Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...

03 janvier 2006

Science : encore de l'intelligent design...

Je l'avoue, je suis assez fasciné par mes "ennemis" scientifiques les "intelligent designers" (ID). Pour plusieurs raisons très simples : je suis en Amérique leur champ de bataille, et surtout je travaille moi-même sur l'évolution (des réseaux génétiques). Je lis donc énormément de littérature récente sur le sujet.
Les ID ont une stratégie intéressante : ils prétendent attaquer la science sur son terrain, en faisant semblant de croire que si la science n'est pas capable d'expliquer (pour l'instant) certains phénomènes, c'est que ces phénomènes sont inexplicables, d'où le recours à une intervention extérieure. Cette forme de raisonnement, qui ne résiste pas sérieusement à l'analyse, est en fait tout à fait typique et très répandue dans nos sociétés modernes, et dénote en fait paradoxalement d'une foi démesurée en la science, en sous-entendant que la science actuelle et surtout future devrait être capable de tout expliquer. Dans un registre totalement différent, combien de fois a-t-on entendu qu'il n'était pas prouvé que telle substance chimique n'était pas dangereuse car les études scientifiques ne l'ont pas démontré ? Or ne pas savoir s'il y a un danger n'est pas équivalent à savoir qu'il n'y en a pas. Ne pas connaître d'explication scientifique n'est pas équivalent à savoir qu'il n'y en a pas (ce qui incite alors à trouver des explications "ailleurs" si on ne trouve pas le seul hasard convaincant). Or on a trop tendance à penser que la science "sait" ou "saura" un jour par définition, ce qui amène à ce genre de syllogisme, et je pense que les ID jouent là-dessus... Autrement dit, non seulement tout n'est pas explicable par la science, mais il en sera toujours probablement ainsi, et l'incertitude fait aussi partie de la science (sans aller jusqu'au principe d' Heisenberg...).
Concernant le questionnement scientifique, leur obsession, leur théorème ( qui est probablement la source principale d'espoir pour les ID scientifiques) est qu'il est impossible de fabriquer des fonctions complexes à l'aide de changement simples et progressifs. Les ID soutiennent que Darwin prétend le contraire - ce qui est peut-être vrai, je n'ai pas vérifié, mais ce n'est pas vraiment le problème. Ainsi Bill Dembski a même organisé un concours sur son site web pour essayer de voir comment l'évolution technologique se faisait par cette stratégie de petits pas. Son idée à mon avis est de montrer que les petits pas sont orientés vers la fonction finale (intelligence du designer). Le gagnant arrive ainsi à passer d'une citrouille à une carriole (en passant par une table - son scénario d'évolution totalement loufoque décrédibilise d'ailleurs à mon avis ce jeu absurde). A mon avis, les ID tiennent avec cette idée le bâton pour se faire battre (provisoirement, car ils reviennent toujours à la charge). Je ne crois pas à titre personnel que l'évolution se fasse à coups de petits pas (et ce que Darwin pensait, on s'en fiche un peu à vrai dire, on parle ici de néo-darwinisme, personne ne critique la relativité générale en attaquant Newton, mais passons). En fait, la théorie qui prend de l'ampleur actuellement à mon avis est plutôt l'idée que l'évolution se fait par l'intermédiaire de petites mutations, non exprimées, qui du fait d'un changement d'environnement, ou d'une mutation de trop (la goutte d'eau qui fait déborder le vase) se retrouvent exprimées, donnant lieu à de brusques pas. Cette idée est soutenue par le fait que les réseaux génétiques sont en fait très robustes face à toutes sortes de perturbations (environnementales ou génétiques). Cela signifie que la nature a inventé des mécanismes pour empêcher les petits pas. Du coup, des petites modifications mineures peuvent s'accumuler sans problèmes. Mais il peut arriver que ces mécanismes tampons soient défaillants : les mutations accumulées s'expriment alors pleinement et on a un trait phénotypique très différent qui peut apparaître. L'exemple canonique de protéine "tampon", étouffant les mutations, est la protéine Hsp90 chez la drosophile (il y a eu un article très connu dans Nature). Ce mécanisme peut théoriquement aller très loin : comme on sait qu'il y a des gènes de structure (contrôlant la formation des membres par exemple), on peut sûrement voir apparaître des trucs assez violents par ce processus. J'ai l'impression que c'est la vision en cours de précision des théoriciens de l'évolution, et je pense que les ID vont avoir des déconvenues s'ils se fixent sur cette idée des petits pas... Tant pis pour eux !

2 commentaires:

Nicole a dit…

Cher Tom Roud,
Encore un article très intéressant ! La réaction des IDs, me fait furieusement penser à la vision que beaucoup de gens ont de Dieu, qu'il croit ou pas en lui d'ailleurs et qui est ici transposé à la science. Beaucoup de gens en effet pense que Dieu existe ou n'exite pas et se battent pour avancer des preuves (mot magique !) dans le sens qui les arrange. De la même façon il accuse Dieu d'être mauvais parce qu'il laisse de mauvaises choses se produire. Les Américains semblent vraiment avoir un gros problème avec le hasard (qui ne peut pas exister visiblement, sauf à Vegas...), la liberté et la preuve. Ces gens sont fous !
Gros Bisous Tom
Nicole

Tom Roud a dit…

Chère Nicole,
je suis tout à fait d'accord avec toi. Les ID comme certains scientifiques ont un petit problème avec le hasard. Je pense d'ailleurs développer cet aspect dans un prochain billet.
Sinon, à part ça, comptes-tu reprendre ton blog bientôt ?
Gros bisous Nicole
Tom