Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...

06 janvier 2007

Janvier, mois chargé

Peu de posts ces temps-ci. Comme beaucoup, je suis un peu débordé. Il faut dire que nombreux sont les chercheurs qui, rentrant tout juste des fêtes, voient approcher des deadlines cruciales. Les Américains sont en ce moment en pleine demande de grants (mon chef m'a demandé en toute urgence de lui faire quelques figures sur notre dernier projet qui tue, tandis qu'un collègue post-doc m'a demandé quelques informations sur un de mes papiers pour un de ses projets).
Le chercheur français expatrié souhaitant toujours rentrer, se consacre lui à la constitution des dossiers CNRS. Deadline : 15 janvier 2007. Rien de plus facile que de candidater au CNRS de prime abord : il suffit de fournir une copie de votre diplôme de thèse, le rapport de votre jury, un exposé de vos travaux. Vient ensuite le gros morceau : le projet de recherche. Pour déposer un projet de recherche, il faut d'abord trouver un labo d'accueil qui accepte de vous "soutenir". L'étape est déjà difficile, car en général vous n'êtes pas seul sur le marché, et puis tous les labos n'one évidemment pas le même poids. Ensuite, vous devez donc rédiger un programme de recherche qui s'intégrera bien dans le labo. J'ai personnellement toujours trouvé un peu absurde d'essayer de deviner la recherche qu'on va faire... il s'agit plutôt de décrire ce que vous comptez étudier, pourquoi vous pensez que c'est faisable, quels outils vous allez employer et quelles perspectives potentielles vos travaux ouvrent. Le CNRS dispose depuis peu d'un site web très bien fait pour "uploader" vos documents, ce qui facilite bien les choses pour nous autres post-doc...

Si votre dossier est complet, vous serez auditionné. Il n'y a aucune sélection à ce stade : tous les candidats sont auditionnés, au nom de l'égalité devant le concours. Cela donne lieu à des situations un peu difficiles, pour les examinateurs comme pour les candidats : il n'est pas rare que 90 candidats soient auditionnés pour un ou deux postes. Du coup, vous n'avez en général que 15 à 20 minutes pour présenter à la commission vos travaux passés et vos projets. L'exercice est d'autant plus perilleux : on dit en général que, s'il est impossible de convaincre en 15 minutes votre auditoire que vous êtes LE jeune et brillant chercheur nécessaire au CNRS, l'audition peut en revanche vous être fatale... Il faut laisser bonne impression, sachant que vous avez peu de chances d'être pris et qu'il s'agit plutôt de poser des jalons pour les années suivantes. D'ailleurs, certaines sections ont (paraît-il) décidé de ne pas jouer le jeu, et de se baser uniquement sur les dossiers scientifiques : l'audition se résume alors à une signature du candidat sur un document. Petite précision à ce stade : les frais de déplacements pour venir passer l'audition sont de votre poche; et la préparation de ces quinze petites minutes est très chronophage. Certains préfèrent donc faire l'impasse sur les auditions et attendre une période plus propice ou un CV plus fourni : choix raisonnable, mais le risque est que les gens en France vous oublient...
Tout cela pour vous dire que c'est bien malgré moi que je suis silencieux ces temps-ci; je me consacre à ces projets très importants pour mon avenir professionnel...

2 commentaires:

blop a dit…

(suite des commentaires de la note du 6 decembre...)
C'est dans le recrutement que systeme francais est le plus absurde.

Passons sur le recrutement local qui bien souvent recompense la servilite plus qu'autre chose.

Les "etablissements" (CNRS, INRA, INSERM, CEA, etc) ont une politique de recrutement nationale. Il faut 5 astrophysiciens pour la France cette annee, que les 5 meilleurs gagnent ! Le principe est noble. La realite est tout autre...
Vous dirigez un labo d'astrophysique, un projet tres prometteur demarre, une grosse collaboration en perspective, vous avez besoin de recruter. Comment faire ? 1. attirer des doctorants, 2. attirer un des meilleurs candidats qui se presenteront au recrutement cette annee. Les candidats ne sont pas juges uniquement sur leur CV mais aussi sur leur projet. Honnetement, sur les 200 candidats, les 10-20 meilleurs meriteraient d'avoir un poste. Le jury a donc un poids enorme pour en choisir 5. Comment faire pour que votre candidat qui postule sur votre projet soit parmis les 5 ? Facile, il faut faire partie du jury. Les jurys sont renouveles tous les 4 ans. Il est notoire que la premiere annee, ceux-ci se "servent". Les profils de poste, cette annee-la, sont tellement cibles qu'on peut deviner qui aura le poste. Les candidats le savent bien : pour reussir, en plus d'un bon CV, il vaut mieux avoir un projet dans le labo d'un membre du jury, ou d'un de ses amis...

Attention, je ne dis pas que le systeme est injuste : les gens selectionnes sont tous (ou presque) tres competents, les jurys essaye de faire au mieux leur boulot, etc. Mais on a un systeme qui se veut egalitaire et qui, au final, ne fait que repouser dans l'ombre la part d'arbitraire qu'il y a dans tout recrutement. Ce qui ne fait que generer des frustrations de tous cotes : les directeurs de labos ont le sentiment de n'avoir aucune liberte de recrutement, les candidats ont l'impression d'etre pris dans un jeu politique qui les depasse...

PS : ah, si vous voulez un doctorant avec une bourse, il vaut mieux etre dans le comite qui delivre les bourses... etonnant, non ?

Tom Roud a dit…

C'est dans le recrutement que systeme francais est le plus absurde.

Je crois qu'il y a consensus sur ce plan-là entre tous les candidats... Pourquoi donc vouloir auditionner tout le monde ? Cela entraîne des tas d'effets pervers : on est par exemple obligé de candidater chaque année, même si on n'a aucune chance ("vous comprenez, mon bon monsieur, une candidature, cela se construit sur le long terme... si vous ne vous présentez pas chez nous cette année, il y a X jeunes doctorants prêts à tout pour être à votre place").
Par ailleurs, je doute de plus en plus de ce mixte entre recrutement national et local (on candidate à l'échelon national mais sur un projet local, d'où les effets pervers type "je me sers").

A part ça, je ne vois pas comment on va continuer à pouvoir attirer des doctorants vu la dégradation évidente dans le recrutement ces dernières années : de plus en plus de candidats à cause de la limite d'âge qui a sauté, ce qui fait que les candidats recrutés sont plus vieux, mais ni les salaires ne suivent pas, ni le statut; en attendant on candidate tous les ans ou presque, perdant au bas mot un mois par an, essayant d'expliquer à nos chefs étrangers qui s'énervent devant tant d'énergie perdue (certains post-doc se voient sucrer leur salaire le mois qu'ils passent en France pendant les auditions... sachant que le voyage est de votre poche évidemment) l'absurdité du mode de recrutement.