Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...

07 décembre 2005

Science : Le lévrier et le sprinteur

Un article très amusant vient de paraître dans Nature, de deux biomécaniciens Usherwood et Wilson. Je n'y connais rien à la biomécanique, mais l'article est suffisamment simple pour être lisible par un physicien lambda (je me demande même si je ne le convertirai pas un jour en exercice pour étudiants...). Ces deux chercheurs sont manifestement des fans d'athlétisme, puisqu'ils mettent en réference un lien pointant sur les résultats du 200m du championnat du monde indoor 2004. Le résutat de cette finale est assez amusant : le classement est à l'opposé des numéros des couloirs (i.e. le dernier était à la corde, dans le couloir 1, l'avant-dernier, dans le couloir 2, ... et le premier à l'extérieur !). En fait, comme le savent les nombreux sprinters(euses) lisant régulièrement ce blog, il est très difficile de maintenir sa vitesse dans les virages. Si j'ai bien compris, c'est dû à ce qu'on appelle dans le langage courant la "force "centrifuge" : en fait, les sprinteurs se penchent dans les virages pour tourner, et du coup ressentent une partie de la force centrifuge dans les jambes. Autrement dit, un sprinteur qui tourne a le sentiment d'être plus lourd, et donc court moins vite (ce qui se traduit concrètement par un contact pied-sol plus long). Les deux chercheurs ont constaté que ce n'était pas le cas des lévriers, en étudiant des films de course (il y en a deux sur le site de Nature, on voit même le faux lapin !). La différence entre un sprinteur et un chien est que l'homme utilise ses jambes à la fois pour se propulser et pour soutenir son poids. Si le poids "effectif" est plus important, à travail constant, la vitesse ralentit naturellement. Le lévrier, au contraire, utilise la rotation de ses hanches et allonge son dos pour se propulser : les pattes jouent uniquement le rôle de super-amortisseurs (un peu comme des ressorts). La partie propulsive est donc découplée de la partie amortissement, ce qui explique que les chiens peuvent garder leur vitesse dans les virages. Amusant, non ? Heureusement, l'homme n'est pas en reste puisqu'il a lui aussi inventé une machine permettant de découpler en partie le mécanisme de propulsion de celui de l'amortissement : il s'agit bien sûr du vélo !

05 décembre 2005

Perso : O joie du service public américain...

Théorème de Nicole : pour toute démarche aux Etats-Unis, il est nécessaire de s'y prendre au minimum deux fois. J'ai dû aller demander mon numéro de sécu deux fois car l'administration n'a pas été capable de vérifier mes infos personnelles rentrées par l'université sur internet la première fois. Je n'ai reçu mon numéro qu'aujourd'hui. J'ai dû appeler quatre fois ma société téléphonique pour avoir le téléphone : deux fois pour avoir la ligne - ils ont perdu mon dossier au milieu de la procédure, puis deux autres fois pour avoir le combiné (que je n'ai toujours pas, mais le service de livraison va me l'envoyer par UPS...). Bien sûr, tous ces marchés ont été libéralisés il y a belle lurette, et je n'ai affaire qu'à des monopôles locaux : les gérants de l'immeuble m'ont carrément remis les coordonnées de deux grosses entreprises pour me faire installer la télévision par câble et le téléphone. Je me suis également renseigné pour avoir l'ADSL, mais apparemment, l'Upper East Side de Manhattan est une région trop arriérée (et sûrement trop pauvre) pour avoir des câbles compatibles. On m'a conseillé d'avoir le câble pour avoir une connexion internet (d'ailleurs ma compagnie de téléphone m'a proposé la télévision par satellite...). Nostalgie du bon vieux monopôle des PTT et du minitel qu'on allait chercher au bureau de poste le plus proche ...
Apparemment, je ne suis pas le seul d'ailleurs....

02 décembre 2005

Science/Société: L'héritage de Darwin


Le museum d'histoire naturelle de New York organise en ce moment une exposition sur l'oeuvre de Darwin. A cette occasion, une conférence-débat était organisée hier soir, à laquelle j'ai eu le privilège d'assister. Les orateurs étaient invités à donner leur opinion sur l'émergence de l'Intelligent Design (un néo-créationisme expliquant que la complexité du vivant ne pouvait s'expliquer sans l'intervention à différents points de l'évolution d'une intelligence extérieure - en gros, Dieu ). Les interventions furent variées et globalement intéressantes. Un certain James Moore s'est chargé de l'introduction. C'est un Anglais, qui s'est attaché à démontrer avec un humour tout à fait conforme à ses origines, comment les idées créationnistes voyagent et risquent de devenir bientôt "à la mode". Il a par exemple cité une interview de Madonna qui expliquait que son actuel mari l'avait draguée en lui expliquant le débat entre créationisme et darwinisme (je devrais peut-être tenter ma chance auprès de quelques stars locales... je pourrais devenir une sorte de Woody Allen scientifique...). Beaucoup plus hallucinante cette réponse de Tony Blair :

Question : Is the Prime Minister happy to allow the teaching of creationism alongside Darwin's theory of evolution in state schools?

The Prime Minister: First, I am very happy. (...) It would be very unfortunate if concerns about that issue were seen to remove the very strong incentive to ensure that we get as diverse a school system as we properly can. In the end, a more diverse school system will deliver better results for our children.


Ron Numbers, un intervenant suivant, a lui aussi expliqué à quel point les idées créationnistes étaient en vogue un peu partout. Ainsi, il a raconté entre autres que le ministère Russe de l'Education avait récemment contacté des "experts" de l'Intelligent Design pour savoir comment introduire ce concept dans les programmes. Il a également énuméré les différentes personnalités (ministres en Hollande et en Italie par exemple) s'étant prononcé pour une réforme des programmes de biologie visant à "équilibrer" la théorie de l'évolution. Un philosophe, Michael Ruse, anglais lui aussi, a mis ensuite le doigt sur le fait que la lutte contre la théorie de l'évolution n'était qu'une petite partie d'une lutte entre, pour simplifier, fondamentalistes d'un côté et progressistes de l'autre. Il a cité l'exemple du fameux révérend Pat Robertson (qui s'était déjà signalé en appelant au meurtre de Chavez, le présedent vénézuélien) : celui-ci a menacé la municipalité de Dover de représailles divines pour avoir viré de son School Board les créationnistes. Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager sa prose :

"I'd like to say to the good citizens of Dover If there is a disaster in your area, don't turn to God. You just rejected him from your city,"

"God is tolerant and loving, but we can't keep sticking our finger in his eye forever,"

Ma préférée, c'est celle-ci :
"If they have future problems in Dover, I recommend they call on Charles Darwin. Maybe he can help them."

Dans une perspective historique, il fait remonter cette opposition à la Guerre de Sécession. Le Sud (les futurs "Red States") a prolongé sa lutte contre le Nord sur le terrains des moeurs. Ce combat se poursuit encore aujourd'hui... Au moment du débat, Michael Ruse a explicitement dit que l'idée de revenir sur la théorie de l'évolution était aussi rétrograde que d'interdir les mariages homosexuels ou l'avortement. James Moore lui a alors fait remarquer que c'était précisément parce que les "élites" intellectuelles pensaient cela que les créationnistes les attaquaient sur leur terrain, la science, pour mieux contrer leurs idées progressistes...

Toujours lors du débat, une taupe créationiste (oui il y en a à New York) est venue demander sur un ton outré si les scientifiques ne devaient pas examiner les hypothèses créationistes sérieusement et en débattre scientifiquement. James Moore (toujours lui, il était vraiment très fort) lui a alors répondu que le plus gros problème était que justement le créationisme n'était pas de la science : les créationistes veulent changer la définition même de la science, en incluant la possibilité d'une intervention extérieure pour expliquer ce qu'on ne connait pas. La science ne peut évidemment pas se contenter de cela : elle doit précisément tenter d'expliquer l'incompréhensible. Il a conclu en insistant sur le fait qu'aux USA malheureusement, il appartiendra en dernier ressort à une cour de justice de décider ce qui sera de la science et ce qui n'en sera pas (chez nous, ce n'est pas tellement mieux, ce sont les députés qui réécrivent l'histoire...).

Malheureusement, aucun d'entre eux n'a évoqué le pastafarisme, cette nouvelle théorie qui explique que l'homme a été créé par une boule de spaghetti. Je vous invite à cliquer sur l'image pour en savoir plus !

28 novembre 2005

Buzz : Analyses des banlieues

Depuis ce côté de l'Atlantique, il est difficile de se faire une opinion sur les récents événements ayant secoué nos banlieues. Internet est ma source d'information privilégiée, et les analyses s'y multiplient. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est varié :
- Je commence par le pire du pire : il m'arrive de faire un tour sur les forums de discussion, notamment celui du Monde. Je suis chaque jour plus effrayé devant les propos des furomeux de tout poil : la concentration de haine m'est en tous cas intolérable. Les préjugés ethniques et raciaux les plus immondes y côtoient les vulgates ultralibérales appelant à combattre le fonctionnariat, source de tous nos maux. J'ai parfois envie de réagir, mais arrive maintenant à m'abstenir (j'ai pu constater que si vous essayez de discuter, la haine se retrouve immédiatement dirigée contre vous...)
- Continuons dans le registre sur les intellectuels parisiens au parler "vrai". Parmi eux, l'inénarrable Ivan Rioufol (chroniqueur du Figaro le vendredi). Si vous ne connaissez pas, allez donc y faire un tour, cela vaut son pesant d'or. Masochiste, je lis son "bloc-notes" chaque semaine. Ivan Rioufol n'aime ni les musulmans, ni la gauche, qui sont tous deux la source de tous nos maux (c'est probablement le leader spirituel des forumeux cités précédemment, je suis certain que ces tristes sires ont beaucoup de points communs socio-économiques).
- Récemment, et dans un registre différent, le professeur Finkelkraut s'est illustré. Ayant eu le privilège de suivre ses enseignements, je peux constater qu'il vieillit mal. Son cours s'intitulait "Penser le XXième siècle"- sous-entendu à la lumière des guerres et/ou des idéologies totalitaristes : il s'était rapidement transformé en "Penser la Shoah". De ce point de vue, c'était intéressant selon moi (tous ne partageaient pas mon opinion), mais j'ai toujours l'impression que Finkie a toujours envie d'y revenir, et que cela obscurcit son jugement, au point qu'il a carrément dérapé sur ces émeutes. Dire que l'"antiracisme serait au XXIième siècle ce que le communisme fut au XXième" me paraît légèrement erroné, surtout venant de quelqu'un censé être capable d'enseigner l'histoire des totalitarismes du siècle passé. Je passe sur "la honte, c'est le début de la morale", qu'il a pourtant rabâché également sur le plateau de Ripostes. Finkie, victime du relativisme intellectuel ?
- Il y eut bien sûr de nombreux points de vue dans tous les journaux. Chaque penseur semble défendre son bébé. En général, c'est une suite de banalités.
- J'ai néanmoins bien aimé le point de vue d'Emmanuel Todd (interviewé par le Monde, clin d'oeil à Nicole), et plus récemment de Régis Debray dans ce même Monde, qui expliquait que ce qui manquait le plus aujourd'hui était un sens, un Idéal du destin commun remplacé par un individualisme exacerbé. Il cite Freud : "la recherche effrénée par les individus, dès leur plus jeune âge, du plaisir maximal ne peut que déboucher sur un ensauvagement général du vivre ensemble ". Autrement dit, ce qu'il manque aujourd'hui, c'est un projet, porteur d'espérance et jouant en même temps le rôle de sur-moi. Là, j'adhère complètement.
- Les blogs s'en tirent pour le mieux. Le big-bang blog des trois compères d'Arrêt sur Images est toujours instructif. J'ai bien aimé le blog d'Emmanuel Davidenkoff, centré sur l'éducation, qui a bien sûr évoqué la polémique sur le rétablissement (probablement avorté) de l'apprentissage à 14 ans. Je signale également un blog très intéressant tenu par des journalistes suisses qui ont décidé de s'installer sur le terrain à Bondy (une idée à soumettre à nos PPDA et autres Jean-Pierre Pernaut). Cela fait tarte à la crème d'évoquer la pertinence des blogs par rapport aux médias traditionnels, mais là, j'avoue que je suis un peu d'accord.

25 novembre 2005

Perso : Thanksgiving

Je m'adapte bon gré mal gré aux moeurs locales... Hier c'était thanksgiving : fête familiale traditionnelle américaine s'il en est. L'occasion pour moi de découvrir une facette inconnue des Etats-Unis : j'ai eu la chance d'être invité à un repas de Thanksgiving typique dans une famille américaine. Thanksgiving est l'occasion pour les Américains de commémorer l'arrivée de leurs ancêtres sur le Nouveau Monde. Malheureusement, les pélerins furent assez dépourvus l'hiver étant venu, et les autochtones ont alors décidé de les aider en leur fournissant dindes et autres denrées. Du coup, il paraît que c'est une forme de tradition d'inviter des étrangers pour Thanksgiving comme symbole des premiers bienfaiteurs indiens. Ma famille d'accueil était très amicale,et j'ai pu goûter pour la première fois de la vraie et bonne cuisine américaine (dinde farcie bien sûr, mais aussi purée de patate douce et pumpkin pie). Un vrai régal dans une ambiance chaleureuse...

21 novembre 2005

Potterologie : Harry Potter and the Goblet of Fire

L'un des avantages de l'expatriation est que je peux bénificier en avant-première de tous les produits culturels anglo-saxon (livres, films, jeux vidéos...) sans attendre une hypothétique traduction. J'ai donc eu le plaisir de découvrir Harry Potter IV, le film, bien avant toi, lecteur français resté au pays. C'est l'occasion pour moi d'inaugurer un nouveau thème : la Potterologie. Tu l'as compris, cher lecteur, je suis un grand fan d'Harry Potter, et toi et moi vivons une époque formidable : le mythe Potter est en train de se construire sous nos yeux. Nous attendons fébrilement la sortie de chaque nouveau tome, construisant des hypothèses, imaginant le pire pour Harry et ses amis... Malheureusement, les bonnes choses ont une fin, et le prochain tome sera le dernier. Et compte-tenu des derniers volumes, une fin tragique pour nos héros n'est pas à exclure...
Revenons au film : comme toujours, le film est très fidèle au livre, et j'imagine qu'il faut s'accrocher pour suivre l'intrigue si on ne connait pas l'histoire originale. J'ai bien aimé cet opus, même s'il se concentre essentiellement sur le Tri-Wizard Tournament et qu'il y a bien peu de scènes dans Hogwarts. Pour ceux qui ont lu le tome 6, j'ai essayé de repérer s'il y avait des indices sur les Hoxcruxes, mais il n'y a rien d'évident - mon hypothèse est que le Goblet of Fire lui-même en est un, peut-être la coupe d'Hupplecuff, notez d'ailleurs que si tout se passait bien (enfin mal), Vous-Savez-Qui devrait la récupérer. La terrifiante scène marquant le tournant du cycle que tous les fans attendent avec angoisse et répulsion fut à la hauteur de mes espérances, mais je vous laisse voir. Par ailleurs, ce qui me fascine à chaque fois dans les films d'Harry Potter est la ressemblance fascinante des acteurs avec leur personnage. Cedric Diggory, Krum, Fleur ont vraiment la tête que je leur imaginais en lisant le livre. En revanche, j'imaginais Mad-Eye plus maigre, après tout c'est un Auror, il a dû en voir des vertes et des pas mûres... Bon, voilà pour mes sentiments, je vais m'arrêter car je me rends compte que pour ceux qui ne connaissent pas les livres, cela doit être bien difficile de me suivre !

Perso : New York, New York ...



Le grand retour sur mon blog !!!
Tagada tsouin tsouin !!
Bon, en fait je suis depuis un peu plus d'un mois à New York, pour mon post-doc.
J'ai été donc bien occupé ces derniers temps (et c'est un euphémisme).
Je suis à peu près installé (enfin je n'ai toujours pas le téléphone, quand à internet, il ne faut pas trop rêver non plus, malgré les promesses de l'université...). En fait, je blogue actuellement depuis mon bureau. Mes billets risquent donc d'être plus courts et plus spontanés (imaginez que mon chef me surprenne... horreur, malheur !!).
Voilà, à très bientôt
Tom Roud