Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...

01 août 2007

De la néoténie (ou pourquoi toutou est un gros bébé à sa maman)


D'aucuns prétendent que je serais complètement gaga de mon petit chat. C'est un mensonge éhonté bien sûr, ce qui ne m'empêche pas de m'intéresser à son histoire et de me pencher en ce moment sur l'évolution des animaux domestiques.

Vous savez peut-être que c'est en partie l'observation des différentes races d'animaux domestiques qui a inspiré la théorie de l'évolution à Darwin. Bétail et autre animaux de compagnie sont en effet des exemples idéaux d'animaux sélectionnés pour leurs qualités avantageuses pour nous, les hommes. J'ai appris récemment que la plupart des animaux domestiques présentaient des caractères de néoténie. Kesaco ? La néoténie est la conservation de traits juvéniles chez l'animal adulte [1]. Par exemple, le comportement du chien est plus proche de celui du louveteau que de celui du chef de meute . Certains chiens ont également les oreilles tombantes - ce qu'on n'observe jamais chez les animaux sauvages. Le raccourcissement du museau est également un trait néoténique, observé semble-t-il à la fois chez les chiens et chez les cochons .

On ne comprend pas très bien l'origine de cette sélection de traits juvéniles. On peut penser que l'homme a simplement cherché à sélectionner des animaux "mignons", et donc ayant des traits plus juvéniles. Une expérience de domestication apparemment assez fameuse a été réalisée pendant 40 ans en Sibérie. Un généticien russe nommé Belyaev pensait que la néoténie était due à la sélection par l'homme d'animaux au comportement docile. La docilité est un trait juvénile typique : en sélectionnant une immaturité comportementale, l'homme aurait favorisé la persistance d'une immaturité physique. Belyaev a donc tenté de domestiquer des renards argentés, en ne conservant d'une génération à l'autre que les animaux dociles (la sélection est drastique : environ 5% des mâles et 20% des femelles sont "conservés" à chaque génération). On voit alors apparaître des modifications rapides de comportement et de morphologie, proches de ce qu'on peut observer chez les chiens : volonté de contenter le maître, aboiements particuliers, mais aussi variation de teinte du pelage, oreilles tombantes, queue enroulée.

Un aspect amusant du domaine de la néoténie est que certains, dont Gould, pensent que l'homme est un singe néoténique. On peut trouver plusieurs arguments plus ou moins scientifiques : par exemple la structure du squelette (en particulier du crâne) du chimpanzé jeune serait très proche de celle de l'homme; le fait de "rester jeune" assurerait également une certaine plasiticité du cerveau et donc favoriserait l'intelligence. Difficile de se faire une idée précise là-dessus (on peut aussi imaginer d'autres hypothèses); mais si j'en crois certaines publications de psychologies post soixante-huitarde, l'homme ne sera bientôt qu'un ado attardé [2] !

La néoténie est donc un domaine de recherche très vaste mêlant la psychologie à l'évolution et au développement. En lisant ces références, on comprend également que tout n'est pas joué après la naissance, et que le développement ultérieur est tout aussi important pour déterminer les caractéristiques physiques (et psychologiques). Rappelons par exemple que les petits Néandertaliens ressemblaient comme deux gouttes d'eau aux petits Sapiens et n'acquéraient leur morphologie caractéristique qu'à la puberté; apparemment les chiens et les chats se développent également de façon très différente bien qu'ayant tous deux une face plate à la naissance. Le jeune chiot voit son museau grandir considérablement, tandis que la tête du chat garde ses proportions (et donc demeure "kawai" toute sa vie). En fait, il semble que le chat - peut-être parce qu'il est déjà mignon à l'état sauvage ? - soit l'un des rares animaux domestiques ne présentant pas de néoténie [3]! Nous reparlerons donc de l'évolution du chat dans un billet ultérieur...

[1] voir cette page wikipedia pour quelques traits néoténiques du chien.
[2] Comment ça c'est déjà le cas ?
[3] Oui, évidemment, si le chat était docile, cela se saurait...

7 commentaires:

Loredann a dit…

En tout cas, la photo du petit chat (le chaaattt comme dirait Alf...) me fait bien rire!
Analysons la un peu d'ailleurs :
1- Ce brave matou a les jambes, non, les pattes croisees, nonchalamment. Pour lui, de toute evidence la vie est "cool mec!".
2- C'est un chat du far west car il a un beau Stetson blanc casse.
3- Ce chat est loin d'etre "bete" si vous m'autorisez ce jeu de mot! Eh oui, si on regarde bien la photo, notre felin s'est tranquillement avachi sur un appareil electronique branche (un laptop?), donc source de chaleur. En plus il est dos a la fenetre pour que le Soleil vienne gentiment lui rechauffer l'echine. Bref en un mot comme en cent, ce chat se la coule douce!! :)

D'ou ma conclusion scientifique :
"moi vouloir etre chat!"

Et en guise d'ouverture :
"Existe-t-il un courant epicurien chez les felins?"

Tara-George dit Nicole a dit…

Salut Tom,

Sympa ton billet, merci. Il y a n truc que je en comprends pas bien dans l'hypothèse 'homme = singe néoténique'. En effet, il est assez facile de comprendre que l'homme a sélectionné des animaux de compagnie avec de telles caractéristiques. Mais quel est le sur-homme (Dieu ?) qui a choisi, sélectionné patiemment les singes, pour ne garder que les plus poupins ? En d'autres termes, je ne suis pas certaine de comprendre quel est l'avantage évolutif de 'ado attardé' sur le singe. Mais peut être que la réponse est dans cette histoire de lien entre 'caractères juvéniles'-'caractere ado attardé' - 'plasticité et donc intelligence'. Mais tout ceci me semble un peu flou. Quel est ton avis ?

Bisous et bravo à ton Top-Model, il est superbe !

Nicole

Timothée a dit…

Question que l'on peut se poser.

Plutôt que d'insister sur les liens psyché/soma, est-ce qu'il ne faut pas regarder la sélection qui est exercée?

Est-ce que l'homme n'a pas, en parallèle, sélectionné des animaux qui aient des traits physiques juvéniles?

Ca pourrait expliquer que les animaux domestiques soient à la fois "beaux" et "gentils"…

Tom Roud a dit…

@ loredann : n'est-ce pas qu'il est beau ;) ? Il fait sans aucun doute la fierté de ses parents !

Cela me rappelle ce billet d'embruns

@ Nicole : Pour le surhomme, j'ai mis ce lien dans le billet, basé sur un épisode de la "quatrième dimension" ;).
Sinon, je ne sais pas trop. Je crois savoir que les jeunes singes sont plus "bipèdes" que les singes plus vieux; cela peut jouer. Apparemment, il y a aussi des hypothèses sur la coopération et la sélection sexuelle (mais je n'ai pas encore tout lu sur ce sujet).

@ timothée : ce qui est intéressant à ce sujet est de voir l'hypothèse de Belyaev (voir le lien sur l'élevage des renards gris). Pour lui, on ne peut sélectionner une psyché sans le soma, car ils sont régulés par les mêmes processus hormonaux. Pour valider son hypothèse, il n'a donc sélectionné que sur le comportement, et a fait attention de ne pas sélectionner sur l'apparance par exemple. Il voit alors apparaître la néotonie; par ailleurs, il semble qu'ils aient faits des analyses des proportions des différentes hormones au cours de l'évolution pour étudier cet effet plus finement.
On aurait là un exemple typique de "contrainte" de l'évolution : certains traits ne peuvent être sélectionnés sans d'autres.

Timothée a dit…

Moui, je n'avais pas pensé à l'aspect hormonal, honte à moi. Mais dans ce cas, le régime alimentaire dans les premiers stades a son influence aussi (richesse en caroténoïdes pour les mâles notamment), non?

Tom Roud a dit…

@ timothée : influence de l'alimentation sur les hormones ? Là, ça dépasse de beaucoup mes compétences ;) ...

MS a dit…

"Regardez-moi comme je suis beau !" Et le pire, c'est qu'on ne peut lui opposer aucun argument à ce beau matou... Moi mon chien qui prend la pose comme ça, en croisant les "bras" ;-))). Quelles stars, ces animaux !!