Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...
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10 août 2007

Actualités

Quelques petits trucs :

L'Histoire est un éternel recommencement, sous des visages changeants. L'Europe, aujourd'hui envahie par les produits manufacturés venus d'Asie, a peut-être déjà été colonisée par cette dernière, voilà plusieurs centaines de milliers d'années.

Brrr... Tous ces petits chinois à la conquête notre économie nous ont déjà colonisés, ma bonne dame !
Passée cette introduction vaseuse, l'article du Monde est intéressant et reporte le fait que selon une étude publiée dans PNAS, homo sapiens aurait des origines asiatiques. Une analyse dentaire réalisée sur de nombreux fossiles permet de distinguer deux groupes : l'un comprenant des specimens trouvés en Eurasie (homo erectus et Néandertal), l'autre, africain, des australopithèques et homo habilis. Il faut lire l'article scientifique pour savoir où se place sapiens dans tout cela : apparemment, la seule analyse morphologique ne permet pas de le placer dans l'un ou l'autre groupe et il serait à égale distance de ceux-ci; mais les traits les plus "dérivés" sont communs entre sapiens et la branche eurasiatique. Donc si on met un poids plus important sur les traits modernes, sapiens serait plus proches des hommes eurasiatiques. Autant dire qu'à mon avis le débat est loin d'être clos !

Dernière remarque pour Le Monde : quand on cite une étude scientifique, c'est utile de donner le nom des auteurs et de ne pas se gourer sur la date de publication (14 Août et non pas 6 Août), cela peut aider les gens intéressés à retrouver l'article (je viens d'y passer 10 minutes). La référence est donc :
Dental evidence on the hominin dispersals during the Pleistocene, Martinón-Torres et al., PNAS.2007; 0: 0706152104v1
  • Autre article passionant dans le Figaro cette fois-ci : une forêt datant du Miocène vient d'être découverte en Hongrie. Le plus étonnant est que les arbres n'ont pas été fossilisés : le bois a été conservé ! A quand un Miocène Park ?
  • Ce blog a deux ans aujourd'hui, ce billet est le 251 ième. 125 billets par an, cela fait environ un billet tous les trois jours. Côté fréquentation, il y a des hauts et des bas comme vous pouvez le voir ici (fréquentation sur un an):


Il y a un an, seuls mes amis et quelques visiteurs perdus venaient ici. Puis tout a changé à partir de Décembre; il y a eu un net effet c@fé des sciences. La campagne électorale a été propice aux blogs en général et au mien en particulier (120 visites par jour en moyenne, avec un pic à 400 pour le premier billet sur les sondages grâce aux éconoclastes qui m'ont linké); la série de billets sur les sondages a beaucoup plu et me vaut encore plusieurs requêtes google par jour. Depuis, c'est l'été et les vacances et on est redescendu à 50 visites par jour. Je suis globalement très content des interactions sur ce blog; merci à mes collègues du c@fé, aux commentateurs réguliers, aux scientifiques établis qui traînent sur le net et n'hésitent pas à s'engager dans des discussions scientifiques parfois musclées; en résumé, merci beaucoup à tous les lecteurs qui passent par ce blog, cela fait évidemment super plaisir de savoir qu'on est lu ... Pour le futur, le blog continue bien évidemment, pendant encore au moins un an sous cette forme; après, cela dépendra si je trouve une position académique.

05 juin 2007

Lassitude du post-doc après les concours

Le verdict est tombé, je suis rentré bredouille cette année et resterai en post-doc. Comme l'an dernier, j'ai été parfois classé, mais toujours du mauvais côté de la barrière.

J'ai déjà bien critiqué dans ces pages les concours de recrutement. Cette fois-ci, j'ai vraiment senti l'odeur des petites cuisines politiques, l'odeur d'un certain mépris pour les candidats (lapsus révélateur, j'avais écrit étudiants). Ah cette histoire terrible de la commission de "spécialistes" ayant convoqué un expérimentateur du bout du monde pour être auditionné sur un poste ... de théoricien ! Parfois le sentiment que nous ne sommes là que pour "faire du chiffre", que l'image des labos dépend du nombre de candidats et que donc ceux-ci sont parfois prêts à tout pour que vous candidatiez chez eux ... pour à la fin soutenir un autre candidat en vous disant le contraire.

Plus généralement, mes perspectives scientifiques en France me semblent troublées. Oui, je m'intéresse à l'interface physique-biologie, oui, la dernière fois que j'ai écrit un Lagrangien, j'étais en DEA, et oui, dans mon domaine, on publie très peu, moi le premier malheureusement. Mais ma dernière publication de thèse est typique "système dynamique", je m'intéresse à la morphogenèse en biologie, et j'essaie plus généralement de développer de vraies approches quantitatives dans un domaine quasiment vierge théoriquement. Alors, quand on me demande dans une audition "quel est l'intérêt de ce que je fais pour la physique ?", je tombe des nues. Je ne savais pas qu'il y avait un indice de pureté disciplinaire, que le corporatisme s'exerçait à l'intérieur des disciplines. Je ne peux m'empêcher de pester contre tous ces profils généraux, ouverts à tous, ce qui entraîne une masse de candidats, des commissions de spécialistes incompétentes dans tous les sujets "à la marge", et qui, par calcul ou par "sécurité", se retrouvent sur des critères un peu absurdes pour sélectionner. Ainsi, mieux vaut-il être troisième auteur d'un papier de Science que premier auteur d'un PNAS...

Sentiment d'absurdité. Des sacrifices personnels énormes (trois ans sans ma femme - et je ne suis pas le seul), après des études longues et difficiles, et des choix qui paraissent rétrospectivement un tantinet idéalistes - j'ai bien bradé mon parcours en école d'ingénieur. Un certain étonnement devant la légéreté de la plupart des chercheurs en place, qui mettent un petit mouchoir sur la masse des étudiants bien pratiques pendant leur thèse, mais qui se retrouvent dans la nature après des années consacrées à la recherche académique. Pas tous bien sûr; en ce qui me concerne, j'ai la chance d'avoir un directeur de thèse sympa qui me remonte le moral et m'encourage - mais c'est loin d'être la règle. Vous me direz peut-être que j'ai bien bénéficié du système méritocratique à la française jusque maintenant, et que je suis un peu hypocrite de m'en plaindre. Ce n'est pas entièrement faux, mais contrairement à la prépa ou à l'école d'ingé, c'est la première fois que j'ai le sentiment que l'échec serait dur à surmonter, qu'en dehors de la voie toute tracée, nous serions dans les limbes.

Maintenant que faire ? J'aime bien ce que je fais, j'y crois, et je ne crois pas être mauvais, donc l'option "tenure track" est à étudier. Mais ne devrais-je pas plutôt me recycler ? Dans ce cas, ne suis-je pas déjà hors course du fait de mes intérêts scientifiques un peu originaux ? Tant d'amis utilisant leurs compétences dans la finance ou ailleurs... Je rêve aussi d'écrire, de développer les sujets abordés sur ce blog, de vulgariser, d'enseigner. Mais se pose bien vite le problème de la localisation géographique : à bientôt 30 ans, aucune envie de passer des années loin de ma femme...

Je fais une dernière année en post-doc, j'ouvre grand les oreilles à toutes les possibilités, et l'an prochain probablement, je bouge.

12 mai 2007

Sur les nerfs...

Je suis actuellement en plein milieu d'auditions pour des postes permanents en France.
Où il apparaît que :
- aujourd'hui, la concurrence est vraiment très rude, et l'offre de poste en nette inadéquation avec mon propre parcours (mon profil me semble trop marginal)
- résumer 5 ans de recherche en 10 minutes pour être embauché à vie n'a pas beaucoup de sens à mes yeux et est terriblement stressant
- sauf exception, tous les candidats se valent à peu près
- l'une des exceptions est qu'il y a de plus en plus de "vieux" candidats (doctorat +N avec N>5...)
- j'ai l'impression de me retrouver dans un cauchemar de prépasien, où toute la vie future dépend de dix petites minutes et d'un classement.

En tous cas, comme disent les Américains, je frôle le "burn-out", donc silence radio sur le blog de mon côté jusqu'à ce que je sois rentré dans mon cocon new-yorkais et que je me remette (je n'aurais jamais cru dire cela un jour).

06 mai 2007

Live blogging : geekeries du dimanche spéciale présidentielles

La Big apple est magnifique aujourd'hui. J'ai réalisé le rêve de notre nouvelle première dame en allant courir ce matin dans Central Park. J'ai fait deux tours de résevoir, je suis très content. Heureusement, comme je suis tout de même un geek français, j'ai bien vite rejoint mon laptop et me propose de vous donner mes sentiments sur la soirée présidentielle (avec l'heure new yorkaise). Je suis un peu décalé, mais je vais bientôt me synchroniser.

~10h : premières estimations, basées ... sur les résultats des DOM TOM (et j'imagine des français de l'étranger). Vaste fumisterie : un coup d'oeil sur le site de RFO vous montrera que ceux-ci ont voté massivement pour Sarkozy au premier tour. Quant aux français de l'étranger, j'ai dépouillé hier et ai découvert que l'upper east side était un repère sarkozyste : 65-35 !



~ 12 h-13h : premières estimations. De 53.5%, on passe à 54.5 %. Conforme aux derniers sondages à première vue. Notez que parmi les sources, on trouve... le ministère de l'intérieur !!









~15h00 : Gros problèmes de réseaux !!! Impossible d'accéder à mon blog depuis ma connexion locale. Voici ce que mon ordi m'indique :


We're sorry...

... but your query looks similar to automated requests from a computer virus or spyware application. To protect our users, we can't process your request right now.

We'll restore your access as quickly as possible, so try again soon. In the meantime, if you suspect that your computer or network has been infected, you might want to run a virus checker or spyware remover to make sure that your systems are free of viruses and other spurious software.

We apologize for the inconvenience, and hope we'll see you again on Google.






Complot ? J'ai piraté quelques minutes la connexion du voisin et tout semble rentré sans l'ordre. Mais difficile de faire du live-blogging dans ces conditions ! Je voulais des geekeries, je suis servi...


16h08 : Pour une raison mystérieuse, aucun problème pour regarder TF1 en direct sous linux : firefox ouvre un plug-in et lance mplayer. En revanche, gros problèmes avec France 2. Heureusement, ma tactique habituelle pour trouver le flux marche bien.

16h11 : Jean-Marie Bigard : "on peut être gentil et être de droite".
Je ne suis pas déçu de ma récupération informatique...

16h14 : PPDA annonce 52.7% pour Sarkozy. A comparer avec les 55% annoncés par le dernier sondage IPSOS. 2.3% de différence entre l'explosion du plafond par le haut dans les derniers sondages dont je parlais dans mon dernier billet et le résultat final. Je rappelle que la moyenne du baromètre quotidien IPSOS était d'environ 53.5%, soit une surévaluation d'environ un point. Les sondages IPSOS sont descendus "seulement" à 52% (-0.7%), mais sont donc montés à 55% (+2.3%). Le sens dans lequel les marges d'erreurs sont corrigées est assez clair : à ce stade, pour moi, il ne s'agit pas d'"erreurs" mais de véritables biais. C'est d'autant plus grave si les évolutions, elles, sont exactes : si Sarkozy a gagné 1 ou 2 points ces derniers jours à l'issue du débat comme l'ont affirmé les sondages, c'est qu'on était en réalité très très proche de 50-50 pendant toute la campagne.
Edit 17h48 : il faudra attendre le résultat final, mais pour l'instant Sarkozy est donné à 53.3 %. Donc j'ai été mauvaise langue, ce n'était pas si biaisé que cela vers le haut (un peu quand même, mais bon, pas autant qu'à première vue). De l'inconvénient des réactions live ;) . Le dernier sondage reste néanmoins anormal à mon avis.
Edit 22h27 : 53-47 tout rond. Sarkozy légèrement surestimé par IPSOS tout au long de la campagne donc, et surtout dans les derniers sondages.

16h22 : Déjà des sondages pour les législatives.

L'UMP obtiendrait 34% des voix au premier tour des élections législatives le 10 juin prochain, le PS 29%, l'UDF 12%, et le Front national 7%, selon un sondage Ifop pour Profession politique réalisé les 3 et 4 mai et rendu public dimanche.


Notez que le sondage a été fait avant le deuxième tour et que c'est en fait assez serré ! On verra l'impact des résultats de ce soir sur les futures intentions. Mais si ces sondages sur les législatives sont redressés comme les sondages sur la présidentielle, cela signifie que ça peut-être assez serré.


16h29 : Sondage Nouvel Obs. Devinez ce que j'ai répondu !





16h30 : PPDA évoque les reports des voix. Ces reports de voix ont beaucoup fluctué d'un sondage à l'autre mais permettaient d'avoir une bonne idée des "ordres de grandeur" de ceux-ci; preuve que même une information fluctuante permet de se faire une idée relativement précise de certaines tendances. Vivent les résultats bruts ! Notez d'ailleurs que compte-tenu des résultats, il a dû y avoir plusieurs "sondages bruts" à 50-50, voir quelques uns donnant Royal gagnante.

16h55 : A titre personnel, je suis assez inquiet de la réforme de la recherche qui devrait donc se faire. Cela ne m'empêchera pas de candidater en France cette année, mais il est clair que la recherche française devrait pas mal bouger. Encore une fois, j'ai un peu peur qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Si la France s'aligne sur les systèmes internationaux, en tant que chercheur, je la jugerai sur les critères internationaux; la France avait plusieurs avantages comparatifs : recrutement jeune, postes permanents offrant une certaine sécurité... Tout cela risque de changer. Mais à titre personnel, il me paraît difficile de faire de la recherche dans un pays n'offrant pas plus de possibilités à la recherche (nombres d'étudiants, salaires...) accompagnées de certaines garanties (probabilités raisonnables de trouver une tenure, et de se recycler si la recherche ne marche pas). Les coups de menton anti-fonction publique, cela va bien 5 minutes, mais si on veut s'aligner sur l'international, il faudra augmenter massivement les salaires, augmenter massivement les moyens. Et il reste le gros problème des étudiants. Je ne vois pas comment aujourd'hui inciter les étudiants à se lancer en thèse, surtout si le futur gouvernement continue de tenir les chercheurs en aussi piètre estime. S'il n'y a pas plus d'étudiants et que Sarkozy réforme la recherche comme annoncée, le système s'écroulera.

17h00 : le ministe de la culture a autorisé la berline de Sarkozy à traverser les jardins des Tuileries. Je trouve cela gonflé, mais cela doit être cela le respect de l'histoire et de la culture. Je suis sûrement trop engoncé dans la repentance.

17h00 : PPDA se satisfait des bonnes prédictions des sondages. Pas du tout convaincu à titre personnel. Je commence à réfléchir à un "toy model" d'interaction sondages/opinions pour essayer de tester quelques hypothèses.
Edit 17h33 : Veronis donnait 52.3% hier. Rappelons que cette estimation est basée... sur le nombre de citations des uns et des autres dans la presse, avait été étonnemment juste au soir du premier tour. C'est à la fois étonnant et très inquiétant de voir la précision de ces corrélations : serions-nous si influençables collectivement ?


17h12 : Problème philosophique : s'il peut se perdre, le respect se mérite-t-il a priori ? Avant d'avoir des droits, une chance, doit-on exercer son devoir ? N'est-ce pas plutôt le contraire : n'aurions-nous pas plutôt des droits, des chances a priori qu'on peut perdre si on n'exerce pas comme il faut ses devoirs ? C'est amusant, cela me rappelle le recrutement dans la recherche française : d'années en années, on nous dit qu'il faut faire plus de preuves, publier plus d'articles, et qu'ensuite peut-être, nous serons recrutés. Bien sûr je ne dis pas qu'il faut recruter tout le monde, mais force est de constater que l'effet net a été de repousser l'âge de recrutement, de bloquer le système en demandant des exigences disproportionnés comparées à la nature réelle des postes. Ce genre de pratique me semble plus être le signe d'une défiance envers l'autre qu'une reconnaissance de son mérite.

17h17 : Marseillaise de Mireille Matthieu

17h21 : "When Nicolas was born" dans "Oh happy day". Pincez-moi je rêve !
PPDA en reste dubitatif.

17h24 : Mireille Matthieu est déchaînée. J'ai des auditions à préparer. Fin du live-blogging.

21 avril 2007

A voté 2 !

Je m'aperçois que la loi électorale française interdit le commentaire de sondage pendant le scrutin. Certes, je ne suis pas en France, mais comme je viens d'apprendre la loi, je republierai le billet intitulé "A voté" ... dimanche à 20 h ;).

A voté !

  • Ce matin, j'ai voté au consulat de New York pour la première fois. Il y avait beaucoup de monde. Je vous livre mon sondage au doigt mouillé pour New York : un fort vote Sarkozy, mais pas autant qu'on s'y attendrait ;). J'ai trouvé dans l'isoloir plus de bulletins Sarkozy que de bulletins Royal ou Bayrou par exemple. Petit élément insolite : le dépouillement ne sera pas rendu public avant que les électeurs de France ne votent.
  • Pour finir sur les sondages avant le premier tour, quelque petits trucs. Claire Durand publie sur son site une étude/lissage des sondages électoraux avant le premier tour : cliquez ici. Evidemment, ce ne sont que des sondages... mais si j'étais, disons, Stéphane Rorol ou Roland Cayzes, je vous dirais qu'on voit très bien sur les évolutions qu'au début de la campagne, une partie des électeurs Royal ont basculé sur Bayrou, ce qui a entraîné une forte augmentation du score de Bayrou, qui a ensuite réussi à attirer quelques électeurs de droite. Au final, le vote Sarkozy et le vote Bayrou semblent complémentaires. Et si c'était un artefact des méthodes de redressement ?
  • Sur le blog "Geneviève Tabouis", on peut lire que les variations de fermeté de vote Le Pen semblent assez absurdes. En particulier, d'un jour à l'autre sur les sondages IPSOS la fermeté "brute" peut varier de... 48 points ! Je pense que c'est le signe que le nombre d'électeurs déclarés de Le Pen est tout petit. Si on considère que la marge d'erreur est de l'ordre de 25 points pour cette fermeté (la moitié de cette variation extrême), cela serait compatible avec un échantillon d'électeurs de Le Pen d'environ 20 personnes, ce qui donne un vote Le Pen d'environ 7% sur 300 personnes. Cela semble être effectivement le score de Le Pen non redressé, comme le montre cet article que nombre d'entre vous m'ont signalé (merci yogi et blop). En tous cas, je me demande du coup si on peut "remonter" aux données brutes en regardant ce genre de questions "annexes" : cela n'a pas l'air de très bien marcher sur les autres candidats, mais on voit quand même que là aussi, Sarkozy et Royal sont au coude à coude...
  • Pour conclure sur les sondages, mon opinion est que ceux-ci ont de graves problèmes méthodologiques, qui ne permettent pas en tous cas de se fier trop aux résultats bruts, et donc dès que c'est un peu serré, on ne peut rien dire. Par contre, je pense que les sondages sont sans doute capables de "capturer" les tendances individuelles sur le long terme (i.e. je pense que Bayrou est vraiment monté, maintenant peut-être pas aussi haut, ou peut-être au contraire beaucoup plus haut). La méthode de redressement de Le Pen qui consiste à multiplier le score brut d'un facteur 2 est, disons-le clairement, une vaste fumisterie. Quoi qu'on en dise, si on utilise les résultats de l'élection précédente pour appliquer des facteurs multiplicatifs, on risque surtout de tout redimensionner pour retrouver finalement à peu près les scores des années précédentes. C'est vraiment du doigt mouillé pour donner des résultats crédibles, mais je pense que ces résultats sont donc biaisés par construction. Et j'attends toujours qu'on me démontre que les électeurs de Le Pen mentent, et que ce n'est pas un problème d'échantillonage : je suis effaré d'un point de vue scientifique qu'on préfère appliquer un espèce de patch immonde qui consiste à multiplier les scores Le Pen plutôt que d'essayer d'avoir des échantillons/réponses plus fiables. Par ailleurs, une question m'assaille à quelques jours du premier tour : les sondages "sortie des urnes" sont-ils aussi redressés ? Les électeurs qui viennent de voter Le Pen refusent-ils de répondre ? Mentent-ils ? C'est très facile à savoir car il suffit de comparer les réponses aux sondages sortie des urnes au dépouillement.

Voilà, dans tous les cas, le blog restera silencieux pendant quelques jours, le temps de me remettre de la campagne et en attendant de vrais billets scientifiques.

17 avril 2007

HS : SPAM politique pour expatriés

C'est la campagne électorale, y compris sur ce blog qui manque cruellement de billets purement scientifiques ces derniers temps. Il faut dire que je passe plus de temps à aller lire les divers journaux et blogs politiques, voire à les commenter, qu'à lire de vrais articles scientifiques et à bloguer dessus durant mon temps libre. Mea culpa; j'ai hâte que la campagne s'achève (tout comme j'avais hâte que la Coupe Du Monde s'achève l'an dernier; espérons que mon équipe favorite ne perdra pas en finale sur un coup de boule cette fois-ci :P).

En attendant, je tenais à faire part de mon étonnement concernant le spam aux expatriés. Petit rappel des faits pour ceux qui ne sont pas au courant : le 28 Mars dernier, comme beaucoup d'expatriés, j'ai la surprise de recevoir sur mon e-mail personnel une lettre de François Bayrou. Celui-ci sera suivi quelques jours après d' e-mails des trois autres candidats principaux -pour ne pas paraître has been j'imagine devant Bayrou le Révolutionnaire-, Nicolas Sarkozy, puis Ségolène Royal et enfin Jean-Marie Le Pen - je ne sais pas si vous avez déjà reçu un e-mail de Jean-Marie Le Pen, mais ça fait tout bizarre. Chacun de ces mails était rempli de considérations et de propositions spécifiques pour les français expatriés.

Ma première réaction... fut assez mitigée. Je n'ai pas envie de recevoir des e-mails politiques sur ma boîte mail professionnelle. Après enquête et recoupement, il est rapidement apparu que c'était le consulat de New York qui avait communiqué nos adresses aux candidats. Entre temps, je m'étais fendu d'un e-mail à François et Nicolas (maintenant qu'on se connaît par e-mail, je les appelle par leur prénom comme n'importe lequel de mes e-interlocuteurs). François m'a répondu par une nouvelle lettre de prop...ositions et m'indique en PS :



P.S. : vous avez été nombreux à vous interroger sur la façon dont l’UDF s’était procuré votre adresse électronique. Comme la loi le prévoit, le ministère des Affaires étrangères a remis à l’ensemble des 12 candidats à la présidence de la République la liste des Français immatriculés qui avaient eux-mêmes, lors de leur inscription sur la liste électorale consulaire, communiqué ladite adresse.


Je lis ensuite sur le web qu'étant donné l'éloignement, les expatriés ne peuvent recevoir leur petite enveloppe habituelle pleine de tracts électoraux, et donc tant qu'à faire, il valait mieux leur envoyer l'information par e-mail, et toujours tant qu'à faire utiliser les adresses e-mail communiquées au Consulat (NB : il y a un certain paradoxe à envoyer de l'information par internet, media d'information par excellence, à des gens sensés ne pas être au courant de ce qui se passe au pays en raison de l'éloignement. Sur Internet, aujourd'hui, on peut lire les journaux, les blogs et regarder la TV. On est donc tout aussi bien informé que le Français moyen sur la campagne; il manque juste le café du commerce - encore que sur certains blogs et foras, on peut convenablement se rattraper ).

A l'époque, je me dis que m'écrire sur mon adresse e-mail ne me semble pas équivalent à m'écrire par la poste. J'admets alors que je joue peut-être la vierge effarouchée, et au final j'accepte donc l'argument d'un haussement d'épaules.

Sauf que ce soir en rentrant chez moi, j'ouvre ma boîte aux lettres, pour découvrir le visage rieur de Frédéric Nihous, l'air goguenard de Le Pen et la fameuse affiche en papier recyclé de Schivardi. Donc cette histoire d'éloignement du pays empêchant l'arrivée de l'information, c'était juste du pipeau. Quelle est donc la logique de tout cela ? Au nom de quoi maintenant nos adresses e-mail ont-elles été communiquées aux candidats ? Car je vois dorénavant très clairement pourquoi mon adresse e-mail n'est pas équivalente à mon adresse courier. Les e-mail étaient spécifiquement adressés à des expatriés, avec des problématiques d'expatriés, des soucis d'expatriés; autrement dit, l'e-mail aux expats était une opération ciblée de marketing politique. C'est le ciblé qui me gène, car c'est ce qui distingue le légitime souci d'information du spam non sollicité pur et simple.

10 avril 2007

Scientisme et politique

En ce moment, je m'énerve beaucoup en lisant les journaux et en surfant sur le web. Est-ce dû à l'hystérie sondagière ? Toujours est-il que les billets, opinions, débats sur la science se multiplient en ce moment. C'est a priori très positif, sauf que la science est la plupart du temps totalement absente de ces débats, et qu'elle est utilisée soit comme outil rhétorique, soit comme argument d'autorité dans ces joutes oratoires.

Deux exemples récents. Via What's next, je suis tombé de ma chaise devant le graphique ci-contre, reproduisant la répartition idéologique des différents partis politiques suivant deux axes, tiré du site gauche liberale.org. Je suis pourtant plutôt fan d'habitude de ce genre de petit exercice tant qu'ils ne se prennent pas au sérieux. Mais là, ce diagramme n'est manifestement qu'un concentré d'a priori idéologiques.

Par exemple, pourquoi y a-t-il des zones d'exclusion théorique ? Qu'est-ce que cela signifie ? Si on en croit le site, on lit que :


La présence d'une zone d'exclusion théorique tient au fait qu'une société hautement libérale ne peut être "pilotée" ni vers la droite ni vers la gauche. Une société libérale d'extrême droite ou d'extrême gauche est donc par définition impossible.


Moi, quand je vois une zone d'exclusion de ce genre, je pense immédiatement aux diagrammes de Kruskal en relativité générale, à des horizons et des frontières. Bref, je pense "modèle théorique", testable et justifié. Or il n'y a pas de modèles théoriques ici : il n'y a qu'un a priori politique, à savoir qu'une société libérale ne peut être trop à gauche ou à droite. Cette frontière est une vaste fumisterie : comment la déterminer quantitativement ? Quelle est la définition derrière le "par définition" ? Comment détermine-t-on le degré de gauchitude, de droititude, de libéralisme d'une société ? Quel est le sens mathématique ? Le reste du diagramme est à l'avenant : ainsi les partis politiques sont-ils alignés le long d'une jolie courbe, suggérant que les partis français sont plus ou moins tous d'accord entre eux sur le dirigisme étatique. Mais sur la base de quels critères ces partis ont-ils été placés, alignés ainsi ? Comment les surfaces relatives sont-elles déterminées ? De la même façon, le placement du zéro dans un sens ou dans l'autre est un pur a priori idéologique. Des Américains décaleraient toutes les courbes vers la gauche, tandis que des chercheurs staliniens pourraient penser que toutes les courbes devraient être décalées vers le haut (à ce propos je ne connais personne ayant fait ce test n'étant pas dans le cadran en bas à gauche). Le but de ce graphe est uniquement politique : il s'agit de nous expliquer visuellement le manque de variété sur l'axe haut bas, et de nous expliquer que les partis français sont très dirigistes. Le problème c'est qu'il s'agit uniquement des a priori de l'auteur du graphe, qui se donne une apparence de sérieux et d'objectivité en utilisant des représentations scientifiques, mais il n'y a guère de science ici, c'est un pur discours politique. L'opinion est respectable en soi, là n'est pas le problème, ce que je n'aime pas beaucoup est cette habitude de plus en plus répandue de faire de la politique en s'abritant derrière un discours scientifique pour donner l'illusion d'objectivité.

L'autre affaire qui m'énerve est évidemment celle des gènes de la pédophilie. Les experts en génétique pulullent actuellement sur les blogs et autres fora. Des blogueurs commentent, ici ou nous donnent leur avis sur la question :

je dirais qu’il ne me parait pas absurde de penser qu’il puisse y avoir effectivement un terrain plus ou moins favorable à la pédophilie, au suicide, à la dépression.

Des choses totalement fausses qui ne paraissent pas absurdes, l'histoire des sciences en est remplie. Ce qui est vrai pour le cancer ou le suicide, peut être totalement faux pour la pédophilie. Donc débattre là-dessus en tant qu'opinion, déconnectée de la connaissance scientifique, n'a pas de sens. La science n'est pas une philosophie chargée d'équilibrer thèse et antithèse : la science n'est pas une opinion politique qui se suffit par elle-même, le débat scientifique doit être sous-tendu par des faits et n'avance qu'en choisissant et en tranchant. Il y a des théories absurdes et fausses, point barrre, comme celle du gène de la pédophilie ou de la bosse des Maths.
Par ailleurs, et là je parle en tant que citoyen, tout le monde glose sur la prédisposition, mais quasiment personne ne parle sérieusement des facteurs qui révèlent cette prédisposition, alors qu'en tant qu'homme d'action revendiqué, Sarkozy devrait plutôt s'intéresser aux causes environnementales du suicide qui sont les seules sur lesquelles il puisse agir. Moi, c'est surtout ce manque qui m'étonne, ce renoncement au nom d'une théorie génétique fausse. Car quand on regarde l'action politique, force est de constater que ce corpus de théories se traduit effectivement en actions concrètes, comme par exemple le dépistage des jeunes délinquants dès l'âge de trois ans, sans parler des gamins "hyperactifs " drogués aux Etats-Unis. Preuve que ces préjugés se traduisent dans les faits par des actions sociales, au nom de la science, ce qu'il faut à mon avis combattre.

08 avril 2007

Effet Allègre

La campagne électorale échauffe les esprits, et cette semaine a vu se succéder quelques déclarations scientifiques peu inspirées. Effet de mode, le réchauffement climatique semble être un terreau idéal pour ce genre de discours. Ainsi, Eric Le Boucher dans sa chronique du Monde, à propos des climatologues qui ont l'outrecuidance d'affirmer que le réchauffement climatique aurait un impact négatif sur l'économie, nous livre cet argument imparable :

"Pourquoi affirmer avec aplomb que 2 degrés de plus sont mauvais pour le commerce, alors qu'on observe sur le territoire de ces Etats-Unis un déplacement de l'activité vers le Sud et vers le soleil ?"

C'est vrai ça : le soleil, ça attire les retraités et c'est bon pour le tourisme. Et puis de toutes façons, les ouragans, ce n'est jamais que la forme naturelle de la destruction créatrice, et cela stimule le BTP au moment de la reconstruction !

Outre la manifestation d'ignorance relative du dossier du réchauffement climatique dont fait preuve ELB dans cette simple phrase -habitude d'économiste peut-être, il se focalise sur le réchauffement moyen en oubliant la variabilité potentielle énorme du réchauffement et surtout leurs effets locaux- on ne peut que constater que l'utilisation de contre-arguments aussi débiles décrédibilise totalement un discours qui peut par ailleurs être sensé...

07 avril 2007

Résurrection pascale

Hasard du calendrier, trois jours après son décès, Nausicaa est réssucitée ! J'ai plongé dans les entrailles de la bête, identifié et changé la pièce deffectueuse, et c'est reparti !
Espérons maintenant que l'esprit saint me visitera la semaine prochaine ;)

30 janvier 2007

Perplexité

J'apprends ce matin que les voleurs de scooter du fils de Sarkozy auraient été retrouvés grâce à un prélévement d'ADN. Au delà de la polémique un peu politicienne (...), je m'étonne de l'affirmation que ces jeunes délinquants aient été retrouvés grâce à leur ADN. Quand et comment leur ADN s'est-il retrouvé dans ce fichier avant ce vol ? Je vois qu'un des mineurs avait déjà été condamné : prélève-t-on systématiquement l'ADN des personnes condamnées ? Par exemple, a-t-on prélevé l'ADN de tous nos hommes politiques condamnés pour des délits financiers ? Quelle est la loi en la matière ?
Je ne sais pas vous, mais moi cette histoire me fait froid dans le dos. Je ne vis pas très bien les délires sécuritaires US (c'est toujours un calvaire de passer la douane, je ne sais pas si vous avez vu le film Babel, mais je peux comprendre que certains pètent les plombs devant des douaniers robocops), je croyais que la France était relativement épargnée...

29 janvier 2007

Mais pourquoi tant de haine ?

Avertissement : ce billet est plein de préjugés honteux d'un physicien qui pense que toutes les sciences sont des sous-domaines de la physique. Comme vous le lirez plus bas, il est totalement inutile d'essayer de me convaincre que j'ai tort (mais enfin vous pouvez toujours essayer, cela peut marcher d'ici quelques mois).


Je peux comprendre qu'on soit critique à l'égard de certains domaines scientifiques, habituellement qualifés de "durs"... Ainsi dans l'ordre de "dureté" croissante,
  • l'économie "mathématisée" me paraît trop peu expérimentale, et les applications réelles de l'économie me semblent parfois à peine juste qualitativement, peut-être parce que beaucoup de postulats sont faux (voir par exemple ce billet ), ou parce qu'on a tendance à oublier que les hypothèses très commodes posées par les matheux sont irréalistes (une technique classique de théoricien pour résoudre un problème est de se placer dans les hypothèses où ce problème devient soluble trivialement ;) ). J'ai parfois l'impression (en lisant polys, blogs, oeuvres diverses) que les économistes sont soit des sociologues statisticiens - donc plutôt du côté des sciences humaines en fait-, soit des matheux déguisés spécialistes des problèmes d'optimisation hyper spécifiques (1). Et je comprends que certaines personnes puissent contester l'application de préceptes économiques pour leur bien à long terme, mais leur apparaissant assez néfastes à court terme.
  • La biologie a le mérite d'être, à la base, une science expérimentale. La plupart des manips sont reproductibles; on peut faire de vraies prédictions en biologie et les tester. Maintenant, il est vrai qu'il y a encore beaucoup de choses qu'on ne connaît pas en biologie. L'autre problème est que la biologie traite par définition du vivant, et donc qu'elle suscite l'opposition de toutes les théories non scientifiques dissertant sur la place de l'homme dans l'univers (du vitalisme au créationnisme, en passant par le teilhardisme ou dans un domaine très différent, la "théorie" à la base de l'homéopathie). Je peux donc comprendre que certaines personnes, profondément choquées par les implications morales et religieuses de théories comme la théorie de l'évolution, rejettent tout en bloc au motif d'une morale supérieure fondant leur vie, et d'après eux inaccessible à la pure la raison.

Mais s'il y a bien un domaine scientifique pour lequel je ne comprends pas les attaques des "non-spécialistes", c'est bien la physique théorique, et en particulier la relativité et la physique quantique. Après tout, le choix d'une théorie physique n'a aucun impact sur notre vie quotidienne, et ne remet pas en cause l'existence de Dieu ou des extra-terrestres. Le contenu "polémique" intrinsèque me paraît à peu près nul. Par ailleurs, nous utilisons au quotidien des appareils dont le principe même repose sur ces deux théories scientifiques, des lecteurs de DVD au GPS, en passant par les puces des ordinateurs. Je ne parle pas du fait que sans le principe d'incertitude de Heisenberg, la matière serait instable et donc nous ne serions même pas là pour en discuter !

Pourtant, il ne faut pas aller très loin pour voir des oppositions farouches à ces deux théories. Les forums de discussion physique sont remplis de "crackpots" affirmant qu'Einstein était un loser ayant fait perdre un siècle à la science (quand il n'a pas volé la théorie de Poincaré) ; Etienne Klein cite souvent l'exemple d'un de ses étudiants à Centrale qui lui affirmait que la relativité restreinte ne pouvait être possible car il ne le "sentait" pas au quotidien autour de lui. J'ai moi-même récemment entendu un professeur d'une grande université étrangère m'affirmer que la physique quantique était nécessairement fausse et qu'il fallait mettre le principe d'incertitude d'Heisenberg à la poubelle (heureusement, il n'enseignait pas la physique)...

D'où vient ce décalage totalement incroyable ? Pourquoi des gens - y compris très sérieux, malgré de preuves irréfutables, continuent à croire qu'il existe une physique différente ? Etienne Klein (encore lui, je ne suis pas forcément fan, mais bon) l'explique très bien ici : "nous préférons le bien-être à la vérité" . Lorsqu'une vérité heurte une de nos croyances profondes, il n'y a rien à faire, il nous est quasi-impossible de renier ce dont nous sommes convaincus. Inutile d'en appeler à une quelconque raison, nous restons campés sur nos positions.

Peut-on alors dépasser les frontières de nos croyances ? C'est très difficile, et cela peut poser des problèmes graves aux scientifiques qui doivent essayer d'être le plus "ouvert" possible a priori. Einstein lui-même ne croyait pas à la mécanique quantique ("Dieu ne joue pas aux dés"); plus exactement, il pensait que c'était une théorie essentiellement phénoménologique. Seulement à la différence de nos crackpots amateurs et autres intelligent designer, Einstein a agi en scientifique : La mécanique quantique ne lui convient-elle pas ? Pas de problème, il propose un paradoxe qui va la mettre en défaut. L'univers doit-il être éternel ? Pas de problème, il ajoute une constante cosmologique (à ses successeurs de l'observer et de trouver sa signification - Einstein, évoluant, dira plus tard que c'était la plus grosse erreur de sa vie). Pourtant, dans le premier cas, Einstein a été pris en défaut, dans le second cas, on s'aperçoit qu'il pourrait bien avoir raison !

La conclusion de tous ces exemples scientifiques, c'est que même si c'est un exercice vivifiant et agréable, il est (malheureusement) probablement inutile de débattre sur le court terme; seul un travail de fond, une expérience approfondie permet de tester et de changer ses croyances et ses positions, et dans tous les cas, les arguments doivent être en chêne massif pour commencer à nous faire bouger... Gardons cela à l'esprit en ces temps de campagne présidentielle !


(1) j'en profite pour passer un message personnel : si quelqu'un sait où je peux trouver une démonstration mathématique du mécanisme de la main invisible du marché, je suis intéressé !

26 décembre 2006

HS : Noël, Chanoukah et tutti quanti...

Ah les vacances de Noël... Le meilleur moment de l'année, assurément ! J'ai beaucoup regretté l'an dernier de passer Noël à New York, je me rattrappe bien cette année :P
En attendant, je suis très surpris de constater que la polémique a traversé l'Atlantique et que cette année on discute beaucoup en France sur le caractère chrétien de Noël, pouvant être "choquant" pour les autres religions (voir par exemple ici, ou encore la question du jour sur le site du monde). La surprise pour moi est d'autant plus grande que la France est un pays beaucoup plus laïcisé, où nombreux sont les non-chrétiens qui fêtent Noël, et où la plupart des gens savent que Noël est essentiellement une récupération de mythes païens (et est en fait en train de le redevenir d'une certaine manière). Aux Etats-Unis (pays beaucoup plus attaché à la religion) l'an dernier à la même époque, le très PC "happy holidays" concluait la plupart des conversations/échanges par mails. Cette année, paradoxalement, la "tradition" a complètement repris le dessus. Les mêmes qui insistaient beaucoup sur le "Happy Holiday" l'an dernier ont repris un classique "Merry Christmas" cette année, y compris dans certains magasins. Je prédis donc que cette polémique un peu pourrie ne survivra pas à l'année 2006 !
Allez, je retourne dans mon silence et prépare quelques billets pour 2007...
Edit 11h33 : voir aussi ce billet de Ceteris Paribus sur le même sujet... Billet intéressant, car j'ai vraiment vu une différence dans la vie quotidienne aux US entre l'an dernier et cette année, preuve que la "guerre contre Noël" qu'il décrit avait vraiment porté ses fruits.

21 juillet 2006

Galilée, reviens, ils sont devenus fous !

Une séquence de "Qui veut gagner des millions ?" : Qu'est-ce qui gravite autour de la Terre ?

L'année où j'ai passé le Bac, c'était plus ou moins une des questions "faciles" de l'épreuve de physique (si je me souviens bien, la question exacte était la définition et la justification de l'utilisation du référentiel géostationnaire géocentrique).
Le vote du public est tout simplement atterrant et très inquiétant. L'inculture scientifique du public pose de vrais problèmes aujourd'hui. Comment voulez-vous débattre sereinement des OGM, des cellules souches, du nucléaire, des nanotechnologies quand 52 % du public de TF1 pense que le Soleil tourne autour de la Terre ? C'est la porte ouverte aux manipulations par des charlatans ou par des intérêts financiers, c'est la résignation devant l'avènement d'une société d'experts, d'une aristocratie.
Alors, que peut-on faire pour y remédier ? J'ai commencé plus haut en parlant d'une question du Bac pour bien souligner que c'est tout à fait le genre de choses dont on nous rebat les oreilles tout au long de notre éducation, et que c'est typiquement une question "éliminatoire" (le candidat incapable de définir correctement le référentiel géostationnaire a peu de chances de réussir une épreuve de physique). Autrement dit, et après l'expérience de trois années d'enseignement en Deug, je pense qu'il est probable qu'après cinq minutes de réflexion, les 80 % de bacheliers ne se seraient pas fait avoir par ce genre de question (je suis peut-être un peu optimiste), et je crois que l'Education Nationale fait son boulot de ce point de vue-là (étant moi-même un pur produit de l'école française, dans tous les sens du terme, je prêche un peu pour ma paroisse :) ). Donc, à mon avis, le problème ne vient pas de l'école. Probablement est-ce d'avantage un problème de société... Qu'en pensez vous ?
C'était mon coup de gueule du matin, je retourne travailler...