Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...

20 mai 2006

Lecture : la part de l'autre


Le monstre Hitler était-il humain ? Si les circonstances avaient été différentes, aurait-il pu devenir un autre Adolf H. ? Eric-Emmanuel Shmitt (EES) évoque dans ce pavé de 500 pages deux destins divergents, celui du dictateur sanguinaire et celui du peintre qu'il aurait pu devenir...
Ce livre m'a beaucoup plu, même si je n'ai pas toujours été convaincu par le propos parfois très freudien. Le tour de force majeur à mon avis est d'arriver à nous faire comprendre le monstre, sa logique froide, son manque de compassion, son délire qui sont totalement remis en perspective. L'auteur propose une interprétation psychanalytique de la névrose d'Hitler : ainsi Adolf H. ne s'accomplit vraiment que lorsqu'il dépasse la haine de son père, accepte la mort de sa mère, et découvre dans le même temps la Femme. Au contraire, le raté Hitler, "dictateur vierge" et hystérique, sublime sa frustration dans la quête du pouvoir absolu, au nom des intérêts suprêmes de l'Allemagne. Le plus terrifiant dans cette vision de l'intérieur est que sans jamais l'excuser, le lecteur comprend les ressorts logiques d'Hitler, ce qui l'amène à s'interroger sur lui-même bien sûr.
Car le message sous-jacent transmis avec brio (car vécu par le lecteur de l'intérieur) est que chacun d'entre nous contient une part du monstre. Adolf H. et Hitler ne sont que les deux faces d'une même pièce : même névrose initiale, et donc même personnalité à l'ego à la foi fort et faible, à tendance hystérique. La différence, c'est qu'Adolf H. se retrouve bien entouré et prend conscience de ses problèmes pour les résoudre et les transcender dans l'art tandis qu'Hitler préfère une solitude confortable qui l'empêche de se regarder tel qu'il est, donnant toute lattitude au monstre intérieur pour le dévorer. La question terrifiante qui se pose alors au lecteur est de savoir comment utiliser à bon escient son libre arbitre - s'il existe-, comment trouver le bon chemin. Hitler et Adolf H. finissent par s'affirmer et par exister, mais l'un devient un salaud, l'autre un type pas trop mal (même si contrairement à certains, je n'ai pas une très grande sympathie pour Adolf H., en particulier je le trouve parfois trop léger dans son rapport avec les autres et les femmes en particulier)...
Comme l'explique Koz, le journal d'écriture d'EES en annexe vaut aussi le détour, le jeu de miroir avec le texte principal est intéressant. Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur ce livre, en particulier toute la réflexion sur le doute, sur la part de l'autre dans nos vies, sur la signification de nos actes vis-à-vis d'autrui, sur la définition de ce qu'est un salaud... mais je vous laisse le soin de lire par vous même en espérant vous avoir donné envie de découvrir ce livre.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Dans la même idée, mais plus connoté "SF" , il y a "The Iron Dream" de Norman Spinrad (traduit en français sous le titre "Rêve de fer", actuellement disponible en FolioSF - malheureusement je ne connaîs pas les éditions anglophones, mais c'est un classique !)