Carnet du petit Tom : Physique, biologie et évolution...

04 juin 2007

Contre-arguments classiques contre le réchauffement climatique

J'avais promis dans un commentaire d'un billet précédent de détailler un peu certaines erreurs dans les discours anti-réchauffement climatique . Je vais tenter de m'y atteler dans ce billet en faisant une liste des arguments régulièrement employés contre les preuves du réchauffement climatique, et des pistes pour les contre-arguments, la plupart tirées du remarquable site web de Jean-Marc Jancovici, www.manicore.com.


Catégorie d'arguments 1, le déni : Il n'y a pas de réchauffement climatique.

Peu de gens aujourd'hui restent sur cette ligne. L'exemple le plus récent est Allègre dans sa tribune de l'Express :

Après le mois d'août qu'a connu la moitié nord de la France, les Cassandre du réchauffement auront du pain sur la planche pour faire avaler leurs certitudes à nos compatriotes.


Notez la subtilité de l'agument...

Allègre dans cette tribune joue sur les mots. Il reconnaît un changement climatique, avec brusques fluctuations, mais insiste en fait sur deux points :
  • cela n'a pas de sens de parler de réchauffement général, le système climatique est quelque chose de très compliqué ("le climat est un phénomène capricieux")
  • corollaire : tout cela est trop compliqué, on n'est pas capable de dire quoi que ce soit, donc ne paniquons pas et surtout ne nous embarquons pas dans des mesures qui risquent de nuire à notre économie


Contre-argument : la température moyenne monte, c'est un fait, il suffit de regarder les graphes. Et monte très violemment lorsqu'on met en perspective aves les décennies et siècles précédents (source image : site de Jean-Marc Jancovici).








Catégorie 2, le déni des causes anthropiques :


Imaginons maintenant que votre interlocuteur reconnaisse la réalité du réchauffement climatique (ou comme Allègre des "changements climatiques"). La deuxième stratégie employée par les détracteurs du réchauffement climatique est d'affirmer que l'homme n'est pas la cause du réchauffement observé. Parmi les causes fréquemment évoquées, il y a des effets "célestes" : activités solaires inhabituelles, rayons cosmiques... Exemple, ce billet de DaveScot sur uncommondescent :


In a nutshell - cosmic rays induce particle formation in the atmosphere. Water droplets coalesce around these particles producing clouds. Clouds reflect sunlight back into space. The more clouds the cooler it is and the fewer clouds the hotter it is.

Autre argument : s'il y a corrélation parfaite historiquement entre température moyenne et concentration de CO2 (source image, entre apparemment les concentrations de gaz à effet de serre, et un indicateur de la température qui semble être la concentration de deuterium dans la glace), impossible de savoir si c'est le CO2 qui cause l'augmentation de la température... ou le contraire. Voir par exemple ce billet d'un physicien.


Conclusion immédiate: le CO2 n'a rien à voir, ne faisons rien, nous n'y sommes pour rien, et nous risquons de brider l'économie.

Les contre-arguments sont relativement simples. C'est parfaitement vrai que les changements de température entraînent des modifications de la composition en CO2 de l'atmosphère, c'est aussi parfaitement vrai qu'il y a des modifications de climat d'origine non humaine (voir un exemple ici sur ce blog). Seulement :
  • il est clair que l'activité humaine a une influence massive sur la composition de l'atmosphère en CO2. Depuis le début de l'aire industrielle, les concentrations de CO2 dans l'atmosphère ont cru exponentiellement (voir une explication détaillée sur le site de Jean-Marc Jancovici). Personne ne niant que le CO2 soit un gaz à effet de serre, on peut s'attendre à un réchauffement.
  • quand on regarde les ordres de grandeur avec attention, on s'aperçoit que les concentrations de CO2 observées aujourd'hui ne sont pas compatibles avec des variations naturelles. Jamais les concentrations de CO2 dans l'atmosphère n'ont été si élevées, et de très loin (380 ppm aujourd'hui, contre au plus 280 dans les millénaires passés, toujours d'après www.manicore.com). Il y a très très longtemps (plusieurs centaines de millions d'années), la concentration de CO2 était plus élevée, mais la tendance globale était très clairement à la baisse depuis, en gros, l'apparition des animaux, et en quelques années nous l'avons totalement inversée.
  • Enfin, toujours sur les ordres de grandeur, on peut évaluer avec des modèles "l'origine" du réchauffement. Il est alors très clair (figure ci-contre, toujours tirée du même site) que ce sont les gaz à effet de serre qui contribuent aujourd'hui le plus significativement au "forçage" climatique. Comme le dit Jean-Marc Jancovici :

    C'est bien ce changement d'ordre de grandeur qui est la cause du problème
    Ordre de grandeur ? Malheureusement, une notion quasi inconnue de la plupart des électeurs comme des décideurs, que ce soit en climatologie ou en économie...

Catégorie 3, les mécanismes de compensation vont nous sauver

Bien, une fois le réchauffement établi, comment nous sauver sans toucher à nos rejets de CO2 pour ne pas plomber l'économie ? Les détracteurs sortent du chapeau les fameux mécanismes de compensation:
  • effet de l'albédo : une Terre plus chaude entraîne plus d'évaporation, plus de nuages et donc plus de rayonnement solaire se réfléchissant à l'extérieur
  • absorption du CO2 dans l'océan
  • augmentation du CO2 qui entraînerait un développement compensatoire de la végétation qui stocke à son tour du CO2
  • ...
Voir par exemple ce billet de DaveScot, toujours sur uncommondessent.
C'est beaucoup plus difficile de répondre à ce genre d'arguments qui deviennent très techniques (y compris pour ceux qui les mettent en avant). Cependant, l'étude des flux de carbone montre que si le changement de température change effectivement ces différents mécanismes, cela ne va pas nécessairement dans le bon sens. Il est possible qu'il y ait une "loi de Murphy" climatique, un effet d'emballement - à savoir que le réchauffement climatique soit suffisant pour déstabiliser le système et transformer les puits de carbone en source, menant alors à un effet "cocotte-minute". Par ailleurs, d'un simple point de vue de physicien "système-dynamique", si on considère le climat comme un équilibre, il n'y a aucune chance qu'en changeant un paramètre du système, on se retrouve à peu de choses près à la même position d'équilibre. Ce serait au contraire miraculeux si c'était le cas !


Catégorie 4, le réchauffement climatique, c'est bien.

Peu de gens sont assez gonflés pour oser ce genre de sortie. J'avais parlé récemment d'Eric Le Boucher qui, dans une tribune remarquée, suggérait que plus de soleil étant bon pour l'économie, il n'y avait rien à craindre du réchauffement. Mais l'exemple le plus extraordinaire est donné par mon homme de paille préféré, DaveScot :


More CO2 is a good thing. Every commercial greenhouse knows it and many of them artificially boost it by releasing CO2 from tanks. It’s important that everyone else knows it too.

For those friendly to intelligent design I’d ask if this relationship between fossil fuel, atmospheric CO2, increased plant growth, lengthening the growing season in higher latitude land masses, and better water efficiency is all just a happy coincidence that helps feed a growing human population or whether it’s not a coincidence at all but rather part of some larger plan for humanity.


Le largage de CO2 comme dessein divin pour rétablir le jardin d'Eden, il fallait oser...

Contre-argument : Difficile de savoir les conséquences exactes du réchauffement, qui pourraient être véritablement apocalyptiques. Outre les déplacements d'espèces animales et les épidémies qui peuvent s'en suivre, on peut s'inquiéter de futures guerres de l'eau, de déplacements massifs de populations, sources de tension et probablement de guerres. Par ailleurs, comme le dit très bien Jancovici dans son livre "Le plein, s'il vous plaît ?", il se trouve que la pénurie pétrolière risque de coïncider avec les premières conséquences sérieuses du réchauffement. Au moment où on aurait le plus besoin d'énergie pour résoudre les problèmes, le prix de celle-ci risque de flamber. Autant dire qu'on est très très mal barré, et que de mon côté, je suis converti à la seule solution qui me semble raisonnable à court terme, à savoir, payer l'énergie à son juste prix et taxer violemment les combustibles fossiles.

9 commentaires:

beurk a dit…

On peut trouver d'excellentes réfutations des principaux "arguments" présentés contre le réchauffement climatique :
http://environment.newscientist.com/channel/earth/dn11462
http://www.metoffice.gov.uk/corporate/pressoffice/myths/index.html
http://www.nerc.ac.uk/about/consult/debate/climatechange/summary.asp
http://illconsidered.blogspot.com/2006/03/guides-by-category.html.

LFaB a dit…

On peut citer aussi dans la catégorie 4 Michael Griffin, administrateur de la Nasa et grand fan de la roulette russe. J'imagine que ces visionnaires parlent de quand la Terre aura retrouvé un nouvel état stationnaire, un poil plus chaud, et que les écosystèmes et les sociétés se seront adaptés. Mais un des dangers du changement climatique, c'est le changement justement, et la période de transition avant d'atteindre un nouvel équilibre du climat et de la biosphère.

Concernant la corrélation historique entre CO2 et température: s'il est vrai que le lien de causalité est historiquement hausse des température => hausse de la concentration en CO2, c'est d'autant plus inquiétant: cela veut dire que le réchauffement climatique va lui même entrainer une augmentation du CO2 en plus du CO2 anthropique et donc une aggravation du réchauffement (il n'y a pas de doute sur l'origine de la hausse du CO2 actuelle, il y a qu'à comparer les quantités produites par l'homme aux quantités produites naturellement).

Tom Roud a dit…

@ beurk : merci pour les liens. J'avoue aussi que cette note était d'abord un petit travail de synthèse personnel, qui s'est transformé en billet.
@ lfab : complètement d'accord avec toi. Le transitoire va vraiment être violent. Que fera-t-on des réfugiés climatiques ? Sinon, bien vu pour le CO2...

Anonyme a dit…

J'aime bien le diagramme sur les forcages.

Sinon, en vrac:
- aujourd'hui, on est plutôt à 390 ppmv
- le "système terre" ne s'est pas encore adapté au réchauffement du début de l'holocène (-10000 ans). Par exemple, des modèles montrent que le permafrost de la sibérie occidentale met 20 000 ans à fondre dans les conditions de températures actuelles
- on parle beaucoup du mécanisme du réchauffement et trop peu des conséquences à mon avis. Exemple: si le groenland fond, la mer monte de 7m. Si l'antarctique (qui a commencé à accumuler des glaces depuis le début du tertiaire) fond, cela monte de... 70m !!!
- la dernière période ou il a fait vraiment très chaud, c'est le secondaire: il n'y a vait pas beaucoup de terres émergées et une faune tropicale au pole nord... Pas sur que l'homme puisse s'adapter à ce genre de conditions...
- la première catastrophe climatique provoquée par des êtres vivants a probablement eu lieu pendant le précambrien: les organismes vivants ont changé la concentration de l'atmosphère primitive (ils ont transforme le CO2 en C+O2) Comme le soleil éclairait beaucoup moins, les températues ont chute, provoquant probablement une gigantesqye glaciation, au cours de laquelle seule une petite bande équatoriale n'aurait pas gelé...

A bientot,

Goneri

ugn a dit…

Moi je trouve que "le déni" (catégorie 1) est encore la ligne de défense la plus crédible pour les incrédules du changement climatique.
N'oublions pas que le changement climatique n'a -en gros- PAS ENCORE EU LIEU.
"Il suffit de regarder les graphes" pour constater que la température moyenne augmente ?? La discontinuité des méthodes de mesure/estimation de la température rend tous les graphes comme celui que tu montres hyper faciles à disqualifier...
En revanche, certains éléments ne peuvent pas sérieusement être remis en cause :
- la concentration en CO2 et certains autres gaz rares augmente très rapidement (courbes de l'observatoire de Mauna Loa)
- les activités humaines envoient dans l'atmosphère des quantités de CO2 et consorts importantes, qui pourraient suffire à expliquer l'évolution des concentrations. Savoir si ces rejets restent effectivement dans l'atmosphère, quels autres réservoirs rentrent en jeu, est déjà beaucoup plus délicat à établir.
- Le comportement radiatif de l'atmosphère est bien connu et ses mécanismes physiques sont compris. Le rôle radiatif du CO2 est avéré expérimentalement et théoriquement.

Mais je suis en train de répéter ton article...

Tom Roud a dit…

@ ugn : en fait, j'ai l'impression qu'au delà des courbes, le "sens commun" a accepté le réchauffement. Entre les tempêtes de 99, la canicule... j'ai le sentiment que beaucoup de gens pensent que "le temps" se détraque.

Cimendef a dit…

Bonjour,
Je souhaite apporter une contribution non politiquement correcte.
Vision "système terre" (ainsi appelé par l'anonyme du 05/06/07), il n'y a pas de problème:
- La terre était naturellement plus chaude, elle tend à refroidir avec des sautes (boules blanches ou plus du tout de calottes glacières).
- Dès qu'il y a eu organisme vivant, il y a eu "pollution" : on a des montagnes de calcaire avec plein de carbone dedans (déchets d'une pollution précédente). L'idée de pollution est qu'il y ait apport extérieur d'éléments étrangers à un site vierge (on va polluer le lac Baïkal). Mais la Terre en tant que telle n'a subit aucun apport, la vie qu'elle a générée la transforme à tout moment et l'homme y a sa part.
- La Terre a subit cinq extinctions de masse (dont une de 95%). Aujourd'hui la Vie proprement dite n'est pas menacée . Et l'Homme non plus pris en tant qu'espèce. Ce qui pose problème est l'individu humain : la mort ou le drame humain nous est insupportable car nous en sommes conscient.

Vision humaine du réchauffement, alors là problème:
- Vous disiez en fin de message de taxer violemment les combustibles fossibles : je pense que, taxées ou pas, TOUS les combustibles fossiles se retrouveront dans l'atmosphère car ce qui a été consommé ne l'a été que par une fraction de la population. L'autre fraction aspire à atteindre le même niveau de modernisme et ceux qui ont de l'énergie fossile feront du traffic (pour vivre, comme pour un produit illicite*) de plus la population continue à augmenter.
- Les graphiques qu'on nous montre sont jolis. Ils représente une durée de 2000 à 10 000 ans. Vous fustigez Allègre (à juste titre) sur sa confusion entre climat et météo. Mais 10 000 ans tout de même. L'homo sapiens a 200000 ans, l'homo un dizaine de millions d'années, les premiers organismes vivant 3,5 milliards d'années. Si vous aviez montré les courbes de CO2 et de température depuis l'origine de la Terre avec une échelle arithmétique on ne verrait même pas la variation. Ce sont donc des affichages médiatiques pour alerter la population.

Nous sommes dans une problématique humano-humaniste: savoir si la Terre se réchauffe à cause de l'Homme ou pas, si la diversité par ci ou la vie par là, tout ça est secondaire. Ce qui est crucial c'est comment on règle concrètement les problèmes qui vont se poser aux populations. Il n'y a pas de problème adaptatif de l'Homme en tant qu'espèce, il y a un problème en tant qu'individu au sein d'une population.

Les énergies fossiles ont mis plusieurs millions d'années pour se stocker. Espérons que l'Homme, avec le génie qu'on lui connait, ne saura pas extraire de l'énergie des montagnes de calcaires qui ont mis des centaines de millions d'années pour se constituer parce que là on va vraiment changer d'échelle.

*: aujourd'hui la drogue tue plus surement, immédiatement et visiblement (on peut les compter et les gens les connaissent)que le réchauffement, est-ce que les taxes (tabac et alcool) ou leur interdiction empêche de pouvoir s'en procurer et d'en consommer?

A bientôt,
Cimendef

Tom Roud a dit…

@ cimendef:
merci pour votre commentaire.
En vrac :
- C'est vrai que la terre et la vie s'accomodera probablement très bien du réchauffement climatique. En revanche, pour le monde d'aujourd'hui, voire la civilisation, rien n'est moins sûr. Quant à la biodiversité, elle metrre quelques millions d'années à se relever.
- votre analogie avec les crises de la vie passée ne me satisfait pas. Oui, il y a eu de la pollution d'origine biologique (le meilleur exemple étant la baisse de concentration de CO2 due à l'apparition de la photosynthèse d'ailleurs), oui il y a eu des extinctions. Mais l'humanité n'est pas une force aveugle, l'homme a conscience de ses actes. Est-il "moral" de provoquer une disparition de la biodiversité, des bouleversement climatiques ?
- d'accord avec vous sur la problématique humano-humaniste. Tout cela me fait d'ailleurs furieusement penser à la fameuse histoire des habitants de l'Ile de Pâques, qui en détruisant leur écosystème, se sont condamnés à mort...

La comparaison avec l'alcool et le tabac me semble pertinente, car effectivement, c'est une consommation "gratuite" à court terme mais potentiellement dangereuse à long terme (exactement comme les gaz à effet de serre), et force est de constater qu'il est très difficile de raisonner les gens sur le sujet. Pour le problème des taxes, il faudrait demander à des économistes, mais les incitations économiques ne marchent pas si mal je crois. J'ai entendu dire que les USA avaient drastiquement réduit leur consommation en tabac en multipliant les taxes par deux.

Olivier a dit…

Une bonne critique:
http://www.pensee-unique.fr/index.html