix minutes à pied de chez moi. Cela a l'air complètement fou : le magasin est ouvert 24h sur 24, apparemment, il y a eu beaucoup de recherche pour la déco, les services à offrir. C'est LA destination à la mode ce week-end : depuis trois jours des barrières sont installées devant le magasin pour canaliser la foule (la queue pour rentrer fait plusieurs centaines de mètres de long !). Des vigiles avec micro et oreillettes patrouillent sur la grande place pour empêcher tout incident. Hallucinant ! J'y vais de ce pas (enfin si je peux rentrer, rien n'est moins sûr !)


20 mars 2006

Sauvons la recherche !


Depuis cette rive de l'Atlantique, je continue de suivre régulièrement l'évolution de la recherche française. Un article récent des Echos a attiré mon attention pour plusieurs raisons. Pas de surprises, l'article est évidemment très critique vis-à-vis du système de recherche français. Cela dit, il m'a inspiré plusieurs recherches et commentaires.

Tout d'abord, l'article parle de perte de vitesse de la recherche française durant la décennie 1994-2004. Je suis donc allé sur le site de l'ISI et ai regardé la page concernant la France, et on s'aperçoit que les choses ne sont pas si noires. Tout d'abord, la France est la 5ième puissance scientifique mondiale (en termes de citations), derrière les USA, l'Angleterre (et pas le Royaume-Uni, étrange), l'Allemagne et le Japon. Pas de quoi être démesurément fier, mais pas de quoi non plus s'auto-flageller. Ensuite, malheureusement, je n'ai pas trouvé de comparaisons explicites entre les pays, donc je me base sur une analyse à vue des graphiques pour comparer l'évolution au cours des dix dernières années. Le constat semble être que la France perd légèrement du terrain : effectivement il semble que le nombre de publications augmente légèrement moins vite que par rapport à d'autres pays. D'après les Echos, "Cette baisse de régime a longtemps été masquée par les récriminations des chercheurs victimes des rigueurs de Bercy et les revendications syndicales réclamant des postes de chercheurs statutaires supplémentaires. Mais en fait, le décrochage remonte au début des années 1990. Il s'agit donc d'une érosion lente qui paraît structurelle." S'ensuivent dans cet article des considérations plus ou moins heureuses sur les paresseux de fonctionnaires qui peuplent les labos français. Quand je regarde les courbes ci-dessus, je m'interroge quant au caractère très hâtif de ces conclusions.

Essayons d'adopter une démarche scientifique. Les Echos nous disent en somme : le système est mauvais, balayons tout et adoptons le système "anglo-saxon". Essayons de commenter ces deux assertions. Le système est-il mauvais ? Premier point, totalement négligé : nous nous sommes hissés à la cinquième place mondiale avec ce système ! Ensuite, si érosion il y a, elle est effectivement très lente, et se traduit en fait non pas par une baisse, mais par une croissance moins importante de ces différents indicateurs. Cela vient-il vraiment de la structure de la recherche ? Peut-être y a-t-il d'autres facteurs conjoncturels qui expliquent cette érosion. Par exemple, si on regarde ce rapport de l'OCDE sur la France, on s'aperçoit que les dépenses de recherche aujourd'hui sont en-dessous de ce qu'elles étaient au milieu des années 90, point de départ de cette étude. C'est d'ailleurs cette stagnation dans les moyens qui a provoqué le mouvement SLR. Les Echos nous sortent une comparaison avec le Royaume-Uni. Or, il faut bien constater qu'en matière de R&D, en comparaison avec tous les autres pays, le Royaume-uni est une totale exception, et semble effectivement avoir des performances très bonnes avec un budget très bas. Excluons donc le Royaume-uni, pour l'instant et concentrons-nous sur les autres gros. Les Etats-Unis ont augmenté leurs dépenses de recherche de 7% anuellement entre 2000 et 2005, le Japon de 6% entre 95 et 2003, l'Allemagne est passée de 2.1 % du PNB en 96 à 2.6%. Ces trois pays dépensent également beaucoup plus que la France en chiffres absolus. Une statistique significative pourrait être donc par exemple de regarder la corrélation entre la progression des indicateurs de qualité de la recherche et celle de son budget. Cela donnerait une bonne information sur la réponse du système à l'argent injecté, et permettrait de voir si notre système est efficace. Cela serait certainement plus informatif que les commentaires poujado scientifiques (un "cancer") de rédacteur en chef de revue n'ayant jamais fait de recherche.

Maintenant, si le système est réellement globalement moins efficace (ce qui, n'en déplaise à certains, reste à démontrer, même si on connaît tous des exemples d'abus), examinons les propositions de réforme des Echos. Le journal remarque tout d'abord que les Anglais concentrent très fortement leurs moyens scientifiques dans 3 pôles. Je ne suis pas loin de penser que c'est là la clé du dynamisme scientifique anglais (85% de la recherche à Londres !). D'expérience, effectivement, la science a besoin de concentration des moyens financiers et humains. Or, la politique scientifique en France est peut-être trop souvent liée à des soucis d'aménagement du territoire. C'est le seul bon point de l'article à mon avis.

Car evidemment, l'article se conclut sur l'inévitable critique des statuts. En somme, le système anglo-saxon du permanent à la tête de sa vingtaine de post-docs/doctorants (venant du monde entier) apparaît comme la solution à nos problèmes pour le journaliste des Echos. Je pense personnellement que cette solution n'est tout simplement pas viable dans la société française telle qu'elle est aujourd'hui. En France, personne n'a réellement intérêt à faire de thèse une fois le DESS ou le diplôme d'ingénieur en poche. En effet, l'industrie recrute ses "hauts profils" essentiellement à Bac+5, contrairement à ce qui se fait dans tous les autres pays. En général, seuls les futurs chercheurs (ou en tous cas ceux qui le projettent de le devenir) se lancent dans une thèse. Donc , il y a probablement beaucoup moins d'étudiants en thèse en proportion que dans les autres pays (en gros, la plupart des ingénieurs devraient faire une thèse pour avoir une population équivalente) et il est impossible d'avoir une armée de doctorants français, et de fait il devient de plus en plus difficile de trouver des étudiants en thèse. Quant à attirer les étrangers, il faudrait pour cela doubler voire tripler toutes les bourses/allocations (les salaires des permanents français débutants sont risibles comparés aux salaires offerts en post-doc...). Tout cela pour dire que mon sentiment est qu'on pourrait sûrement rendre le système plus efficace à peu de frais, et qu'à trop lorgner vers l'étranger, on risque de se tirer une belle balle dans le pied...

09 janvier 2006

Je ne voudrais pas me moquer...

... mais les Américains ont le chic pour donner des prénoms totalement ridicules et/ou absurdes. Cela doit être une autre facette de la liberté individuelle absolue. Tous ces exemples sont réels, et le pire, c'est qu'on les trouve dans des milieux aisés/cultivés. Florilège dans l'ordre de bizarrerie croissante:
- une jeune fille a été baptisée, c'est le cas de le dire, "Kathedral". Le pire est que le mot existe en anglais...
- une employée de mon université s'appelle... "Kretina". Apparemment, le K était à la mode il y a quelques années, heureusement, ils auraient pu écrire tous ces prénoms avec un C.
- un jeune étudiant en thèse a une mère francophile au point d'avoir appeleé son fils "Déchanté". La plupart des gens l'appellent Sean car ils ne peuvent pas prononcer son prénom. Le plus terrible est que ce jeune homme est content de rencontrer des Français qui peuvent eux, le prononcer, et malheureusement pour lui le comprendre...
- une bibliothèque à Yale porte le nom d'un(e) certain(e) Seeley G. Mudd.
- enfin, celui qui est pour moi de très loin le champion toutes catégories, au point d'avoir suscité des ricanements de l'audience lors d'un séminaire auquel j'ai assisté. Il s'agit d'une pauvre jeune fille, dont les parents, Mr et Mrs "Junk" se sont longuement creusés la tête avant d'appeler leur fille "Trulie". Je comprends maintenant pourquoi certains enfants font des procès à leur parents...

02 janvier 2006

Santa Rockettes



Derrière le Rockefeller Center, il y a une salle de spectacle appelée "Radio City Music Hall". Depuis ma première visite à New York, je me demandais ce qui se tramait en ce lieu devant lequel s'ammassent régulièrement des centaines d'Américains. J'ai eu dernièrement la chance d'entrer dans ce saint des saints de la culture américaine, et ai découvert l'existence des fameuses "Rockettes". Ces danseuses très célèbres ici sont les actrices centrales d'un spectacle vieux de plus de soixante-dix qui a lieu chaque année durant les "vacances" de Noël. J'ai donc pu assister à une de ces représentations, et n'ai pas été déçu. J'ai été tout d'abord très surpris de voir à quel point ce spectacle était conforme à la mythologie américaine de Noël, que nous connaissons bien à travers les films et que nous avons en partie adoptée. Le spectacle est une succession de tableaux autour du père Noël et a éveillé en moi de nombreux souvenirs d'enfance. Cela commence par un film en 3D montrant "Santa" survolant Manhattan à bord de son traîneau (avec gros plans sur JPMorgan et la Chase sur Times Square...), puis se poursuit par une succession de tableaux sur le père Noël et la livraison de cadeaux. Les Rockettes (je soupçonne que ce nom est la version féminisée de Rockefeller...) nous gratifient durant plusieurs tableaux de danses spectaculaires et de spectacles de claquettes. L'un des tableaux les plus impressionnants est le défilé des soldats de bois, durant lequel les Rockettes marchent d'un pas mécanique et exécutent des motifs somptueux sur scène (la garde Républicaine peut aller se rhabiller). Ce tableau se termine par une figure proprement hallucinante : les Rockettes se placent les unes derrière les autres et tombent une à une, renversant leur camarade placée derrière elle, à la manière de dominos !! J'ai été très impressionné par ce spectacle, qui est parait-il très couru et très populaire ici. Détail amusant : après cette succession de saynètes bon enfant dignes de Disneyland, le show se termine par une "Nativité" totalement délirante par son sérieux et son incongruité dans ce pays où les gens préfèrent un neutre "Happy Holidays" au classique "Merry Christmas". Joseph sous acide faisant des grands signes vers l'Etoile du Berger, cela vaut le détour...

21 décembre 2005

Grèves ter...

L'université est vraiment calme ces temps-ci. Il faut dire que les fêtes de fin d'annés cumulées à la grève qui vient de commencer ont complètement vidé la ville. Mon chef, avant de partir en vacances, m'a conseillé d'en profiter pour visiter le musée Gugenheim : il parait qu'il est totalement vide. En attendant, le maire de New York crie sur tous les toits que la grève est une honte car illégale; la justice vient d'ailleurs de condamner le syndicat de transport à 1 million de dollars par jour de grève ! Ce pays ne cesse de m'étonner.

16 décembre 2005

Grèves : suite

En fait il n'y a (presque) pas eu de grève aujourd'hui. Les employés ont décidé de reporter leur mouvement social de 4 jours : on en saura plus mardi prochain. Seules deux compagnies privées dans le Queens ont fait grève. J'ai également appris un truc assez hallucinant : les employés de la compagnie de transport n'ont pas le droit de faire grève. Je comprends maintenant pourquoi les médias déclaraient cette grève illégale. D'ailleurs, un truc très surprenant ici est cette référence constante à la loi là où un simple réglement ou un peu de civisme devrait faire l'affaire. Par exemple, on ne nous demande pas gentiment de recycler le papier: il est clairement marqué dans le vide-ordure que c'est la loi, et qu'il est en somme illégal de ne pas recycler. De la même façon, les indications de capacité des salles font explicitement référence à la loi (par exemple "it is unlawful that more than XX persons stay here at the same time" écrit en rouge à l'entrée). C'est assez amusant comme façon de penser : à mon avis cela indique bien qu'on est dans un pays très individualiste, où la seule façon de "contraindre" les gens est d'édicter une loi, plutôt que d'en appeler au civisme ou à la bonne volonté. Je ne suis pas sûr que cela soit un très bon signe...

14 décembre 2005

Grèves à l'américaine...


Alerte rouge sur Manhattan. Vendredi, il y a un risque de grève des transports. Prenez vos précautions. Ne venez pas en voiture ! Essayez de travailler chez vous ! La mairie a préparé un plan d'urgence. Les informations critiques seront diffusées en temps réel sur la page web de votre université. Le monde entier a les yeux braqués sur cette négociation salariale houleuse. Certaines sociétés envisagent même d'ouvrir des bureaux temporaires hors de la ville. Tout le monde est prêt : après le 11 Septembre, de tels plans d'urgence ont été préparés pour parer à toute éventualité (c'est marqué texto dans le NY Times). Mazette, quel stress !