Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...
Affichage des articles dont le libellé est Intelligent Design. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Intelligent Design. Afficher tous les articles

03 août 2007

Michael Behe au Colbert Report

On n'a pas tous les jours l'occasion de voir le "père" de l'intelligent design interviewé dans une excellente émission satirique.
C'était hier sur Comedy Central; suivez le lien (attention, il y a une pub au début):
http://www.comedycentral.com/motherload/?lnk=v&ml_video=90952



Colbert est égal à lui-même, i.e. excellent dans son rôle de faux néo-con américain. Excellent également dans sa façon directe de dénoncer les partisans de l'ID, qui prétendent discourir sur les limites de la théorie darwinienne, en disant que la relativité einsteinienne avait montré les limites de la théorie newtonienne. Double imposture car :
  • Newton n'est qu'un "cas particulier" d'Einstein; la limite n'est pas dans le sens courant mais dans le sens mathématique
  • Behe n'est pas à Darwin ce qu'Einstein est à Newton; on pourrait au contraire le rapprocher de nombreux crackpots qui pulullent sur le web.

Mais Colbert est bien plus drôle que moi, je vous laisse regarder...

PS : pour les cinéphiles, il y avait aussi un hommage un peu spécial à Bergman

http://www.comedycentral.com/motherload/?lnk=v&ml_video=91011

27 juillet 2007

Miscellanées d'été


L'été, les labos théoriques se vident, les étudiants vont dans des écoles aux quatre coins du monde, l'unversité se réforme en trois jours; quant à moi je me retrouve avec des tas d'articles à référer et un article (dont la première mouture remonte à Novembre) à resoumettre en espérant convaincre les referees !
Remis de ma lecture de Ripoteur comme dirait Chofie, deux petites choses glanées :


  • L'événement cinématographique "nerd" de l'été est la sortie du film des Simpsons (voir la polémique - compréhensible- suscitée par la photo ci-dessus). Nature (!) couvre cette sortie en interviewant Al Jean, scénariste des Simpsons et accessoirement docteur en mathématiques issu d'Harvard. Comme quoi les sciences mènent à tout, aux Etats-Unis en tous cas. Interview intéressante car on réalise que les Simpsons parlent régulièrement de sciences. Le film s'ouvre par exemple sur une conférence de Lisa avertissant la population sur les dangers environnementaux dans une conférence intitulée "An Irritating Truth" (voir aussi ce fameux extrait du film de Gore). Au delà des apparitions des deux Stephen les plus médiatiques (Jay Gould et Hawking), Nature donne son propre top 10 des meilleurs blagues scientifiques dans les Simpsons. Ma préférée est effectivement la dernière :


Perpetually funny: In "The PTA Disbands", Lisa gets so bored by a lack of schooling she builds a perpetual motion machine. Homer is not pleased: "Lisa, in this house we OBEY the laws of thermodynamics."
  • Absolument rien à voir, mais après la Turquie et la Pologne, l'intelligent design poursuit son offensive vers l'Ouest de l'Europe et atteint l'Allemagne. La ministre de l'éducation du Land de Hesse a en effet proposé , je cite, "que les questions théologiques concernant l'origine du monde soient abordées dans les écoles lors des cours de biologie". Rappelons qu'en son temps, Blair avait pris une position similaire - qui n'avait pas fait autant de bruit il me semble, à mon grand dam (voir ce billet). Je prends les paris : en ces temps de "décomplexation", combien de temps avant qu'un député français (de la majorité ?) ne fasse une proposition de loi similaire ? Un carambar qu'on y a le droit avant la fin de l'année scolaire 2007-2008. (Sur un sujet relié, voire ce billet chez le doc').

29 mai 2007

Grand opening : Creation Museum

Un des titres de CNN ce matin : le musée de la Création est enfin ouvert ! Pour un tour virtuel, rendez vous sur le célèbre site answergenesis.org, où la couleur est clairement annoncée :



Explore the wonders of creation. The imprint of the Creator is all around us. And the Bible’s clear—heaven and earth in six 24-hour days, earth before sun, birds before lizards.

Other surprises are just around the corner. Adam and apes share the same birthday. The first man walked with dinosaurs and named them all!

God’s Word is true, or evolution is true. No millions of years. There’s no room for compromise.




Rappelons que ce musée fait partie de la stratégie globale du mouvement du dessein intelligent (intelligent design ou ID) visant à combattre la science "sur son terrain". Après le think tank estampillé ID, les revues ID (dont nous parlait récemment Enro), voici donc le premier musée ID. A quand l'université et les doctorats ?


Le New York Times nous convie à une visite guidée. Texte très intéressant à mon avis. Il permet notamment de comprendre la version que je qualifierais "d'officielle" du mouvement créationniste. En effet, le problème avec la non-science est qu'il est assez difficile de se mettre d'accord sur des faits scientifiques... qui n'en sont pas (ah le sexe des anges !). D'où plusieurs versions de la création, depuis l'interprétation littérale de la Genèse jusqu'à l'évolution théistique, défendue notamment par de rares scientifiques comme Francis Collins qui croient que Dieu peut intervenir ponctuellement dans l'univers (par exemple pour féconder la Vierge - voir ce billet )

Donc si vous visitez ce musée, vous apprendrez que la Terre a été créée il y a 6000 ans. Les dinosaures (qui plaisent tant aux enfants - très bonne stratégie marketing) ont été créés le sixième jour. Comme le souligne l'auteur de l'article, c'est déjà une évolution radicale des tenants du créationnisme qui ont longtemps ignoré les fossiles. Ces fameux fossiles, donc, sont en fait directement issus... du déluge bien sûr ! Et oui, il fallait y penser : les précipitations divines ont tué les animaux et les sédiments se déposant alors ont permis la fossilisation. D'ailleurs, des dinosaures étaient bien évidemment sur l'arche de Noé...

Le discours moral sous-jacent est à l'avenant. La légende veut que Darwin soit devenu athée en particulier en constatant la cruauté terrible de la nature, reposant sur la lutte pour la vie ("struggle for life"). Le musée de la Création offre au contraire une vision idéale, harmonieuse de la Nature, dans laquelle cohabitent en bonne intelligence toutes les espèces animales. Ainsi les dinosaures sont-ils tous herbivores dans le jardin d'Eden ! Et lorsque le musée nous montre un fossile d'un poisson en dévorant un autre, c'est pour mieux souligner comment s'est exercé le "jugement de Dieu" qui a décidé de noyer sous les flots cette nature pécheresse :

Meanwhile a remarkable fossil of a perch devouring a herring found in Wyoming offers “silent testimony to God’s worldwide judgment,” not because it shows a predator and prey, but because the two perished — somehow getting preserved in stone — during Noah’s flood. Nearly all fossils, the museum asserts, are relics of that divine retribution.



Pour tout vous dire, je n'ai qu'une hâte : aller voir cet ovni de mes propres yeux...

17 mai 2007

Détente : Evolution et Science fiction

L'actualité récente et mes voyages en avion aidant, je me propose de faire une petite liste (subjective et très incomplète) de mes romans préférés de sciences fiction ayant abordé l'évolution sous une forme ou une autre. N'hésitez pas à suggérer d'autres titres ou nouvelles : je suis toujours intéressé par ce genre de littérature !

  • Asimov dans son cycle Fondation aborde le sujet de manière détournée. L'apparition spontanée d'un humain évolué mutant, le Mulet, met complètement par terre le plan Seldon. C'est assez amusant comment l'évolution, aléatoire, imprévisible, s'oppose ici à la psychohistoire déterministe, sorte de super économie prédictive. Quant au Mulet, l'un des personnages les plus étonnants de l'univers d'Asimov, comme tout bon mutant, il ne peut avoir de descendance humaine, d'où son nom...
  • Dick a abordé le sujet dans une nouvelle, l'homme doré, ayant récemment inspiré un film (que je n'ai pas vu, mais qui n'a pas l'air très fidèle). L'homme doré dispose à la fois d'un instinct (qui lui permet d'anticiper le futur) et d'une puissance sexuelle surdéveloppée au détriment de son intelligence, ce qui lui assure une adaptation tout à fait remarquable. La nouvelle est très intéressante, et va complètement à l'encontre de la corrélation entre marche vers l'intelligence et évolution : Dick suggère explicitement que l'homme futur se débarassera ainsi de son intelligence, devenue totalement inutile.
  • Hyperion est l'un de mes cycles préférés. Simmons a manifestement été très inspiré par Teilhard de Chardin, inventeur notamment du concept de "Noosphère". Teilhard décrit l'évolution comme une marche vers ce qu'il appelle le "Christ Cosmique"; Simmons nous raconte en fait cette marche dans la deuxième partie du Cycle à partir d'Endymion. J'avoue que la première fois que j'ai lu Hyperion, ces références scientifico-mystico-religieuses m'avaient un peu échappées, mais après relecture d'Hyperion et lecture de certains livres de Teilhard, je n'ai plus aucun doute : Simmons est très sérieux, et Hyperion est probablement le premier roman qu'on pourrait labelliser "Intelligent Design" : par exemple, les Tombeaux Du Temps, Moneta et le Gritche, remontant le temps pour, en quelque sorte, "porter la bonne parole", ne sont pas sans rappeler certaines théories farfelues déjà évoquées dans ces pages.
  • Plus récemment, on peut citer L'Echelle de Darwin et les Enfants de Darwin de Greg Bear. Ces deux romans sont basés sur l'idée qu' un virus aurait pu faire évoluer Neandertal vers Sapiens, et réactivé, faire atteindre à Sapiens un stade encore supérieur. Romans distrayants à défaut d'être exceptionnels.

D'autres suggestions ?

07 mai 2007

Une campagne s'achève, une autre commence

Via Crooks and liars, Primaire républicaine aux Etats-Unis...



"- Sénateur Mc Cain, cette question provient de machin.com, et était parmi les questions ayant remporté le plus de suffrages. Croyez-vous en l'évolution ?
- (surprise) n... Oui !
- Juste par curiosité, certains d'entre vous ne croient-ils pas à l'évolution ?"

Et bien, ça promet !

PS: je pars de New York assez longtemps; je risque de délaisser un peu mon blog (ce qui me permettra j'espère de mûrir quelques billets plus constructifs)

14 mars 2007

En finir avec le "Darwinisme"

According to Darwinism, undirected natural causes are solely responsible for the origin and development of life. In particular, Darwinism rules out the possibility of God or any guiding intelligence playing a role in life's origin and development. Within western culture Darwinism's ascent has been truly meteoric. And yet throughout its ascent there have always been dissenters who regarded as inadequate the Darwinian vision that undirected natural causes could produce the full diversity and complexity of life.William Dembski 98


Au-delà de cette profession de foi pro-Intelligent Design, j'attire votre attention sur le fait qu'en quelques lignes, le nom de Darwin est prononcé quatre fois, et toujours sous une forme dérivée. Anecdotique me direz-vous ? Pas si sûr... Les termes "darwinisme", "darwinien" sont certes parfois utilisés par les scientifiques mais vous remarquerez que les adversaires de la théorie de l'évolution les emploient systématiquement. Plusieurs raisons à cela, une première est de "dégrader" la théorie de l'évolution pour la connoter "philosophie" ou "spiritualité" :

The term Darwinism has been used by Darwin's critics to describe the beliefs of those who promote evolutionary biology. In this usage, the term has connotations of atheism. For example, in Charles Hodge's book What Is Darwinism?, Hodge answers the question posed in the book's title by concluding: "It is Atheism." Likewise, modern creationists use the term Darwinism, often pejoratively. Casting evolution as a doctrine or belief bolsters religiously motivated political arguments to mandate equal time for the teaching of creationism in public schools.(Extrait de la page wikipedia)

D'ailleurs, il n'y a pas nécessairement de "malice" ou de manipulation là-dessous car les créationnistes et autres Intelligent Designers (ID) voient vraiment la théorie de l'évolution d'abord et avant tout comme une philosophie matérialiste :

Debunking the traditional conceptions of both God and man, thinkers such as Charles Darwin, Karl Marx, and Sigmund Freud portrayed humans not as moral and spiritual beings, but as animals or machines who inhabited a universe ruled by purely impersonal forces and whose behavior and very thoughts were dictated by the unbending forces of biology, chemistry, and environment. This materialistic conception of reality eventually infected virtually every area of our culture, from politics and economics to literature and art.
Notez d'ailleurs qui cohabite avec l'ami Charles...

Employer le vocable "darwinisme" permet également de donner une patine XIXe siècle, et donc de la caricaturer comme une vieille théorie passéiste, n'ayant pas elle-même évolué. C'est un trait assez courant, en particulier de la part des scientifiques non biologistes qui s'intéressent au sujet. C'est en fait très malvenu et révèle plutôt à mon avis une mauvaise interprétation de la théorie ou des connaissances de la discipline. C'est typiquement le genre d'exercice auquel se livre Dembski sur Uncommon descent. Voir par exemple ce billet : Dembski affirme que le fait que certains organismes aient des moyens de contrôler leur taux de mutation contredit le "darwinisme". Autant reprocher à Galilée de ne pas avoir introduit la notion d'espace-temps ! Ce que Dembski ne reconnaît pas, c'est que la théorie de l'évolution proposée par Darwin est avant tout un cadre conceptuel : ce n'est pas parce que Darwin n'a pas anticipé les découvertes récentes de la biologie que sa théorie ne colle pas à ces découvertes.

Enfin, dans la même veine, d' aucuns "reprochent" au "darwinisme" ne pas être prédictif, notamment à la lumière de ce qui existe dans d'autres domaines scientifiques. C'est vrai : la théorie de l'évolution est une théorie qu'on peut qualifier pour l'instant de "rétrospective", elle permet d'expliquer les observations a posteriori. C'est déjà un gros progrès, après tout, il y a deux siècles, personne ne croyait que les espèces évoluaient. Mais surtout, il faut bien voir que la proposition de Darwin n'est évidemment qu'un début. Si on compare à la physique (ce que certains ID n'hésitent pas à faire dans leur style habituel tout pétri de bon sens et de mauvaise foi) , d'un point de vue théorique, la biologie en est encore au XVe siècle : nous n'en sommes qu'au stade des observations, de la description de la mécanique des corps. Darwin, c'est Copernic : il a compris que la Terre tournait autour du Soleil, il a compris le cadre général et qualitatif; la théorie de l'évolution attend néanmoins toujours son Newton qui saura mettre tout cela en équations.

Pour conclure, les adversaires de la théorie de l'évolution ont adopté (consciemment ou non) une stratégie assez simple : plutôt que d'attaquer le fond de la théorie telle qu'elle existe aujourd'hui, beaucoup se focalisent sur Darwin, l'homme du XIXe siècle. Cela passe par l'emploi d'un vocabulaire particulier ("darwinisme") et par une lecture faussement naïve et non actualisée de ses théories à la lumière des connaissances d'aujourd'hui. Pour cela, il serait donc préférable d'en finir avec la terminologie "darwinisme"...

02 mars 2007

Hérésie scientifique, épisode II

L'épisode I

Avant tout, toutes mes excuses pour le billet précédent, qui n'était effectivement qu'une parodie de ma main comme certains l'ont deviné ... Ce blog n'est pas près de devenir une annexe de uncommondescent !

Les propositions de Davidson et Erwin ont un parfum d'hérésie, toute autant religieuse que scientifique. Sans remettre en cause l'évolution, ils affirment en effet que certains niveaux d'organisation des organismes ne peuvent évoluer par nature et sont invariants depuis le Cambrien. Evidemment, une telle assertion ne peut que réjouir les Intelligent Designer (voir par exemple ce billet), d'autant que Davidson et Erwin se permettent ce genre de phrases dans leur article de Science.

Classic evolutionary theory, based on selection of small incremental changes, has sought explanations by extrapolation from observed patterns of adaptation. Macroevolutionary theories have largely invoked multi-level selection, among species and among clades. But neither class of explanation provides an explanation of evolution in terms of mechanistic changes in the genetic regulatory program for development of the body plan, where it must lie.



Davidson et Erwin sont donc de grands taquins, et ont provoqué une levée de bouclier. Ils se sont faits souffler dans les bronches dans un commentaire de Coyne, toujours dans Science :

Finally, Davidson and Erwin claim that neither micro nor macroevolutionary theory explains the evolution of "the genetic regulatory program for development of the body plan". If one accepts the view that differences between phyla or between other higher level clades involve the accumulation of lesser differences between lower level clades over long periods, then microevolutionary theory (i.e., adaptive accumulation of micro-mutations through natural selection) does explain the evolution of different body plans. Indeed, there can hardly be another explanation.



Ce à quoi Davidson et Erwin ont répondu, avec tout d'abord quelques petits procès en incompétence :


Coyne's conflict is not with our review as much as with developmental biology and its implications for evolutionary process.

(...)

Here again, Coyne's conflict seems to be with much of modern molecular biology and its explanatory potency rather than with our paper.



Puis une ligne de défense des plus classiques : vous m'avez mal compris !



Coyne's final point creates a false dichotomy. Abundant evidence from the Ediacaran-Cambrian fossil record has established the rapidity of morphologic change. Coyne fails to address this pattern and presents as the only "reasonable" view the position that differences between phyla reflect long periods of evolution. As paleontologists have been pointing out for decades, however, this is simply not the pattern that we observe, and for many durably skeletonized groups it is clear that one cannot invoke inadequacies in the fossil record. Nowhere in our paper did we reject natural selection, because we support it.


L'Evo-Devo est un petit monde bien animé... Toujours est-il que ces travaux ouvertement provocateurs peuvent être très facilement interprêtés comme des confirmations de l'Intelligent Design, comme j'ai essayé de le démontrer dans le billet parodique précédent, d'où des réactions passionnées et un peu violentes de certains biologistes comme Coyne. De fait, Davidson a raison : Coyne a probablement mal compris le papier original. D'un autre côté, la position de Davidson et Erwin est assez inconfortable : il est osé d'affirmer brutalement que des réseaux construits par l'évolution s'en retrouvent tout d'un coup exclus. Malheureusement, Davidson et Erwin ne nous font pas part de leurs explications sur ce sujet, ce qui est assez fâcheux et leur vaut scepticisme et réactions courroucées de la communauté. Pourtant, ils ont sans aucun doute une explication (en fait, j'ai vu une conférence de Davidson, où il prévoyait clairement de parler de l'évolution de ces kernels, mais il n'a pas eu le temps d'aborder ce sujet... A mon avis, ils en feront un prochain papier dans Science !). Dans tous les cas, toute cette histoire est l'illustration même que, contrairement à ce qu'affirment les religieux de tout poil, la science n'est pas figée, et que même des théories fondatrices comme celles de l'évolution peuvent être questionnées et affinées, y compris et surtout dans des revues comme Science.

Sinon, le "Snowball creationnism" est une totale invention de ma part, basée sur l'hypothèse de la Snowball Earth. En fait, Davidson pense effectivement que l'explosion Cambrienne a été initiée par le réchauffement climatique qui a suivi et qui a permis d'augmenter la concentration d'oxygène dans l'océan, tout en libérant de nouvelles niches écologiques du fait de la fonte des glaces. Encore un exemple du couplage très fort entre climat et évolution.

Références

Comment on "Gene Regulatory Networks and the Evolution of Animal Body Plans", J. A. Coyne, Science 313, 761 (2006);
Response to Comment on "Gene Regulatory Networks and the Evolution of Animal Body Plans", Douglas H. Erwin1,and Eric H. Davidson, Science 313, 761 (2006);

01 mars 2007

Les noyaux de l'hérétique Docteur Davidson

Courrier des lecteurs :

A diffuser !!!

Un article écrit par Eric Davidson et Douglas Erwin, paru dans la prestigieuse revue Science datée du 10 Février 2006, semble apporter une confirmation éclatante de la théorie scientifique de l'Intelligent Design .

Davidson et Erwin ont étudié les interactions entre les gènes de différents animaux modernes, i.e. comment les gènes se "parlent" entre eux, comment ils s'activent ou se répriment les uns les autres. En comparant les structures de ces réseaux génétiques, ils n'ont pu que constater l'existence de modules irréductibles, extrêmement conservés, qu'ils appellent "kernels" (voir la figure ci-jointe). Ces noyaux sont des petits réseaux génétiques complexes, très intriqués, réalisant des fonctions très précises. Par exemple, l'un de ces réseaux est supposé diriger la formation des cellules cardiaques. Les comparaisons phylogénétiques ont mis en évidence le fait que ces noyaux sont communs à quasiment tous les animaux connus, et donc existaient déjà lors du Cambrien. L'évolution depuis cette époque ne semble avoir agi que sur les liens entre ces modules, sans toucher les modules eux-mêmes. Comme l'expliquent si bien Davidson et Erwin :

We think that change in them is prohibited on pain of developmental catastrophe, both because of their internal recursive wiring and because of their roles high in the developmental network hierarchy

Nous pensons que tout changement dans [ces noyaux] est interdit sous peine de catastrophe sur le développement, non seulement à cause de leur structure interne récursive, mais aussi à cause de leur rôles très importants dans le hiérarchie des réseaux de développement


Comment ne pas voir ici la définition même de la complexité irréductible, proposée par Michael Behe pour identifier les briques du vivant posées par le créateur ? Bien sûr, Davidson et Erwin, pervertis par leur morale d'esclave, en retournent à leur Bible darwinienne pour expliquer l'apparition de ces modules, tout en reconnaissant que leurs perfections les a par la suite protégés de tout changement évolutif. Y a-t-il plus belle preuve d'aveuglement ?

Cette découverte confirme également la théorie du "Snowball Creationism", dont je suis l'auteur. Cette hypothèse révolutionnaire stipule que le déluge relaté dans la Bible serait en fait cette période géologique durant laquelle la Terre était majoritairement recouverte de glace, et la vie quasiment éradiquée (Snowball Earth comme l'appellent les scientifiques aveugles au dessein divin). Peu après cette période s'est justement produit ce big-bang de la vie, l'explosion cambrienne popularisée par l'idole des jeunes darwiniens, Stephen Jay Gould : ainsi, dans les couches géologiques de cette époque apparaissent soudainement des fossiles d'organismes extrêmement sophistiqués, contenant en germe les plans d'organisation des animaux actuels. Evidemment, aucun darwininen n'est en mesure d'expliquer pourquoi et comment cette explosion de vie a pu se produire là où les esprits lucides ne peuvent voir qu'un nouvel ensemencement du créateur sur une Terre purifiée (d'aucuns prétendent que le réchauffement climatique aurait permis une réoxygénation et une libération de nouvelles niches écologiques propices à l'évolution, ce que personne ne peut démontrer de toutes façons). Les kernels observés par Davidson et Erwin ne sont selon moi rien de moins que les graines semées par le Tout-Puissant, et aujourd'hui révélées dans toute leur splendeur par l'étude attentive de Sa création.

Quoi qu'il en soit monsieur Roud, je fais confiance à votre regard de scientifique et me permets de vous adresser ce mail afin que vous le publiiez sur votre blog. Que la vérité éclate enfin à la face du monde !!!


Bien à vous
Adam Roudski



Référence :
Gene regulatory networks and the evolution of animal body plans. Davidson EH, Erwin DH.Science(2006) Vol. 311. no. 5762, pp. 796 - 800

03 février 2007

Intelligent design : la France atteinte

On parle beaucoup de dangerosité des religions en ce moment sur certains blogs, particulièrement des nouvelles religions "scientistes". Heureusement (via Pierre Assouline), l'actualité vient nous rappeler que les religions plus traditionnelles aiment parfois à se livrer à des opérations de propagande "anti-scientifiques". Ainsi apprenons-nous qu'un bel ouvrage en couleur, s'appuyant sur le Coran et appelé "l'atlas de la création" a été envoyé à de nombreuses écoles françaises, visant à démontrer que « Les êtres vivants n'ont pas subi d'évolution, mais furent bien créés », dénonçant « l'imposture des évolutionnistes, leurs affirmations trompeuses ». On apprend également que Charles Darwin serait « la réelle source du terrorisme ». Hervé le Guyader explique plus loin que la stratégie de ce mouvement est bien plus insidieuse que la stratégie un peu bêta des ID américains : en effet, illustrations à l'appui, ce livre montre des exemples de convergence évolutive entre plusieurs espèces différentes, affirmant qu'ils représentent des specimens de la même espèce (voir par exemple http://www.fossilesvivants.com/). De plus, l'auteur du livre ne remet pas en cause l'âge de la Terre par exemple, mais simplement l'évolution. Très malin en effet...
Il faudrait réfuter point par point les arguments développés dans ces pavés, mais on y trouve de la littérature assez classique, du genre (source : http://www.harunyahya.com/fr/20questions01.php):
Même en laissant l'intelligence et la logique de côté, la probabilité de la formation d'elle-même d'une seule des millions de molécules composant la première cellule vivante, est démontrée scientifiquement inexistante. La théorie de l'évolution s'écroule donc dès sa première marche, incapable d'expliquer la formation de la première cellule vivante.

Argument assez classique, qui n'en est pas moins fallacieux, et a déjà été discuté sur ce blog ici et.
Et comme le Figaro, je m'interroge sur la puissance financière de ces organisations : tapez "une invitation à la vérité" dans google, et vous tomberez sur les sites web associés, les livres en téléchargement libre, ces gens ont incontestablement des ressources. Vous trouverez également (comme par hasard) des liens vers les sites créationnistes américains. Compte-tenu de cette puissance financière, de cette référence un peu étrange au terrorisme, du ciblage des écoles françaises, je me lance dans cette hypothèse audacieuse : et si les créationnistes américains financeaient cette entreprise destinée à l'islam de France ? Il est par exemple frappant de constater lors de dîners en ville aux US à quel point les "émeutes" de l'automne 2005 ont frappé les esprits, et sont immédiatement associées aux musulmans (réflexe raciste...); cela ne m'étonnerait donc pas que nos amis ID aient eu l'idée de cibler spécifiquement l'islam de France.

17 décembre 2006

Classique : L'évolution des cascades biochimiques

Ante scriptum : un certain nombre de papiers classiques sont assez mal connus bien que les concepts introduits soient à la fois intéressants et très actuels. Je me propose donc de commencer une nouvelle thématique pour évoquer certains de ces papiers novateurs, si possible à la lumière des débats scientifiques actuellement sur la place publique.

L'un des arguments souvent utilisés par les adversaires de l'évolution darwinienne pourrait s'intituler "le tout contre les parties" (ou la complexité irréductible dans le jargon de l'Intelligent Design). L'idée générale est que certains processus biochimiques précis ne semblent pas pouvoir être sélectionnés par l'évolution, car toute modification/mutation dans le processus ruinerait totalement la fonction du processus considéré. Dans ce cadre, toute innovation évolutive est impossible, puisque la "dernière" étape dans l'évolution se ferait à partir d'un processus non fonctionnel, mais néanmoins complexe, donc statistiquement très improbable : on ne voit pas pourquoi l'évolution aurait construit un tel réseau "presque" fonctionnel, sans avoir le moindre indice sur sa fonction future.

Un des exemples classiques est la cascade biochimique. Dans de très nombreux processus, une espèce chimique est synthétisée à partir d'une cascade (du genre A transformé en B transformé en C transformé en P, chaque réaction catalysée par une enzyme donnée). Pour produire P, toute la cascade est donc nécessaire : mutez l'enzyme associée à A ou B et toute la cascade s'effondre, P n'est pas produit et l'organisme meurt. Ce serait donc un exemple a priori du "tout contre les parties" : seule la cascade entière fait sens, les éléments pris individuellement n'ont aucun rôle par eux-mêmes.

En 1945, Horowitz a proposé une explication plausible pour l'évolution d'une telle cascade. Sa proposition repose sur le fait que la "fitness" de l'organisme dépend de son environnement. Ainsi, imaginons que P soit très abondant dans la soupe primordiale. Les premiers organismes, ayant besoin de P, n'avaient qu'à se servir et n'avaient aucune raison d'avoir une telle cascade. Seulement, P étant consommé par ces organismes voyait sa concentration diminuer dans l'environnement, par ailleurs riche en autres composants organiques. Imaginons donc qu'un organisme ait trouvé un moyen de transformer une autre métabolite C en P , à l'aide d'une nouvelle enzyme : cet organisme aurait immédiatement été sélectionné. Horowitz propose donc que les cascades biochimiques se sont construites "en commençant par la fin" : d'abord on évolue la dernière étape dans la chaîne, puis l'ingrédient C lui-même venant à manquer, on évolue l'étape B->C, et ainsi de suite. Les processus de transformation biochimiques ont donc évolué grâce à cette rétroaction avec l'environnement : ce sont les modifications de ce dernier, dues à la présence d'organismes vivants, qui changent les fitness des organismes et expliquent l'émergence de la complexité inexplicable dans l'environnement observé aujourd'hui.

Référence

Horowitz, PNAS, 31 (1945)

09 novembre 2006

L'éternel débat science vs religion


Time magazine a organisé dans son numéro daté du 13 Novembre un débat entre deux scientifiques, Richard Dawkins et Francis Collins, sur les relations entre Dieu et la Science. Le contexte américain est bien connu : les ultra-religieux, pour des raisons essentiellement politiques et morales, ont décidé de s'attaquer à la théorie de l'évolution, vue comme dangereuse moralement car faisant de l'homme un animal comme les autres. Ils ont ainsi développé une théorie pseudo-scientifique, l'Intelligent Design (ID), visant à attaquer la science sur son terrain. Scientifiquement, c'est plutôt un coup d'épée dans l'eau; politiquement en revanche, la stratégie a été très efficace, livres, débats se multiplient, certains décideurs en sont même à accepter voire à préconiser l'enseignement de l'ID à l'école.

Evidemment, le milieu scientifique ne reste pas indifférent face à cette attaque en règle et se doit de se positionner dans le débat. On peut à mon avis classer les scientifiques en trois catégories :
- les athées forcenés (comme Dawkins, auteur notamment du gène égoïste et du récent The God delusion), voyant la religion comme un archaïsme trompeur et bien décidés à ne pas se laisser faire, voire à démontrer l'inexistence de Dieu,
- les scientifiques "neutres" (par exemple Stephen Jay Gould) qui pensent qu'il n'y a pas lieu de se poser la question de la cohabitation entre Dieu et la science, représentant deux domaines bien distincts qui ne se parlent jamais. Dieu ne fait pas partie de la nature, n'intervient pas dans celle-ci.
- les scientifiques croyants, qui pensent que Dieu existe et intervient dans les affaires du monde, rarement mais sûrement. Francis Collins, directeur du National Human Genome Research Institute , auteur de The Language of God: A Scientist Presents Evidence for Belief, fait partie de ceux-là. Néanmoins, pas fou, Collins pense qu'il est impossible de démontrer l'existence de Dieu par des moyens scientifiques.

Le débat organisé par Time commence par une présentation rapide des positions respectives des deux scientifiques sur Dieu et la science. Pas de surprises de ce côté-là. Time demande ensuite à Dawkins pourquoi il pense que la théorie de Darwin contredit le récit de la Genèse (!). Dawkins développe alors brièvement comme explication scientifique alternative la théorie néo-darwinienne à base de mutations/sélection. Collins approuve et pense que la théorie de l'évolution n'est pas incompatible avec l'idée d'un Dieu créateur : selon lui, Dieu aurait pu juste donner l'impulsion initiale, l'organisation de la nature émergeant naturellement vers un homme créé à son image. Pourquoi pas après tout, même si Dawkins fait remarquer un peu perfidement que c'est un procédé bien étrange que d'attendre que l'homme émerge tel quel après 4 milliards d'années d'évolution. Mais bon, les voies du Seigneur sont impénétrables, n'est-ce pas ?(d'ailleurs c'est en somme ce que lui rétorque Collins).

Time met ensuite sur la table la tarte à la crème actuelle issue de la physique, à savoir que les constantes fondamentales semblent ajustées pour permettre l'apparition de la vie (voir ici et surtout là pour plus de détails sur cette controverse et les théories en jeu). Collins assène alors le principe anthropique fort : Dieu a choisi les paramètres ainsi pour que l'homme apparaisse. Dawkins répond par la version cordiste du principe anthropique faible : il existe tellement d'univers parallèles qu'il y en a forcément un pour lequel les paramètres sont bien ajustés.

Et là, Collins nous sort un argument tellement incroyable que je me suis sincèrement demandé s'il était sérieux. Collins trouve plus plausible d'un point de vue scientifique, l'existence de Dieu, plutôt que l'existence de multi-univers. Il conclut donc, en vertu du rasoir d'Occam, que Dieu existe !!!

Arrêtons-nous quelques instants sur cet argument. A ma gauche, nous avons une théorie scientifique, contestée certes, mais qui donne une réponse. A ma droite, nous avons Dieu. Et bien, Collins, scientifique de son état, trouve la science physique non plausible, et penche donc pour Dieu. Je trouve cela totalement hallucinant. Imaginons-nous 1000 ans en arrière. A l'époque, il n'existait pas de théorie de la gravité par exemple. Comment Collins aurait-il expliqué la rotation de la Lune autour de la Terre et la chute de la pomme ? En tant que scientifique, la règle numéro 1 devant un mystère est de chercher une explication scientifique, naturelle. Devant l'incompréhensible, seule la démarche scientifique s'est historiquement révélée pertinente et efficace. Préférer Dieu à la science, n'est pas une attitude scientifique. Cependant, Collins affirme, je cite :

"God is the answer of all of those "How must it have come to be" questions".


Dawkins le recadre alors en lui faisant remarquer que ce n'est effectivement pas une démarche scientifique...

Time, perfide, demande alors si la réponse à de telles questions pourrait être Dieu (après bien sûr une recherche vraiment scientifique). Dawkins botte en touche en disant qu'il pourrait y avoir quelque chose d'immense, d'incompréhensible pour nous, de très grand. Collins lui fait remarquer que c'est Dieu par définition. Dawkins répond alors qu'il n'y a aucune chance que ce Dieu soit Jésus, Yahweh ou Allah. Je pensais alors que c'était une pirouette. Pourtant, la suite démontre qu'il a au contraire mis dans le mille. Le débat glisse sur la Genèse et la Bible en général. Collins affirme alors haut et fort sa foi de chrétien : devant l'impossibilité scientifique, il affirme que Dieu a nécessairement violé les lois de la Nature pour féconder la vierge et pour ressuciter. Autrement dit, Dawkins avait bien répondu, le débat est tout autant de contrer l'idée d'un Dieu créateur que l'idée que son propre Dieu est véritablement le Dieu créateur. Collins se fait d'ailleurs titiller sur ce point par Dawkins qui lui fait remarquer qu'il est en bonne compagnie avec des "clowns" fondamentalistes.

Le débat embraye sur l'autre thème classique, à savoir l'explication de la morale. Collins affirme que la morale vient de Dieu, qui nous a créés moraux et que cela ne peut être entièrement expliqué par la théorie de l'évolution. Dawkins pense le contraire et expose ses arguments scientifiques (voir ici sur ce blog toujours). Encore une fois, j'ai été un peu soufflé par le discours de Collins : comment peut-on être scientifique et affirmer que certains phénomènes naturels ne peuvent être expliqués scientifiquement ?

Le débat se termine par une évocation du problème des cellules souches. Dawkins est favorable à toute expérimentation tant qu'aucun système nerveux n'existe, et fait remarquer que les hommes n'hésitent pas par exemple à faire souffrir des animaux pour les tuer, ce dont n'ont cure les religieux. Collins fait alors remarquer que les hommes et les animaux ne sont pas équivalents moralement, ce que Dawkins reconnaît. C'est à mon avis le seul point que Collins marque dans le débat, même si je pense que la réponse à ce genre d'interrogations se trouve dans la philosophie plutôt que dans la religion.

Chacun conclut alors sur son message principal. Collins, sans surprise, insiste sur le fait qu'il pense qu'il y a certaines questions dont on ne peut trouver la réponse que dans la religion. Etonnament, Dawkins revient sur l'idée qu'il y a des arguments convaincants contre l'existence d'un créateur, mais que, si créateur il y a, ce n'est certainement pas Jesus à son avis, mais quelque chose qu'aucune pensée humaine ne peut concevoir...

Voilà pour ce résumé un peu long. Etant moi-même plutôt sur la ligne de Dawkins, je n'ai pas repris tous ces arguments, et me suis concentré, y compris à la lecture, sur les arguments de Collins. Je dois dire que j'ai été un peu déçu de ce point de vue, et pas convaincu, c'est le moins qu'on puisse dire...

01 novembre 2006

I am not a monkey...

Via Pharyngula, South Park se penche sur l'intelligent design...




12 octobre 2006

Des paradoxes quantitatifs en biologie

Il est assez courant au détour d'une discussion philosophique sur la religion ou sur la place de l'homme de l'univers d'en arriver à parler de la théorie de l'évolution. Systématiquement, quelqu'un évoque alors un calcul quantitatif très précis en biologie, du genre (tiré des commentaires du billet ci-dessus):

"Et lorsque l'on utilise les probabilités pour savoir s'il est possible que l'être humain ait pu apparaître sur cette planète, on aboutit à des résultats surprenants: l'age de notre planéte est sans comparaison possible avec le temps nécessaire pour que la vie apparaisse par hasard ..... "

En fait, il est tout à fait possible que le calcul dont cette personne parle soit exact. Cependant, je ne pense pas que la conclusion soit l'invalidation totale de la théorie scientifique bien démontrée par ailleurs : il s'agirait plutôt de remettre en question les hypothèses de travail du calcul en question, ce qui constitue une démarche scientifique intéressante et en général fructueuse.

Par exemple, dans les années 60, Levinthal avait calculé le temps que devrait mettre une protéine pour se replier (de façon tout à fait similaire). Il avait trouvé que ce temps était de l'ordre... de l'âge de l'univers. Affirmerait-on donc que Dieu existe parce que l'âge de l'univers est sans comparaison possible avec le temps nécessaire pour que la protéine se replie ? Certainement pas, puisqu'on voit les protéines se replier tous les jours dans un temps de l'ordre de la minute. Le paradoxe révèlait surtout est qu'on ne comprenait pas très bien comment une protéine se replie effectivement. Aujourd'hui on en sait un peu plus : le paradoxe de Levinthal a amené les scientifiques à s'interroger sur le paysage énergétique associé, sur les étapes de repliement. On sait maintenant que c'est un problème différent d'une pure recherche aléatoire, qu'il implique à la fois des effets de surface et de volumes ce qui permet de réduire considérablement le nombre de configurations à observer. La conclusion, c'est qu'il faut à la fois se méfier et chérir les paradoxes quantitatifs en biologie : quand un calcul d'ordre de grandeur ne marche pas du tout, cela signifie probablement qu'il y a quelque chose de très sioux à comprendre !

26 septembre 2006

The Ultimate Boeing 747

Fred Hoyle était un astronome britannique du XXe siècle assez iconoclaste, qui semblait cultiver une certaine autonomie vis-à-vis de la pensée scientifique de son époque. Auteur de SF à ses heures perdues, il contestait aussi à la fois le big-bang et la théorie de l'évolution !

Selon Hoyle, l'apparition de la vie (telle qu'on la conçoit aujourd'hui) est statistiquement impossible. Son argument est le suivant : si l'on sait depuis les expériences de Miller que dans la soupe primitive, des acides aminés pouvaient exister, Hoyle prétend (calcul d'ordre de grandeur à l'appui) qu'il est extrêmement improbable que dans la soupe primitive on puisse trouver au même instant au même endroit l'ensemble des enzymes nécessaires à la reproduction d'une cellule. L'analogie qu'il utilise est celle du "Ultimate Boeing 747" (pour reprendre l'expression de Richard Dawkins). Imaginez qu'un ouragan passe sur une décharge publique est soulève tous les déchets et pièces mécaniques. Il est extrêmement improbable, une fois la tempête passée, que ces déchets s'assemblent spontanément pour former un Boeing 747 !

Dawkins répond que Hoyle commet ici une erreur commune concernant le caractère aléatoire de l'évolution. De l'évolution aléatoire peut en effet émerger naturellement un design; d'un processus désordonné et sans direction peut surgir finalement une organisation complexe. Le point important est que l'évolution est un processus cumulatif. Chaque petit pas est aléatoire et dû à la chance. Mais la sélection naturelle permet de "récompenser" les petits pas, et ainsi de conserver la mémoire des petits pas successifs. On a ici typiquement un problème de probabilité conditionnelle : la probabilité d'apparition spontanée ex-nihilo d'un organisme complexe est infinitésimale, mais la probabilité d'un petit pas partant d'un point de l'évolution déjà avancé est très faible, mais non nulle. Ensuite, le processus de sélection fixe le petit pas et l'espèce vivante gagne en complexité. Je rejoins donc le mouvement lancé par éconoclaste de vulgarisation des probabilités, mais l'exemple de Hoyle montre qu'évaluer des probabilités peut-être assez compliqué...

Le débat est pourtant loin d'être clos. Il me semble relativement concevable d'imaginer comment l'évolution peut créer des structures complexes, une fois qu'existent un support de l'information génétique et des protéines pour traiter cette information. Néanmoins, la question qui demeure ouverte est de savoir comment sont apparus ce support et cette machinerie, et dans ce sens, Hoyle soulève un lièvre. Quelques réponses émergent doucement. Par exemple, on pense que la première molécule de la vie n'était pas l'ADN, mais l'ARN. Celui-ci possède en effet la propriété remarquable en se repliant de pouvoir acquérir des fonctions catalytiques. Un organisme basé sur l'ARN pourrait alors se passer de protéines car l'ARN peut alors jouer le rôle dévolu aux enzymes, tout en codant de l'information génétique (détail amusant, on s'est également aperçu qu'un type précis d'argile catalysait l'assemblage des molécules d'ARN, ce qui suggère que la vie est peut-être apparue... dans la boue !). Un domaine très actif actuellement est donc d'essayer de voir comment des cellules primitives peuvent apparaître, comment par exemple des vésicules, précurseurs de futures cellules, peuvent se former et se diviser (voir par exemple les travaux de Jack Szostak à Harvard). C'est évidemment une très longue histoire...

PS: L'argument de Hoyle à l'encontre du big-bang ne manque pas de saveur quand on sait que sa métaphore du Boeing 747 est reprise par les partisans de l'Intelligent Design. Selon wikipédia, Hoyle, athée convaincu, n'acceptait pas le big-bang car il implique nécessairement un univers non éternel, et donc suggèrait selon lui l'existence d'une "cause première", donc d'un créateur d'une certaine manière. Hoyle préférait l'idée d'un univers où la création de matière était permanente, ce qui combiné à l'expansion, permet d'atteindre un état stable à densité constante.

13 septembre 2006

ID : l'Eglise céderait-elle au côté obscur ?


Il y a de l'animation du côté du Vatican ces jours-ci... Nature vient de consacrer deux articles coup sur coup aux rapports entre science et religion catholique, à la lumière du débat sur l'intelligent design. Jean-Paul II avait entrepris une démarche de réconciliation entre foi et science, affirmant la compatibilité entre la foi et la théorie de l'évolution. Seulement, l'essor du mouvement de l'ID conjugué à l'avénement de Ratzinger semble faire bouger les lignes à Rome...

Nature rappelle qu'un éminent cardinal, Christoph Schönborn, avait exprimé des doutes sur le darwinisme dans un article du New York Times (un journal américain, tiens, tiens) l'an dernier, reprenant à son compte l'idée classique proposée par Paley et réactualisée par les ID de la complexité inexplicable sans intervention divine.

Il se trouve que Schönborn a récemment organisé une réunion spéciale à Castel Gandolfo, résidence d'été des Papes, où quatre orateurs ont été invités à s'exprimer : Schönborn lui-même, un philospophe allemand Robert Spaemann, un prêtre jésuite, Paul Erbrich, qui d'après Nature s'interroge sur la nature aléatoire de l'évolution, et enfin, un scientifique, Peter Schuster, président de l'académie autrichienne des sciences. Selon Nature toujours, des comptes-rendus de cette réunion seront publiés (de façon inhabituelle semble-t-il), préfacés par le pape. Nature est assez optimiste et pense qu'il sortira de ce débat une affirmation de l'"évolution théistique", accompagnée d'une mise en garde contre les extrapolations métaphysiques liées au darwinisme.

Evidemment, les ID ne l'entendent pas de cette oreille, et sont pesuadés au contraire que le pape va soutenir une forme d'ID à l'issue de cette rencontre.

Je ne veux pas préjuger des résultats de cette fameuse réunion, mais j'avoue que je suis un tantinet inquiet. Il me semble que le pape a récemment réaffirmé et épousé plusieurs lignes directrices du mouvement ID, par exemple l'affirmation de la nécessité de la religion comme seule base morale (critiquant notamment la sécularisation des sociétés occidentales). De plus, quand on lit entre les lignes, on voit que le thème qui revient souvent dans les discours officiels et les centres d'intérêt de l'Eglise est la discussion sur la nature "aléatoire de l'évolution". C'est l'argument favori de l'ID, à savoir que nous ne pouvons être issus d'un processus aléatoire, que l'ordre, l'organisation, ne peut émerger du hasard. C'est le point le plus difficile à expliquer car évidemment, personne ne peut nier que l'homme n'est pas issu tout de go d'un espèce de jeu de pile ou faces dont il avait 1 chance sur 10 puissance infini de sortir, mais c'est pourtant la façon dont les ID essaient de discréditer la théorie de l'évolution en insistant sur le mot hasard et en occultant la force des processus de sélection cumulatifs. Je suis vraiment impatient de lire les compte-rendus de cette réunion... Et je ne fais pas confiance aux ID qui affirment que le pape a effectivement rejeté l'évolution lors de son homélie de dimanche dernier.


Petite précision : a priori, l'opinion de l'Eglise sur le sujet m'importe peu; ce qui m'inquiète le plus, d'un point de vue purement politique, est de voir la force de pénétration de l'ID, y compris dans des sphères qui conservent une certaine influence.

Sources
l'article de Nature
L'annonce du colloque
Le texte de l'homélie en Français contre "une Raison sans Dieu"

03 août 2006

Quelques réflexions complémentaires sur l'ID

En ce début de mois d'Août et avant de partir pour quelques jours de vacances, deux remarques sur l'ID, plus ou moins liées à l'actualité, et à quelques messages personnels que j'ai reçus :
  • Selon la définition classique ce Popper, ce qui définit la science est sa falsifiablilité, ou en bon français (pardon pour les anglicismes récurrents), sa réfutabilité. Une théorie sera donc scientifique s'il est possible de mettre en place un protocole permettant potentiellement de la réfuter. Par exemple, la théorie de la gravitation de Newton est une théorie scientifique car elle prédit les trajectoires des objets célestes. Or, l'observation de l'avance du périhélie de Mercure ne colle pas avec cette théorie et donc la réfute. La théorie d'Einstein elle prédit bien l'avance du périhélie de Mercure et remplaçe donc cette théorie. Toute prédiction de la théorie de la relativité générale est néanmoins réfutable s'il est possible de faire une observation potentiellement contraire à cette prédiction. En ce qui concerne l'ID ou le créationnisme, j'affirmais dans une note précédente que ces théories étaient falsifiables. Sont-elles donc des théories scientifiques ? Le créationnisme à l'époque de Darwin l'était incontestablement, car comme je l'expliquais, il faisait des prédictions, vérifiables, et qui se sont en fait avérées fausses. Or, aujourd'hui, l'une des caractéristiques majeures de l'ID ou du créationnisme est l'absence totale de prédictions testables, mesurables (comme l'avance du périhélie de Mercure). Dans ce sens, ce ne sont plus des théories scientifiques. Imaginons par ailleurs qu'un ID se mouille et fasse une prédiction. Si elle s'avère fausse, il lui sera toujours possible de dire qu'en fait sa prédiction inexacte repose sur une méconnaissance des desseins divins. Autrement dit, l'ID est non réfutable au sens popperien puisqu'aucune observation ne peut aller à l'encontre de cette théorie.
  • Un intervenant du blog des ID s'étonnait du fait que les scientifiques "darwiniens" perdent leur temps à s'attaquer à l'ID, considéré a priori comme une théorie imbécile. Il y voyait la preuve d'une théorie du complot des biologistes établis, visant à cacher les failles du darwinisme... Alors, c'est vrai, pourquoi perdre son temps à contredire cette théorie ? A quoi bon, puisqu'elle est de toutes façons fausse ? Cela me ramène à ma note précédente sur la TV américaine. En bon néo-con, Stephen Colbert dans son show affirme que la réalité n'est en fait qu'une opinion comme une autre, manipulable et modifiable donc. C'est pour cette raison qu'il s'est amusé à modifier la note wikipédia sur le nombre d'éléphants en Afrique : si suffisamment de monde y croit, cette fausse information devient la réalité. Peu importent les faits scientifiques : en démocratie, seul compte ce que la majorité pense. Un sondage réalisé par Gallup aux Etats-Unis a montré que seulement 35 % des Américains pensaient que la théorie de l'évolution était fermement confirmée par les preuves expérimentales. 45 % des Américains croient en revanche que Dieu a créé la Terre telle qu'elle est aujourd'hui il y a 10 000 ans. Au début, je trouvais ce genre de réponses pathétiques, mais au fond un peu marrantes. Et puis, il y a quelques jours, Bush a refusé de signer une loi concernant les cellules souches pour des motifs religieux. La plupart des gens ici pensent aussi que le réchauffement climatique n'est qu'une vaste fumisterie, un mensonge. Autrement dit, mêmes des faits scientifiques avérés, si l'on s'y prend bien, peuvent être cachés ou dénigrés auprès de la population, entraînant des décisions ou des prises de position totalement absurdes , voire néfastes des pouvoirs publics ( souvenons-nous des grandes théories biologiques soviétiques). Que se passerait-il alors si demain, seuls les ID recevaient des fonds pour la recherche, de la part de pouvoirs politiques élus sur des programmes "moraux" anti théorie de l'évolution ? C'est pour cela que les scientifiques ici sont inquiets de ces évolutions récentes et se battent en particulier contre l'ID, pour empêcher ce genre de manipulations à grande échelle qui peuvent se révéler au bout du compte désastreuses tout le monde...

01 août 2006

Comment Darwin a réfuté l'ID

Frank J. Sulloway nous conte dans le troisième essai dont je voulais parler un long et douloureux voyage intellectuel, celui de Darwin lui-même.
A 20 ans, Darwin était un chrétien fervent, se destinant à l'Eglise. Son intérêt pour les sciences naturelles l'avait conduit à dévorer les oeuvres de William Paley, en particulier Natural Theology dont il dira plus tard :
" I do not think i hardly ever admired a book more than Paley's Natural Theology : I could almost formerly have said it by heart"
Paley était un philosophe anglais, fameux pour son analogie dite du "watchmaker". Imaginez que vous vous promeniez sur une plage, et que tout d'un coup, vous trouviez une montre au sol. Remarquant l'ajustement parfait des pièces, la précision et la complémentarité des mécanismes, jusque dans les moindre détails, tout être raisonnable devrait immédiatement en tirer la conclusion de l'artificialité de cet objet, ou, en semi V.O, qu'à l'origine de ce design se trouve nécessairement un designer. La complexité infinie des êtres vivants n'est alors explicable que par l'existence d'un designer à l'intelligence grandiose et aux pouvoirs surnaturels. Seul un Intelligent Designer, Dieu, a pu créer la nature grandiose. Et Darwin lui-même était convaincu par ce puissant argument.
Les théories du vivant, auxquelles adhérait Darwin, étaient relativement simples : Dieu avait créé d'un seul coup toutes les espèces vivantes. Pour expliquer les différentes variétés à l'intérieur des différentes espèces, les scientifiques pensaient que les animaux pouvaient se modifier, apprendre au cours de leur vie pour s'adapter à un nouvel environnement. Enfin, pour expliquer que sur des continents différents existaient des animaux différents, on pensait qu'il y avait eu en fait plusieurs "centres de la création". Autrement dit, Dieu avait créé non pas un seul mais plusieurs règnes animaux, fonctions de l'environnement.

Telles étaient donc les préconceptions de Darwin avant de s'embarquer pour son voyage à bord du Beagle. Ces préjugés vont l'amener à commettre des erreurs scientifiques sur place, oubliant par exemple de noter les origines géographiques précises des différents specimens récoltés. A quoi bon puisque les centres de création sont étendus et homogènes ? A son retour en Angleterre, Darwin, après discussion avec le naturaliste John Gould (rien à voir avec Stephen J à ma connaissance!) comprend son erreur. Il contacte ses assistants, qui eux, sans a priori scientifiques, ont soigneusement répertorié l'origine des specimens. Darwin les ré-examine, confronte, correlle...

Et après plusieurs années de réflexion et de confrontation avec les observations, les vieilles théories vont voler en éclat. Car toutes naïves et religieuses qu'elles soient, elle sont en fait testables et vérifiables. C'est là le point central de l'essai : le créationnisme dans sa version de base fait des prédictions et est falsifiable, et tout le génie de Darwin est d'avoir réussi à appliquer une démarche scientifique pour réfuter sans ambiguité le créationnisme (et l'ID en fait) et proposer sa propre théorie.

Quelles sont donc alors les prédictions du créationnisme/de l'ID ?
Supposons que Dieu dans sa grande sagesse ait créé les espèces afin qu'elles soient parfaitement adaptées à leur environnement. Dans ce cas, dans un même environnement, on doit trouver exactement les mêmes espèces. Or, que voit Darwin après examen de ses specimens des Galapagos ? A des îles très proches les unes des autres, correspondent des espèces proches mais différentes - en particulier les fameuses tortues. Quelle étrangeté ! Chaque île apparaît comme étant un "centre de création" indépendant ! La perfection serait-elle donc multiple et multiforme ? Peut-être, mais alors pourquoi est-ce le cas au milieu de ses îles alors que les continents ont des populations plutôt homogènes ? Pourquoi Dieu s'est-il montré frénétique dans sa création sur ces îles, mais sage partout ailleurs ?
Darwin examine d'autres exemples. Regardons les animaux vivants dans des grottes souterraines, à l'obscurité. Ces environnements stables et peu variés devraient abriter des espèces similaires selon la théorie créationniste. Or, il n'en est rien; chaque grotte abrite ses propres animaux troglodytes, qui ressemblent plutôt aux animaux locaux, dont les yeux auraient dégénéré, dont le pelage aurait été modifié.
Si les espèces sont effectivement parfaitement adaptées à leur environnement, du fait de leur origine divine, elles ne peuvent de plus ni s'éteindre ni disparaître. Or, Darwin constate que bien souvent, lorsque des espèces étrangères sont introduites sur des îles, les espèces locales disparaissent rapidement, cédant le terrain aux espèces étrangères, a priori non adaptées à ces environnements spécifiques. La création locale n'était-elle donc pas parfaite ?

En somme, la création n'est pas une machine si puissamment optimisée, si brillamment designée. Ce qui réfute le créationnisme et les théories de Paley, c'est l'imperfection du monde, et c'est cela que Darwin a constaté et compris. Cette imperfection, elle, n'est explicable que dans le cadre de la théorie de l'évolution.

J'ai beaucoup aimé cet essai car il met en exergue (dans une perspective chronologique et bien mieux que ce que je peux faire en ces quelques mots) cet aspect souvent oublié du travail scientifique de Darwin : avant de proposer sa théorie, Darwin s'est attaché à montrer les inconsistances du créationnisme. D'après Sulloway, Darwin a dû tout d'abord vaincre ses propres réticences religieuses à son retour des Galapagos, avant de se confronter en permanence au fantôme de Paley. L'Origine des Espèces expose certes une nouvelle théorie, mais c'est avant tout un exercice de réfutation scientifique. Et on comprend mieux la haine des ID pour l'homme Darwin, car celui-ci a au bout du compte utilisé la raison et la science pour trahir son propre camp.

30 juillet 2006

Morale, religion, et évolution

Steven Pinker nous propose un éclairage intéressant sur la confrontation entre religion et science dans un texte intitulé "Evolution and Ethics" . L'une des motivations profondes des mouvements fondamentalistes chrétiens est en effet de combattre la science, pernicieuse corruptrice de la Morale . Leur credo parle de lui-même :
" If you teach children that they are animals, they will behave like animals. "

En fait, il est courant d'entendre que seule la religion est porteuse de valeurs morales, dans le sens où l'athéisme, abandonnant de fait la référence à une autorité extérieure pourvoyeuse de règles et de limites, mine les bases de la Morale - à titre d'exemple, Sarkozy utilisa de tels arguments pour préconiser l'enseignement des religions dans le cadre de l'Ecole publique. Autrement dit, pas de sur-moi collectif sans Dieu. Pinker s'efforce tout d'abord de combattre cette idée en soulignant, de façon assez convenue mais néanmoins bienvenue, la récurrence des divers massacres et comportements "immoraux" perpétrés au nom de la religion. Détail cocasse pour l'impie ignorant de toute théologie que je suis, il cite comme exemple premier de comportement objectivement immoral Abraham, prêt à sacrifier son fils sur ordre divin. Pinker en conclut que religion et moralité, sans s'exclure mutuellement, ne font pas toujours très bon ménage (voir aussi plus récemment et plus légèrement via Phersu la polémique lancée par notre député Christian Vanneste).

La morale ne vient donc pas de Dieu. Deux questions se posent alors :
- la morale a-t-elle une origine biologique, et donc, la morale est-elle issue de l'évolution ?
- par ailleurs, la morale existe-t-elle indépendamment de l'homme ? Est-il possible de "démontrer" au sens scientifique qu'il y a des valeurs morales bonnes dans l'absolu ?
Pinker répond par l'affirmative à ces deux questions. Le sens moral peut apparaître par le processus de sélection naturelle. La raison est assez simple et rejoint l'idée de "sélection de groupe" : que vous soyez un individu ou un gène égoïste, aide et coopération sont en général plus efficaces qu'individualisme forcené; une population d'altruistes fait en général mieux qu'une population de truqueurs. Pinker cite plusieurs exemples : ainsi un gène hypothétique codant un comportement d'amour pour ses proches ou ses enfants a toutes les chances d'être sélectionné par l'évolution car cet amour favorise la coopération et l'entraide dans la famille et donc augmente la probabilité de transmission à la génération suivante. Le sens "moral" prescrit également colère et mépris à l'égard des tricheurs et parasites qui refusent de coopérer et agissent immoralement.
Pinker continue ensuite sur ce constat que la morale et son corollaire, la coopération, semblent a priori plus efficaces. Ceci signifierait donc qu'il y a a priori un sens du bien et du mal "absolus", une logique intrinsèque de la morale. Dans ce cadre, le "bien" est ce qui contribue à la survie de la société, le "mal" est ce qui détruit les liens entre les individus. D'après Pinker, à partir du moment où apparaissent des prescriptions "morales" pour la vie en société, ces principes se réduisent alors à quelques règles qui peuvent s'énoncer de façon absolue, indépendamment de toute culture, de toute école de pensée, de toute espèce vivante. Pinker appelle ces principes "Règle d'Or", énoncée par de nombreux philosophes sous de formes différentes, depuis Kant et son "impératif catégorique" jusque Rawls et son "voile d'ignorance". La règle simple, le ciment de la société, est la considération de l'autre comme un autre soi-même, et c'est d'après Pinker la base de la morale, indépendante de la religion et dont l'apparition est explicable par la sélection naturelle.

Cet essai m'a semblé intéressant dans la mesure où il contredit avec pertinence à mon avis les raisons idéologiques profondes qui poussent les leaders du mouvement de l'ID. Les arguments sur l'évolution de la morale me semblent relativement convaincants, en revanche, je ne suis pas totalement convaincu par l'existence d'une morale absolue. A noter sur le même sujet un livre récent The Language of God (Free Press, 2006), de Francis Collins, scientifique et chrétien fervent, directeur du National Human Genome Research Institute, qui lui au contraire affirme que la sélection naturelle ne peut expliquer l'apparition de la morale et que seul Dieu peut insuffler le sens moral dans l'homme. Je n'ai pas lu le livre, donc ne peux critiquer, mais je suis a priori en désaccord : d'un point de vue purement scientifique, il me paraît a priori dangereux et injustifié de prétendre que la science ne peut expliquer l'existence et l'apparition de certains traits.

Intelligent thought


C'est le titre d'un recueil de 16 essais de scientifiques éminents proposant leur propre vision de la "controverse" non-scientifique entre théorie de l'évolution et Intelligent Design.

Le recueil est passionnant, trois textes m'ont particulièrement plu et je vous propose une mini-série de trois billets en guise de commentaires.

27 juin 2006

Le statut de la preuve...

En surfant sur la blogosphère et via Embruns, je suis tombé sur ce billet d'un professeur de maths américains (Polymath) qui donne plusieurs preuves amusantes de la fameuse égalité 0.999....=1 (avec un nombre infini de 9). A partir du moment où on accepte la convention de noter "suite infinie de 9" par "999...", cette égalité est tout à fait juste et notre ami blogger nous donne plusieurs preuves mathématiquement correctes. Rien de bien surprenant a priori; juste une curiosité mathématique basée sur une convention de notation.

Et pourtant... cela a suscité pas mal de réactions foudroyantes et très surprenantes de la part de son lectorat :

  • "You must be a public school teacher, and I fear for your students. You don't know enough math to teach it. Stop filling their heads with nonsense."



  • ".999... is clearly less than 1, but mathematics isn't advanced enough to handle infinity, so you can't prove it. My intuition isn't flawed, math is."


  • " 1 - .666... = .444..., but .999... - .666... = .333..., so 1 and .999... can't be equal."


Autrement dit, pêle-mêle, on commence tout d'abord par une insulte et une remise en cause des compétences scientifiques de notre ami, on continue par l'affirmation d'une intuition allant à l'encontre de ce résultat, supérieure à la science froide et détaillée, pour finir par la démonstration d'une pseudo faille qui n'existe que dans l'esprit du contradicteur incapable de faire une soustraction correcte. En somme certains préfèrent sortir des arguments spécieux et pseudo-philosophiques plutôt que d'accepter la démonstration correcte du fait mathématique qui les choque.

Une autre réaction intéressante :

  • I was going to post a rebuttal with complete proof from 2(two) ASU mathematicians (who both agree with me), but upon review of all your posts, I came to the ultimate conclusion that you don't need proof. You will go to your grave believing with the core of your being that .9999999... does, in your mind, equal 1. However wrong I, or anyone else may think you are will not matter. Trying to convince you otherwise is like trying to convince an atheist that God exists.

  • Comme le souligne très bien Polymath dans sa réponse, la science n'est pas une affaire de foi, seuls les faits comptent, et les mathématiques ne sont pas des opinions.


    Evidemment, tout cela m'a immédiatement fait penser aux réactions des partisans de l'"intelligent design" qui remettent régulièrement en cause les compétences scientifiques des biologistes, affirment l'existence d'évidences supérieures aux faits scientifiques démontrant la pertinence de leurs vues, pour finir par essayer de construire une science parallèle montrant les contradictions de la science officielle. Par extension, les "darwinistes" comme ils les appellent sont finalement accusés de dogmatisme, voire d'immoralité et d'obscurantisme. Cette "controverse" mathématique suscite donc exactement les mêmes réactions et contre-arguments que la théorie de l'evolution ! Quand je vois comment les maths (pourtant élémentaires ici) peuvent être contestées, j'ai l'impression que l'ID a plus que de beaux jours devant lui.

    Courage Polymath !